La promo 2015 initiée à l’entretien avec les personnes vulnérables
Publié le 08 mars 2016

A la veille des exercices de simulations d’audiences civiles de cabinet, les auditeurs de justice de la promotion 2015 ont assisté, en février dernier, à une conférence sur la thématique de la préparation et la conduite de l’entretien avec des personnes vulnérables. Rencontre avec Sophie Auriacombe, neurologue au CHU de Pellegrin à Bordeaux, et Jean-Yves Mensat, psychologue expert et intervenant à l’ENM, qui animaient cette intervention.
Dans l’exercice de leurs fonctions, les magistrats vont être confrontés à des personnes en état de vulnérabilité, particulièrement les juges des tutelles et les juges des enfants. Cette conférence organisée par les pôles communication judiciaire et processus de décision et de formalisation de la justice civile avait ainsi comme objectif de donner des clés pour, en amont de l’entretien, analyser les pièces médicales du dossier puis, lors de l’entretien, adapter le discours, la durée de l’audition et la posture de juge à la capacité d’écoute et de compréhension de ces personnes tout en recueillant les informations utiles à la prise de décision.
Quels sont les messages clés de votre intervention ?

Sophie Auriacombe : « La mise sous protection juridique est une épreuve pour le justiciable atteint d’une pathologie, mais elle est faite dans l’intérêt de ce patient qui va parfois être victime des autres du fait de sa vulnérabilité. Dès lors, elle sera au mieux comprise du sujet s’il a senti l’intérêt porté à son cas au cours d’une audition attentive et bienveillante et si le certificat médical est suffisamment explicite et motivé. »

Jean-Yves Mensat : « Il m'apparaît important que, face à une personne vulnérable ou à protéger, le magistrat retienne dans ses postures professionnelles la dimension d'écoute active et d'empathie afin d'identifier le désir du protégé, malgré la qualité de sa souffrance, de son handicap psychique ou de sa pathologie. Un travail d’observation du futur protégé peut également être utile, notamment pour s’adapter à son rythme et discours. En parallèle, la compréhension de la dynamique du futur « tuteur familial » et du lien à son parent protégé (leurs relations préalables, l’investissement associé, les difficultés possibles et le travail d’information du magistrat à cet effet) est aussi un point clé. »

Vous paraît-il important de favoriser cet échange entre les futurs magistrats et les professionnels de la santé dès le stade de la formation, et de le nourrir ensuite tout au long de l’exercice professionnel futur ?

Jean-Yves Mensat : « Ce type d'échange ou d'interaction serait, dans la mesure du possible et du cursus des élèves magistrats déjà dense, à favoriser, afin d'articuler les points de vue justice-soins, techniques d'entretien-accueil du justiciable... Quant à leur prolongation tout au long de leur exercice professionnel futur, il pourrait être envisagé ultérieurement au niveau des juridictions, par des réunions informelles ou au contraire par des échanges avec des praticiens, ou encore en supervision des pratiques. »

Sophie Auriacombe : « Ces échanges entre magistrats et professionnels de santé sont très importants. Non seulement ils doivent se mettre en place dès les premières années mais ensuite se poursuivre lorsque les magistrats ont plus d’expérience. Les questions s’approfondissent forcément au contact des situations réelles. De leur côté, les médecins ont tout intérêt aussi à connaître les conditions des mises sous protection juridique, à comprendre pourquoi leur certificat doit être détaillé, compréhensible et doit répondre aux questions que se pose le juge : il s’agit bien d’un échange.
Le travail en commun autour de situations est souvent la meilleure approche pour agir pour le bien du sujet à protéger.
»

L’ENM propose des actions de formation continue ouvertes aux médecins reposant sur des échanges entre magistrats et professionnels de santé, notamment « Justice et médecine : un dialogue nécessaire » et « Psychiatrie et justice pénale ».

Retrouvez très prochainement le reportage sur les simulations d’audiences et les témoignages des auditeurs de justice sur cet exercice.