Promotion 2016 : les futurs magistrats débutent leur spécialisation à l’ENM
Publié le 18 avril 2018

Alors que les auditeurs de justice de la promotion 2016 ont choisi leur premier poste le 6 avril dernier, ils débutent ce lundi leur préparation aux premières fonctions (ou PPF) par cinq semaines d’enseignements à l’École nationale de la magistrature. Ils effectueront ensuite un stage de spécialisation en juridiction de douze semaines. Objectif : maîtriser les spécificités du poste qu’ils occuperont à partir du 3 septembre 2018.
Dernières semaines à l’ENM pour les auditeurs de justice de la promotion 2016 qui vont suivre un programme de spécialisation particulièrement intense jusqu’au 18 mai prochain.
Ateliers dédiés à des situations professionnelles concrètes, rencontres et conférences animées par des magistrats et des intervenants spécialisés, visites dans des services épaulant la justice au quotidien… Tous ces enseignements dédiés à la pratique professionnelle seront déclinés pour chacune des fonctions du siège et du parquet : juge, juge d’instance, juge des enfants, juge d’instruction, juge de l’application des peines, juge placé et substitut du procureur ou substitut placé.
Focus sur les fondamentaux liés aux futurs postes

Les programmes proposés dans le cadre de la préparation aux premières fonctions approfondiront le socle de compétences communes à toutes les fonctions de magistrat enseigné en période d’études dite généraliste (la première année de leur cursus).

Lire aussi : Formation des élèves magistrats : qu’apprennent-ils à l’ENM ?

Sont notamment abordés :

• le traitement en temps réel des procédures au sein de la permanence du parquet, le rôle de l’avocat général devant la cour d’assises et la communication judiciaire auprès des médias avec les futurs magistrats du parquet ;

• les audiences de procédures collectives (redressement judiciaire, entreprises en difficultés…) avec les futurs juges puisqu’il s’agit de contentieux qu’ils pourront traiter en sortant de l’École, mais aussi le conseil des prud’hommes – une nouveauté – qui prend en compte la création d’un pôle social dans les juridictions ;

• la problématique des mineurs non accompagnés (dans le cas des migrants notamment) avec les futurs juges des enfants, ou encore des thématiques étudiées avec des psychologues et pédopsychiatres telles que l’attachement, les conduites à risques des adolescents, l’inceste ou la souffrance des nourrissons ;

• la stratégie d’enquête, les reconstitutions de scènes de crime et les pressions auxquelles sont confrontés les juges d’instruction avec les futurs magistrats ayant choisi cette fonction ;

• la prise en charge médicale des condamnés – thème illustré par le témoignage d’un condamné soumis à des soins – ainsi que les nouvelles méthodes d’évaluation du service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) avec les futurs juges de l’application des peines. Ces derniers bénéficient par ailleurs, parmi leurs enseignements techniques, de nombreux cas pratiques sur le milieu ouvert (ensemble des mesures alternatives à l'incarcération) et le milieu fermé (ensemble des peines en établissements pénitentiaires) ;

• l’utilisation et la création de trames simplifiant le traitement de contentieux de masse avec les futurs juges d’instance, ou encore les partenaires du juge des tutelles, nouvelle thématique abordée par un médecin de centre hospitalier et un mandataire judiciaire à la protection des majeurs ;

• certains contentieux techniques avec les juges placés, pour qui les enseignements sur le tribunal aux affaires familiales sont renforcés cette année.

Les focus sur la prise en main et la gestion d’un cabinet feront aussi partie des enseignements phares de cette période d’études.

Des ateliers sur les peines correctionnelles seront par ailleurs proposés à l’ensemble des futurs magistrats, à l’exception des juges des enfants.

Enfin, les élèves magistrats ayant choisi l’un des 17 postes outre-mer proposés par la DSJ bénéficieront d’enseignements dédiés à leur début de carrière en France d’outre-mer.

Rencontrer les futurs partenaires du magistrat

Comme les années précédentes, la PPF évoquera également une dimension majeure du métier de magistrat : celle des partenariats. Cela se concrétisera notamment par la rencontre des futurs juges de l’application des peines avec les élèves directeurs pénitentiaires d’insertion et de probation de l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP), par celle des futurs juges des enfants avec les directeurs stagiaires de l’École nationale de la protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ), ou encore par la visite des futurs juges d’instruction au laboratoire de la police scientifique de Toulouse (INPS).

Lire aussi :
Les partenariats au cœur de la spécialisation des futurs magistrats
Les futurs juges de l’application des peines reçus à l’ENAP

Des échanges sur le terrorisme et la radicalisation

Si les élèves magistrats ont déjà bénéficié d’éclairages sur la prévention de la radicalisation et du traitement judiciaire du terrorisme pendant la période d’études initiale, le sujet sera abordé sous un angle plus opérationnel pendant la spécialisation, avec notamment une conférence sur le traitement judiciaire du renseignement.
Certaines interventions seront aussi spécifiques à une fonction en particulier, par exemple celles sur « le parquet antiterroriste », « la place du JAP en détention et la question particulière du traitement du terrorisme », « la prise en charge de la radicalisation violente en milieu pénitentiaire » ou « la prise en charge des mineurs radicalisés ».

Lire aussi : le dossier dédié aux actions de l’ENM dédiées à la radicalisation et au terrorisme

Appréhender son environnement professionnel

Enfin, plusieurs temps forts pour l’ensemble de la promotion rythmeront ces cinq semaines à l’ENM. Ainsi, une nouvelle séquence pédagogique dédiée à la présentation des chantiers de la Justice sera animée par Alain Lacabarats et Laurent Le Mesle, respectivement doyens des enseignements des pôles de formation dédiés à la justice civile et à la justice pénale.
Les futurs magistrats assisteront par ailleurs aux interventions de Jean-Michel Hayat, président du TGI de Paris, sur les relations entre le président et ses juges, l’entretien déontologique du magistrat et les conflits d’intérêt, ou encore de Laure Beccuau et Jean-Philippe Recappé, procureurs de la République près les TGI de Créteil et Brest, qui traiteront pour leur part des relations du procureur avec ses substituts mais aussi avec les magistrats du siège. La Direction des services judicaires (DSJ) et le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) viendront également à l’ENM, pour aborder les questions liées à leur carrière (statut, obligations, mobilité…).
Initiée l’an dernier, une séquence pédagogique de réflexion sur le positionnement du magistrat et sur la gestion des émotions sera de nouveau proposée aux auditeurs de justice et permettra de leur présenter l’intervision*.

Cette dernière période de formation à l’École sera suivie d’un stage de spécialisation en juridiction de douze semaines.

* L’intervision est un outil pédagogique permettant à deux magistrats, qui ont choisi de constituer un binôme, de porter mutuellement un regard critique sur les prestations de l’autre.