Les grands enjeux et chantiers de l’ENM vus par son directeur
Publié le 07 septembre 2016

Accueil de la plus grande promotion de son histoire, promulgation le 8 août dernier de la loi organique n°2016-1090 modifiant le statut de la magistrature, séquences pédagogiques sur la lutte antiterroriste… Olivier Leurent, directeur, évoque les grands enjeux et chantiers d’une École toujours en mouvement pour répondre au mieux aux besoins de ses différents publics.
« L’ENM doit s’adapter constamment aux nouveaux enjeux et défis de la Justice », souligne en préambule Olivier Leurent. Nommé directeur le 13 juillet dernier, il devra porter, avec les autres membres de la direction et le personnel de l’École, plusieurs chantiers importants à court et moyen termes.
Former plus d’élèves magistrats pour renforcer les effectifs des juridictions
Le 29 août, les 364 auditeurs de justice de la promotion 2016 ont effectué leur rentrée à l’ENM. « L’École a multiplié par trois le public concerné par la formation initiale entre 2012 et 2016 pour renforcer au plus vite les moyens humains dans les juridictions. Cela nécessite un effort collectif indéniable (Cf. ENM info n°46) de la part des équipes pédagogiques et administratives de l’ENM, des coordonnateurs régionaux de formation, des directeurs de centres de stage et des juridictions elles-mêmes. L’enjeu, c’est la qualité de la Justice de demain. »
Développer les parcours d’enseignement à distance et les outils en ligne
Autre chantier important : faire évoluer les pratiques de l’École vers le numérique. Lancé en 2014, le projet ENM 3.0 permet ainsi de déployer la dématérialisation des ressources documentaires au service de la pédagogie et de développer l’enseignement à distance à destination de tous les publics de l’ENM. « Ces nouveautés diversifient les modalités d’accès au savoir, offrent des possibilités pédagogiques d’une variété exceptionnelle et permettent d’accompagner efficacement des publics différents, notamment ceux pour qui le temps de formation à l’École est court (recrutés sur titre de l’article 22/23 et stagiaires des concours complémentaires) ».
En parallèle, les inscriptions aux concours d’accès 2017 de l’ENM devraient s’effectuer en ligne et la numérisation des copies du concours complémentaire sera mise en œuvre pour la première fois. « Elle a vocation, à court ou moyen terme, à être étendue aux trois concours d’accès. »

Proposer de nouveaux cycles de formation sur le terrorisme et la radicalisation
Les attentats perpétrés en France depuis janvier 2015 ont par ailleurs conduit l’ENM à développer des cycles de formation dédiés à la lutte antiterroriste et à la prévention de la radicalisation à destination des élèves magistrats et des magistrats en exercice. Le département international a également renforcé les sessions de formation sur ces thématiques. « Même si le traitement judiciaire du terrorisme relève de la section antiterroriste du TGI de Paris, les attentats peuvent être commis sur tout le territoire national et les premiers intervenants peuvent être les parquets locaux. Il est donc important de former les auditeurs de justice et les magistrats à ces questions. De même, la prévention de la radicalisation concerne l’ensemble des magistrats qui peuvent être confrontés, à un moment ou à un autre de leur carrière, à des jeunes se radicalisant. »
Et de souligner la réalisation en cours par le service ENM 3.0 d’un parcours d’e-formation sur la prévention de la radicalisation violente et la lutte contre le terrorisme en France : « c’est pour moi une priorité compte tenu de l’actualité », assure-t-il.
Repenser le séquençage de la période d’études et des stages des auditeurs de justice
En parallèle des projets initiés par son prédécesseur, Olivier Leurent devra également porter d’autres chantiers, parmi lesquels la réduction de la durée du stage dans les cabinets d’avocats des élèves magistrats. « La loi organique du 8 août a supprimé la durée obligatoire de six mois de ces stages et l’ENM proposera un nouveau séquençage pour la formation de la promotion 2017. Parmi les axes de réflexion : une augmentation de la durée du stage extérieur (dans une administration déconcentrée de l'État, une collectivité locale, une association ou une entreprise) et du stage juridictionnel, notamment des périodes dédiées aux fonctions spécialisées (juge de l’application des peines, juge des enfants et juge d’instruction) et au greffe, ainsi qu’un allongement de la période d’études. Les différentes propositions devront cependant être validées par le conseil pédagogique et le conseil d’administration », précise le directeur.
Mettre en place une réflexion collective sur les questions d’éthique et de déontologie
La loi organique prévoit également la mise en place d’entretiens déontologiques sur la notion de conflit d’intérêts à l’occasion de chaque nouvelle prise de fonction. « C’est, à mon sens, une véritable révolution et il faut que les magistrats puissent s’approprier au mieux cette nouveauté. Je réfléchis notamment à la possibilité de proposer aux auditeurs de justice, en plus des ateliers sur l’éthique et la déontologie intégrés à leur programme, un travail collectif sur ces thèmes tout au long de leur formation de 31 mois. »
Former les conseillers prud’homaux
L’ENM sera par ailleurs chargée de former environ 10 000 conseillers prud’homaux à partir de janvier 2018. « Cela implique que les équipes pédagogiques commencent à travailler à la mise en place de ce parcours de formation dès cet automne. C’est pour nous un sujet de préoccupation : l’École est en effet heureuse d’apporter son concours à la formation des conseillers prud’homaux, mais elle est aussi inquiète des moyens qui lui seront dévolus pour garantir la qualité de cette formation », explique Olivier Leurent.
Soutenir l’activité internationale de l’Ecole

Enfin, l’ENM devra « poursuivre le développement de son activité internationale - réalisation de missions d’expertise dans de nombreux pays, accueil de délégations, organisation de séminaires bilatéraux ou encore formation de magistrats étrangers - puisque l’image de la justice française à l’étranger en découle ».
Le directeur entend également « maintenir la place de l’École au sein du comité de pilotage du Réseau européen de formation judiciaire (REFJ) dont elle est présidente depuis 2014 ».

Lire aussi : L’interview du directeur, Olivier Leurent.