Les échanges européens vus par les élèves magistrats
Publié le 01 décembre 2016

150 auditeurs de justice se sont rendus, du 21 au 25 novembre derniers, en Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Pologne, Slovaquie, Slovénie et République tchèque dans le cadre du programme d’échanges multilatéraux AIAKOS du Réseau européen de formation judiciaire (REFJ). L’ENM accueillait pour sa part 128 élèves étrangers à Bordeaux. Témoignages.
« Découvrir d’autres systèmes judiciaires »

« Je faisais partie des auditeurs de justice qui ont accueilli les élèves magistrats européens à l’ENM. Les moments en petit groupe ont été très enrichissants : ils nous ont permis de mieux saisir la manière dont fonctionnent d’autres systèmes judiciaires européens avec lesquels nous allons potentiellement être amenés à travailler au cours de notre carrière, par exemple celui de la Bulgarie que nous ne connaissions pas forcément très bien.

Par ailleurs, nous étions vraiment dans l’échange permanent, notamment au moment où nous avons assisté ensemble à des audiences au tribunal de grande instance de Bordeaux », raconte Lesly Galdin, auditrice de justice.

« Visiter des lieux qui ont façonné l’histoire du XXe siècle »

« Nous étions un groupe de sept auditeurs français en stage au tribunal de Nuremberg. Il y a eu deux demi-journées particulièrement marquantes, pendant lesquelles nous avons eu la chance de visiter des lieux qui ont façonné l’histoire du XXe siècle : la salle 600 du tribunal où ont eu lieu les procès de Nuremberg à partir de 1946 et la prison où étaient incarcérés les criminels de guerre. Les informations données par les conférenciers et magistrats nous ont notamment permis de mieux cerner le point de vue des Allemands aujourd’hui face à ces événements.

L’accueil extrêmement chaleureux des différents magistrats que nous avons rencontrés restera également un bon souvenir de cette semaine AIAKOS. Ils nous ont consacré un temps important, en amont des différentes audiences auxquelles nous avons assisté et en aval pour échanger nos impressions réciproques. Ce que je retiendrai, c’est qu’au-delà de certaines différences parfois importantes - ou surprenantes pour nous -, les grands équilibres de la justice allemande sont les mêmes que chez nous. Cela permet d’identifier, en prenant un peu de recul, tous les points communs que nous avons, notamment en ce qui concerne les droits de la défense et la protection des libertés », confie Luc Zamansky, auditeur.

« S’interroger ensemble sur des problématiques importantes comme la déontologie »

« Mon groupe a été accueilli à la Scuola Superiore della Magistratura, à Florence. La semaine a été riche en activités. Je retiens surtout les audiences (assises et audiences civiles) en présence des auditeurs de justice italiens. Nous avons découvert un système différent du nôtre en matière pénale avec la procédure accusatoire et en matière civile avec l’absence de robe pour le juge et les audiences effectuées au sein même du cabinet », explique Alice Charron, auditrice.

Et d’ajouter : « J’ai la conviction que les échanges européens sont essentiels car ils nous invitent à nous réinterroger sur des problématiques évoquées au cours de la scolarité comme la déontologie, certaines questions d’actualité ou encore le droit d’asile. ».

« Des simulations d’audiences pour mieux connaître le droit slovène »

« Notre semaine au Ministry of Justice - Judicial Training Center, à Ljubljana, fut ponctuée de présentations sur le système juridique slovène, de discussions sur des thèmes d'actualité comme l'éthique et la déontologie, de rencontres avec des juges et des procureurs ainsi que de diverses visites dont celles du Tribunal de première instance de Ljubljana, de la Cour suprême, du Conseil constitutionnel, de l'Assemblée nationale et de la prison. Nous avons également pu assister à des audiences civiles et pénales traduites simultanément en langue anglaise. Deux journées ont par ailleurs été consacrées à des simulations, nous permettant d’appréhender de manière très concrète des notions de droit slovène. Enfin, nous avons été reçus à l'ambassade de France où nous avons pu échanger sur notre expérience et sur la dimension juridico-politique des relations bilatérales entre la France et la Slovénie.

Le programme AIAKOS nous a permis de comprendre les institutions judiciaires slovènes et d'en rencontrer ses acteurs. Cette découverte fut d'autant plus intéressante que la Slovénie est un jeune État - son indépendance ayant été proclamée en 1991. Nous avons pu observer certains points communs avec le droit français mais aussi des différences, surtout au niveau de la procédure qui s'inspire davantage du système de Common Law (avec, par exemple, la possibilité pour les parties de faire objection aux questions posées au cours de l'audience). Bien plus encore, la rencontre et les échanges avec nos collègues slovènes mais aussi nos collègues des autres délégations (Allemagne et Belgique) ont été particulièrement riches. Plus que jamais, le droit s'ouvre aux autres ordres juridiques et ne s'arrête pas aux frontières naturelles d'un État.

Rencontrer, comprendre, échanger : tels sont les clés d'une coopération judiciaire européenne efficace que nous avons appréhendée dans les meilleures conditions grâce à cette semaine d’échanges », affirme Guillaume Vieillard, auditeur de justice.

Voir l'album Facebook