Épreuves d’admission du concours complémentaire : les conseils du jury
Publié le 15 mai 2018
Le jury des épreuves d’admission du concours complémentaire en 2017.
Qu’attend le jury des candidats en reconversion professionnelle lors des épreuves orales d’admission ? Comment se préparer au concours complémentaire de l’ENM ? Quelles sont les erreurs à éviter, notamment lors de la conversation de 20 minutes avec le jury ? Le point avec Marie-Laure Robineau, conseillère honoraire à la Cour de cassation, qui préside le jury des concours complémentaires de l’École nationale de la magistrature.

Destinées à évaluer notamment les motivations des candidats à intégrer la magistrature, l’intelligence qu’ils ont de leur activité professionnelle antérieure, leur ouverture d’esprit, leur aptitude à juger et leur culture judiciaire, les épreuves d’admission du concours complémentaire se déroulent face à un jury de cinq membres.
Elles comportent, d’une part, une épreuve d’exposé-discussion qui débute par un exposé de 10 minutes sur un cas pratique se rapportant au droit civil ou au droit pénal, et se poursuit par une conversation de 20 minutes avec le jury et, d’autre part, une interrogation orale de 15 minutes portant sur la matière (droit pénal ou droit public) que les candidats n’ont pas choisie lors de la deuxième épreuve d’admissibilité.
En savoir plus sur les épreuves du concours complémentaire.

« Avant de se lancer dans la préparation du concours complémentaire, les professionnels qui souhaiteraient se reconvertir dans la magistrature doivent avoir parfaitement conscience de l’implication et de la responsabilité immédiates qu’impliquent le métier de magistrat et la formation pour le devenir », souligne en préambule Marie-Laure Robineau, présidente du jury.

Qu’attend le jury du candidat au cours de son entretien ?

« En premier lieu, les membres du jury attendent du candidat qu’il explique clairement pourquoi il souhaite devenir magistrat et les raisons pour lesquelles il s’est investi dans son métier antérieur.

Ils ont également besoin d’évaluer son intérêt pour l’institution judiciaire : il s’agit par exemple de savoir s’il connaît les obligations déontologiques du magistrat, le fonctionnement de l’institution, les grands projets de réforme, la composition des différentes juridictions (tribunal de commerce…), etc.

Enfin, ils attendent de lui une capacité d’expression claire et synthétique, d’autant que le métier de magistrat est un métier d’expression, qu’elle soit écrite ou orale. »

Pouvez-vous nous donner des exemples de sujets pour les cas pratiques ?
« Les cas pratiques, qu’ils soient civils ou pénaux, portent exclusivement sur ce qui est au programme : le candidat va, par exemple, devoir travailler sur des cas de divorce, la prestation compensatoire, des cas de responsabilité quasi délictuelle, des problèmes contractuels…
Au civil, le jury n’attend pas une solution précise au cas pratique donné : l’objectif est de vérifier que le candidat se pose les bonnes questions en fonction du dossier pour savoir s’il raisonne de façon logique.
Au pénal, le but est qu’il identifie bien les différentes infractions et qu’il ne passe pas plus de temps sur une infraction bénigne que sur l’infraction principale. Il doit également savoir hiérarchiser les questions qu’il se pose. »
Quelles questions pouvez-vous poser à un candidat durant la conversation ?

« Au-delà de leur parcours et de leur motivation, nous allons aborder des thèmes variés, essentiellement d’ordre judiciaire, sociétal ou d’actualité : nous pouvons ainsi les interroger sur le Défenseur des droits et ses missions, la médiation, les limites de la critique des décisions de justice, les lieux de privation de liberté, la justice prédictive…

Il n’y a pas de question piège : ce n’est pas un oral de culture générale, mais bien un entretien qui permet d’évaluer la culture judiciaire du candidat et son intérêt pour le métier de magistrat. »

Quels conseils donneriez-vous à un candidat qui doit préparer les épreuves orales du concours complémentaire ?

« S’il a la possibilité de suivre une préparation au concours, cela pourra évidemment l’aider. Mais, qu’il soit inscrit à l’une de ces préparations ou pas, il devra absolument s’intéresser aux grandes questions qui se posent dans les matières spécialisées et dans la vie judiciaire en général.

Par ailleurs, replacer le thème abordé dans un contexte général et illustrer son propos en utilisant des références de façon adéquate constituent un plus : à titre d’exemple, nous apprécierons qu’un candidat puisse citer la convention de New-York relative aux droits de l’enfant s’il doit nous parler du divorce et de l’audition de l’enfant.

Je conseillerais également au candidat de réviser de façon plus synthétique que pointilleuse, les erreurs de détail n’étant pas les plus importantes aux yeux du jury. En revanche, bien s’imprégner des grands principes me semble indispensable : en effet, pour l’exposé du cas pratique par exemple, s’il sait identifier le type d’infraction, il trouvera facilement les peines dans le code.

Enfin, le candidat doit penser à anticiper la gestion de son stress le jour J pour ne pas perdre ses moyens. Il doit avoir conscience que nous ne sommes pas là pour le piéger, mais pour déterminer ses meilleures capacités. L’état d’esprit du jury, c’est la bienveillance. »

Quelles sont les erreurs à éviter ?

« Ne pas utiliser les dix minutes allouées aux candidats pour présenter leur cas pratique est parfois regrettable, d’autant que le traitement du cas est souvent incomplet. Certains terminent ainsi leur exposé sans même avoir énoncé les faits. Après une heure de préparation, autant qu’ils exploitent vraiment le temps dont ils disposent face au jury.

De la même façon, je pense qu’il faut être en mesure de développer ses réponses lorsque le jury pose des questions ouvertes.

Par ailleurs, il me semble important que les candidats n’oublient pas leur spontanéité au moment de répondre. Par exemple, si nous les interrogeons sur la gestation pour autrui, ils doivent exprimer leur opinion et non ce qu’ils pensent que le jury veut entendre, d’autant que ce dernier est constitué de cinq personnes qui ne partagent pas toujours le même avis et qui attendent surtout de lui une argumentation bien construite.

Enfin, comme dans tous concours, il faut adopter un comportement adéquat devant le jury : éviter, par exemple, de s’asseoir avant que le jury ne les ait invités à le faire ou de lui souhaiter une « bonne continuation » à la fin de l’entretien. »

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