Concours complémentaire : pourquoi veulent-ils devenir magistrat ?
Publié le 20 avril 2016

Présenter le concours complémentaire nécessite une préparation importante et, pour les admis, un très fort investissement pendant les sept mois de formation et de pré-affectation qui précèdent la prise de fonction. Trois stagiaires de la promotion 2016 reviennent sur les raisons qui les ont poussés à passer le concours de recrutement de magistrats de second grade alors qu’ils exerçaient une activité professionnelle depuis plus de dix ans.
Matthieu Guy et Laëtitia Caffier, anciens greffiers, et Aurélie Chavagnon, ex-avocate, ont franchi le pas l’année dernière. Pour chacun d’eux, cette décision de changer de métier et de se reconvertir dans la magistrature a été mûrement réfléchie. Les deux premiers avaient même, après leur maîtrise de droit, passé le 1er concours d’accès à l’ENM en parallèle de celui de l’École nationale des greffes (ENG).
Changer de métier sans quitter l’univers de la justice

« Je suis devenu greffier en 1999 et j’avais envie depuis environ trois ans d’œuvrer différemment dans l’univers de la justice. Travailler au contact des magistrats m'a permis de constater la diversité des fonctions. Cet aspect me correspond tout à fait », explique Matthieu Guy. Après treize ans de greffe, Laëtitia Caffier a également ressenti le besoin de changer de voie professionnelle : « Je voulais évoluer, mais le caractère administratif du métier de greffier en chef m’attirait moins que la matière juridique. »

Aurélie Chavagnon n’avait, pour sa part, jamais passé de concours d’accès à l’ENM avant de s’inscrire au concours complémentaire. « Je gérais des contentieux qui se plaidaient au tribunal. Assez vite, quand j’ai commencé à exercer, j’ai été séduite par les fonctions de magistrat, mais il était trop tôt pour changer : j’avais envie d’aller au bout de mon expérience en tant qu’avocate », raconte-t-elle. Quinze ans plus tard, elle a été encouragée par l’expérience de son associée qui avait elle-même réussi le concours l’année précédente : « Cela m’a vraiment donné confiance. »

La prise de décisions, une véritable responsabilité

La prise de décisions qui caractérise le métier de magistrat est évidemment un élément phare de nombreux projets de reconversion. Cela l’a été pour Matthieu Guy : « Le greffier est l’authentificateur de la procédure alors que le magistrat est pour sa part vraiment dans la prise de décisions. » De son stage au parquet, il a d’ailleurs notamment retenu « le bon stress » de ses premières permanences, journées pendant lesquelles le substitut du procureur assure en temps réel le suivi des plaintes et des infractions commises dans le ressort de la juridiction .

« J’ai pu me rendre compte, durant mon stage, que décider est parfois difficile, notamment pour un juge des affaires familiales qui doit veiller à l’intérêt de l’enfant. Mais c’est un challenge et une fierté : dans le cas d’une réparation de préjudice corporel par exemple, notre décision va avoir un impact important sur la vie de la victime », confie Laëtitia Caffier.

Un métier humain
Autre source de motivation régulièrement citée par les professionnels en reconversion : la dimension humaine du métier. « J’ai débuté mon stage sur les fonctions du siège et cela a déjà confirmé mon envie de devenir magistrat : je pratiquais le droit avant, mais ce qui me plaît vraiment c’est d’être immergée dans des problématiques humaines souvent complexes », précise Aurélie Chavagnon.
Et Laëtitia Caffier d’ajouter : « Le métier est au cœur de l’humain, de la protection des victimes, de la société, ou même de la famille pour un juge des affaires familiales. »
Formation courte

Certains stagiaires du concours complémentaire ne remplissaient plus les conditions d’âge requises pour passer les 2e ou 3e concours. Mais pour d’autres, la courte durée de cette formation réservée aux professionnels pouvant justifier d’une activité particulièrement qualifiante pour exercer des fonctions judiciaires a parfois fait la différence : « Cela permet en effet de concilier plus facilement ce projet de reconversion et la vie familiale », conclut Matthieu Guy.

Le dossier d’inscription au concours complémentaire 2016 est à télécharger sur le site de l’ENM et à renvoyer avant le 4 mai.