Concours de l’ENM : conseils du jury pour réussir son grand oral
Publié le 13 mars 2018
Qu’attend le jury des candidats lors de l’entretien individuel (ou « grand oral ») ? Comment réagir quand on ne sait pas répondre à la question de culture générale posée au cours de cette épreuve d’admission clé du concours de l’ENM ? Le point avec Didier Guérin, ancien président de la chambre criminelle de la Cour de cassation, qui préside le jury des concours d’accès de l’École nationale de la magistrature depuis 2017.

Destiné à évaluer les motivations des candidats à intégrer la magistrature, l’entretien individuel se déroule face à un jury de sept membres. D’une durée de 40 minutes, il débute – pour les candidats au 1er concours uniquement – par un exposé sur une question d’actualité posée à la société française ou sur une question de culture générale ou judiciaire.

Cet exposé est suivi, pour tous, d’une conversation avec le jury s’appuyant sur une fiche individuelle de renseignements, proche du CV, remplie par les candidats admissibles. Elle porte sur leur parcours d’études ou professionnel, leur motivation et leur participation à la mise en situation collective.

Qu’attend le jury du candidat au cours de son entretien individuel ?

« Nous attendons évidemment d’en savoir plus sur les motivations du candidat qui souhaite devenir magistrat ou se réorienter dans la magistrature. L’entretien nous permet par ailleurs de nous faire une idée de ses facultés de synthèse et d’expression, par exemple s’il évoque ses travaux universitaires.

Mais nous attendons surtout qu’il mette en exergue quelques traits spécifiques (engagement caritatif ou social…) et qu’il montre son originalité ainsi que la force de sa personnalité. Cela peut notamment passer par l’utilisation de références personnelles bien choisies, qui sortent des listes d’ouvrages conseillés au sein des préparations publiques ou privées. Malheureusement, les candidats ne livrent souvent pas assez ce qu’ils sont réellement durant leur grand oral : cela se voit déjà dans les fiches de renseignements qui se ressemblent souvent beaucoup. »

Est-il rédhibitoire, pour un candidat, de ne pas savoir répondre à la question de culture générale ?

« Non, ce n’est pas rédhibitoire : on ne peut pas demander aux candidats de tout savoir, d’autant que les sujets sont très variés et il y a forcément un facteur chance. À titre d’exemples, nous avons entendu l’an dernier des candidats aussi bien sur le rôle d’un ambassadeur dans la société contemporaine que sur le phénomène du tatouage, le syndrome de Stockholm ou encore les martyrs.

Si vraiment le sujet qui est donné à un candidat lui est totalement inconnu, il vaut mieux qu’il soit honnête et qu’il nous dise que ce n’est pas un thème sur lequel il a déjà travaillé ou réfléchi plutôt que de faire semblant. Ainsi, nous pourrons éventuellement définir la notion qu’il ne maîtrise pas pour qu’il puisse tout de même s’exprimer et nous donner une idée de sa capacité de réflexion immédiate. »

Quels conseils donneriez-vous aux candidats pour préparer leur grand oral ?

« Je leur conseillerais d’abord de préparer une présentation de leur cursus d’études ou de leur parcours professionnel qui soit originale et surtout authentique : l’objectif est vraiment que nous puissions percevoir qui ils sont.

Par ailleurs, il faut qu’ils fassent preuve au quotidien de curiosité intellectuelle dépassant la simple lecture de la presse : par exemple, qu’ils écoutent des émissions de radio permettant de réfléchir régulièrement à des sujets divers et de nourrir leur culture générale, qu’ils s’intéressent à l’histoire de ce qui les entoure, notamment les monuments devant lesquels ils passent tous les jours, etc.

Il faut aussi qu’ils lisent ou relisent, au-delà des œuvres conseillées dans les préparations aux concours, des ouvrages d’auteurs qu’ils aiment particulièrement, que ce soit des historiens, des romanciers ou des philosophes. Ils pourront toujours les citer pour illustrer certaines de leurs idées et mettre en évidence un intérêt qui leur sera propre.

Enfin, le stress des candidats nuit souvent à leur prestation orale. Il faut donc, en amont, faire en sorte de gérer au mieux son stress le jour J : cela peut notamment passer par des exercices de respiration ou la pratique de théâtre amateur pour s’habituer à parler en public. »

Pouvez-vous nous donner des exemples d’erreurs à éviter lors de cette épreuve clé du concours de l’ENM ?

« J’ai notamment été témoin l’an dernier d’erreurs touchant à la présentation et au comportement de candidats : certains s’assoient avant que le jury ne les ait invités à le faire, d’autres font preuve d’un certain relâchement sans s’interroger sur l’image que cela peut renvoyer, par exemple en buvant à la bouteille pendant l’échange alors qu’ils ont un verre à disposition.

Par ailleurs, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, nous apprécions les entretiens sincères. Citer en référence un livre sans l’avoir lu sera considéré comme une erreur si le jury questionne davantage le candidat sur l’ouvrage et s’en rend compte.

Enfin, certains proches des candidats viennent assister à leur grand oral puisqu’il est public. Or nous avons remarqué que cela peut influencer leur attitude – pression supplémentaire… - souvent à leur détriment. Selon moi, il est préférable de ne pas se faire accompagner. »

Lire aussi : Concours de l’ENM : la mise en situation collective vue par le jury

Voir : Les conseils en vidéo d’élèves magistrats pour préparer le 1er concours de l’Ecole nationale de la magistrature