Carrière internationale : l’ENM propose un nouveau cycle de formation
Publié le 21 février 2017

L’École nationale de la magistrature propose, pour la première fois, un cycle de formation approfondi consacré à la dimension internationale de la justice (CADIJ). Le séminaire d’ouverture intitulé « le magistrat français et l’environnement international : enjeux et perspectives » a réuni une vingtaine de participants du 9 au 11 janvier derniers. Rencontre avec les directeurs de session.
Lara Danguy des Déserts, chargée de mission pour les juridictions pénales internationales auprès du directeur des affaires juridiques du Ministère des Affaires étrangères et du Développement international et Bruno Sturlese, Avocat général près la Cour de cassation, dirigent la session. Pour répondre aux objectifs fixés par l’ENM, ils ont conçu un programme pédagogique alliant conférences, tables-rondes et ateliers. Ensemble, ils reviennent sur les grands enjeux de la formation.
Le CADIJ est le premier cycle qualifiant dédié à la justice internationale. Pourquoi était-il nécessaire d’offrir aux magistrats français ce type de formation ?

L.D.D : Former les magistrats sur les questions internationales c’est d’abord assurer une présence française de plus en plus importante au sein des institutions et des juridictions du monde entier. Nous avons fait appel à des intervenants de grande qualité qui apportent une véritable hauteur de vue et nourrissent, par leurs expériences, la réflexion des participants. Malgré leurs responsabilités et leurs disponibilités contraintes, ils ont tout de suite compris l’enjeu de cette session et ont répondu présents. L’excellence et la crédibilité de la formation seront, je l’espère, un atout pour les magistrats participants. Pour le juge qui souhaite continuer à exercer en France, le cycle permet également d’avoir une meilleure connaissance de ce dans quoi sa décision s’inscrit au niveau international.

B.S : Aujourd’hui, même si l’on a tendance à entendre le contraire, il y a plus d’opportunités à saisir que de magistrats formés et compétents pour répondre aux besoins. Les magistrats qui se projettent sur des postes internationaux doivent disposer d’un bagage solide. Ce parcours qualifiant se déroule sur deux ans, avec des obligations précises d’acquisition linguistique et de suivi des différentes séquences. Jusqu’alors, il n’existait aucune formation longue qui puisse permettre aux magistrats de progresser, d’acquérir des connaissances, une culture et des techniques professionnelles essentielles pour évoluer dans un environnement international. Travailler sur les questions internationales c’est également, au-delà de la maîtrise de langue étrangère, un savoir-faire et un savoir-être. S’ouvrir et être capable de comprendre et d’appréhender la culture de l’autre, le système de l’autre, sont des qualités essentielles.

Une carrière internationale s’envisage sur le long terme, les postes sont convoités et les recruteurs exigeants. Quels conseils donneriez-vous aux magistrats qui s’engagent dans cette voie ?

B.S : Il est important d’abord de bien appréhender le contexte dans lequel ils vont évoluer. Cette session introductive du CADIJ a été conçue pour sensibiliser les participants et leur faire prendre conscience des réalités : quel est l’état du monde contemporain ? Quels sont les enjeux de la justice internationale ? Qu’est-ce qu’être magistrat à l’international ? Se projeter dans des fonctions à l’échelle européenne ou mondiale est une décision importante et un investissement sur plusieurs années. Il y a des postes de début de carrière, des postes intermédiaires et des postes de très haut niveau. Il faut parfois accepter un poste de débutant, moins prestigieux, pour ensuite faire valoir sa légitimité et accéder aux plus hautes responsabilités.

L.D.D : Au-delà des connaissances et des compétences que les magistrats vont pouvoir développer au cours du cycle, la capacité de ces derniers à se vendre auprès des recruteurs est un atout important. Le recrutement n’est pas automatique, les structures et les organisations internationales recherchent des profils particuliers et sont dans une démarche de sélection. Il faut par exemple connaître les mots clés qui feront la différence sur la lettre de motivation. Ce sont des notions que nous avons abordées lors de cette session introductive et qui pourront être approfondies par les magistrats inscrits au module optionnel « être magistrat à l’étranger ».

Mieux former les magistrats sur les questions internationales renforce l’efficacité de la coopération judiciaire. Quels bénéfices peut-on également souligner ?

B.S : La création, au début des années 1990, du magistrat de liaison est sans doute le meilleur exemple. Il a permis de faire prendre conscience aux chefs de juridictions comme à l’ensemble des collègues de l’utilité de professionnaliser la fonction de magistrat international. On s’est rendu compte de l’importance de ces postes stratégiques et décisifs en matière de coopération. C’est un exemple de retour immédiat mais il existe bien d’autres exemples de réussite. Il faut encourager les allers retours entre la France et l’étranger. Les magistrats qui évoluent à l’international vont défendre leur culture française, leur système juridique, ils sont dans une stratégie d’influence positive vis-à-vis de leurs homologues étrangers. Se confronter à une autre modèle, dans une volonté d’ouverture, aux côtés d’équipes pluridisciplinaires, enrichit sa pratique.

L.D.D : Effectivement, les magistrats qui passent par des institutions étrangères et retournent dans les juridictions françaises par la suite nourrissent la réflexion autour des enjeux et des transformations des systèmes judiciaires et juridiques dont ils ont été acteurs ou témoins à l’étranger. Je pense que les chefs de juridictions doivent encourager ces échanges, c’est une richesse dont tout le monde tire des bénéfices.