Concours de l’ENM : la mise en situation collective vue par le jury
Publié le 13 mars 2018
La mise en situation collective est l’une des épreuves d’admission clés du concours de l’ENM. Qu’attend-t-on des candidats ? Quels sont les sujets possibles ? Le point avec Didier Guérin, ancien président de la chambre criminelle de la Cour de cassation, qui préside le jury des concours d’accès de l’École nationale de la magistrature depuis 2017.
Que cherche à évaluer le jury lors de cette épreuve ?

« Si les situations proposées aux candidats peuvent être très variées, l’objectif n’est pas de tester leur connaissance approfondie du sujet qu’ils ont à traiter, mais de détecter les personnes qui arrivent à s’exprimer relativement facilement, qui savent aller au-delà d'une simple démarche procédurale, organiser la parole en faisant avancer les idées et qui, surtout, sont sensibles aux réactions des autres.

À travers cette épreuve, nous recherchons particulièrement des qualités humaines, de la sincérité et de l’originalité. Les idées moins attendues sont en effet appréciées si le candidat parvient à les défendre tout en sachant éventuellement les amender face aux arguments des autres.

Les membres du jury ont pour leur part bien à l’esprit que l’ENM ne recrute pas des auditeurs de justice qui seront magistrats demain, mais bien après 31 mois de formation à l’École et en juridiction : ils ne seront a priori plus les mêmes à la fin de ce cursus et il nous faut donc penser davantage en termes de potentialité que d’acquis. »

Pouvez-vous nous donner des exemples de sujets de mises en situation donnés l’année dernière aux candidats ?

« Nous avions par exemple proposé aux candidats une mise en situation professionnelle dans laquelle ils étaient président d’un tribunal de la banlieue parisienne. Ce dernier devait réfléchir aux mesures que pouvait prendre un chef de juridiction qui souhaitait, suite à l’agression d’un juge qui rejoignait le métro après une audience correctionnelle, éviter de nouveaux incidents.

Nous avons également proposé des mises en situation hors du monde de la justice. Ainsi, les candidats devaient se glisser dans la peau du chef d'un détachement militaire. Alors qu’ils étaient dans le désert du Mali et avaient une mission à accomplir près d’un village où ils craignaient qu'il y ait des djihadistes réfugiés, nous leur demandions d'organiser cette expédition pour éviter tout incident. Il s’agissait pour le jury de savoir comment ils se présentaient dans le village, quelles précautions ils prenaient pour garder la liaison avec l'extérieur… Nous ne leur demandions évidemment pas de réagir comme des militaires, mais en termes humains.

Autre exemple, cette fois inspiré de la vie quotidienne : les candidats étaient dans la rue et promenaient leur chien quand ils voyaient leur voisin, connu pour être irascible, battre son chien de manière cruelle : que faisaient-ils alors ? »

Quelles sont les erreurs à éviter ?

« Les candidats se contrôlent parfois trop, au point que le jury a l’impression qu’il y a un accord préalable pour obtenir un consensus rapide. Or, nous attendons une certaine spontanéité et, surtout, un débat où les gens savent s’écouter et discuter même s’ils ne sont pas d’accord. De la même façon, les groupes pensent souvent que le jury souhaite des rappels à la loi permanents alors que nous essayons au contraire de voir s’ils sont capables, à travers une situation, d’imaginer les différentes solutions à mettre en place et non de trouver immédiatement une solution de nature légale.

Par ailleurs, certains groupes font, pensent-ils, le tour de la question en dix à quinze minutes alors qu’ils ont la possibilité d’échanger pendant trente minutes, comme s’ils voulaient terminer l’épreuve le plus rapidement possible. Cela peut vraiment les desservir.

Nous avons également vu à plusieurs reprises des comportements à éviter durant cette épreuve, par exemple des candidats qui se positionnent trop en tant que leaders et qui orientent continuellement le débat dans leur sens. Certains échanges de regards et mimiques lorsque d’autres ont la parole sont aussi très révélateurs : les candidats ne doivent pas oublier que le comportement physique a également beaucoup d’importance, d’autant qu’un psychologue fait partie des membres du jury.

Enfin, nous avons régulièrement vu des candidats se considérant comme inférieurs aux autres : il faut vraiment que ceux qui passent ce concours n’aient pas de scrupule à intervenir parce que leur cursus leur paraît moins prestigieux que ceux de leurs interlocuteurs, la diversité de recrutements étant une richesse pour la magistrature. »

Quels conseils donneriez-vous aux candidats pour préparer cette épreuve ?

« L’entraînement permet forcément de progresser : il me semble donc nécessaire que les candidats apprennent à échanger et argumenter sur n’importe quel sujet tout en prenant en compte l’avis des autres. Il peut ainsi être intéressant de se prêter à des jeux de rôles en groupe ou de discuter librement avec des amis (ou d’autres candidats avec qui ils préparent le concours) sur des thèmes choisis, en présence d’observateurs qui pourront ensuite leur apporter un regard extérieur sur cet échange. »

Quels conseils donneriez-vous aux candidats pour préparer cette épreuve ?

« L’entraînement permet forcément de progresser : il me semble donc nécessaire que les candidats apprennent à échanger et argumenter sur n’importe quel sujet tout en prenant en compte l’avis des autres. Il peut ainsi être intéressant de se prêter à des jeux de rôles en groupe ou de discuter librement avec des amis (ou d’autres candidats avec qui ils préparent le concours) sur des thèmes choisis, en présence d’observateurs qui pourront ensuite leur apporter un regard extérieur sur cet échange. »

L’épreuve de mise en situation collective peut-elle être rédhibitoire pour un candidat ?

« Quel que soit le sentiment du candidat sur sa prestation durant la mise en situation collective, il ne doit pas se décourager car cette épreuve n’est généralement pas décisive : bien souvent, des candidats ne nous ayant pas fait une impression très positive au moment de la mise en situation paraissaient transformés lors de l’entretien individuel.

Par ailleurs, en les interrogeant à la fin de l’entretien sur leur ressenti par rapport à la mise en situation collective, je me suis rendu compte que les candidats ont souvent une très mauvaise analyse de l’image qu’ils ont pu renvoyer au jury. Parfois par exemple, l’un d’eux n’aura pas beaucoup pris la parole, mais aura pourtant été remarqué durant le débat grâce à une ou deux idées incisives. »

Voir : les conseils en vidéo de quatre élèves magistrats pour préparer le 1er concours de l’ENM.