Concours ENM : témoignage d’un auditeur de justice sur Campus Channel
Publié le 10 décembre 2018


Rendez-vous ce mardi 11 décembre à 18h sur Campus Channel pour le Grand oral de l’École nationale de la magistrature. Adrien Chambel, auditeur de justice de la promotion 2017, répondra à vos questions sur le concours de l’ENM et la formation des magistrats aux côté d’Emmanuelle Perreux, directrice adjointe en charge des recrutements, de la formation initiale et de la recherche. Rencontre.
Quelles études avez-vous fait avant d’intégrer l’École nationale de la magistrature ?
« Avant de passer le 1er concours d’accès à l’ENM, j’ai fait 5 ans d’études de droit : une licence à Grenoble, un master 1 en Angleterre et un master 2 de droit comparé à l’université Paris 2 Panthéon Assas.
J’ai ensuite réussi l’examen d’accès au centre régional de formation professionnelle d’avocats (CRFPA), puis je me suis accordé une année pour réaliser un projet photographique sur la route de la Soie avant d’intégrer l’École de formation du barreau de Paris (EFB).
Au cours de ma scolarité de 18 mois à l’EFB, j’ai eu la chance d’effectuer un stage de 6 mois au sein du tribunal de grande instance de Paris auprès d’un juge d’instruction. Après 3 mois de stage, j’ai décidé de passer le concours d’entrée à l’École nationale de la magistrature. J’ai cependant terminé ma formation d’avocat et obtenu, à l’automne 2015, mon certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA).
Je suis alors devenu assistant de justice dans le cabinet d’instruction où j’avais effectué mon stage et j’ai passé le concours de l’ENM en 2016. J’ai notamment préparé les épreuves orales d’admission dans un institut d’études judiciaires (IEJ). »
Quelles ont été vos motivations pour devenir magistrat ?
« L’univers judiciaire m’a toujours attiré et c’est ce qui m’a, dans un premier temps, donné envie de devenir avocat. C’est vraiment en effectuant mon premier stage en juridiction que je me suis rendu compte que la position du magistrat et son indépendance d’esprit me correspondaient davantage. L’avocat porte la parole de quelqu’un qu’il représente alors que la démarche intellectuelle du magistrat est plus libre : il cherche la vérité, souhaite rendre la décision la plus juste.
Le métier de magistrat implique par ailleurs un engagement pour la société qui a renforcé ma motivation. Il s’agit de l’autorité judiciaire, garante de la liberté individuelle : ce sont des notions qui sont importantes pour moi. »
Quels conseils donneriez-vous aux candidats au 1er concours d’accès ?
« D’abord, je crois qu’il ne faut pas vouloir assimiler à tout prix l’intégralité des connaissances liées au programme, mais qu’il faut en revanche absolument travailler la méthode. Il faut en effet apprendre à réfléchir vite et à problématiser vite : selon moi, les concours de l’ENM testent beaucoup la capacité d’adaptation des candidats. D’ailleurs, il faut s’attendre à l’inattendu, d’autant qu’il y a aujourd’hui une lassitude du jury du concours par rapport à un certain formatage des candidats ayant suivi les mêmes préparations au concours, ce qui peut notamment donner lieu à des sujets moins classiques. Pour ma part, j’avais par exemple dû parler des nouveaux vecteurs de création artistique au moment de mon entretien individuel d’admission.
Il est également important d’être bien organisé et de bien se connaître : savoir, par exemple, à quel moment on est le plus efficace pour travailler, si on préfère préparer le concours seul ou en groupe... Mais quelles que soient ses préférences, il est fondamental de travailler régulièrement à plusieurs et d’échanger sur des thèmes variés pour développer son esprit critique, problématiser et apprendre à réfléchir sur tout type de sujet. Cela permet aussi de se soutenir si besoin. J’ai moi-même préparé le concours avec ma compagne, qui a également été admise à l’ENM en 2016, et cela nous a beaucoup aidés d’être deux.
Je trouve enfin intéressant d’assister aux épreuves orales d’admission : cela permet notamment de se projeter et de voir quelles sont les personnalités qui composent le jury. »
Que retenez-vous de votre scolarité à l’ENM ?
« Ce qui m’a marqué c’est la grande qualité tant des intervenants que des enseignements professionnalisants, qui nous permettent vraiment de faire face aux situations que nous rencontrons par la suite en juridiction.
Certaines conférences, que j’avais déjà trouvées intéressantes au moment de la scolarité, me sont très utiles en situation professionnelle. Je suis actuellement en stage juge des enfants et je me souviens notamment d’interventions de médecins, de psychiatres et de pédopsychiatres qui m’ont vraiment permis de comprendre des notions fondamentales telles que le psychotraumatisme ou la théorie de l’attachement.
Je me souviens aussi de la richesse des enseignements sur la déontologie du magistrat qui nous ont amenés à réfléchir régulièrement à des sujets tels que le positionnement du magistrat par rapport au justiciable, la gestion des émotions en audience
J’ai par ailleurs apprécié le recours très régulier, au cours de la scolarité, au format pédagogique de la direction d’études en petit groupe, qui nous a appris à délibérer, à échanger nos points de vue…
Enfin, j’ai un très bon souvenir de l’équipe pédagogique de l’ENM et de sa bienveillance. »
Vous êtes actuellement stagiaire au sein du tribunal de grande instance d’Évry. La pratique du métier de magistrat correspond-t-elle à l’idée que vous vous en étiez faite ?
« Oui, cela correspond bien à l’idée que j’en avais. Mais, je connaissais essentiellement la fonction de juge d’instruction après mon expérience en qualité de stagiaire, puis d’assistant de justice dans un cabinet d’instruction : depuis mon arrivée à l’ENM, j’ai découvert la richesse et la diversité des fonctions que peut exercer un magistrat. »