Stage en juridiction : témoignages de deux auditrices de justice
Publié le 28 juillet 2017

Depuis le 27 mars dernier, les 364 auditeurs de la promotion 2016 effectuent leur stage en juridiction dans 150 tribunaux de grande instance (TGI). Mathilde Panici et Carine Valiamé, auditrices de justice respectivement en stage aux TGI de Bergerac et de Bordeaux, évoquent cette expérience riche en juridiction.
« Ce stage est dédié à la pratique effective des différentes fonctions judiciaires sous la surveillance et avec les conseils des magistrats du tribunal. Durant 37 semaines, les auditeurs de justice appliquent les techniques professionnelles acquises lors de la période d'études dans des conditions réelles. Ils appréhendent aussi le rôle et le travail du greffe ainsi que celui des partenaires du magistrat », explique Sarah Dupont, sous-directrice des stages à l’ENM.
Le séquençage de la formation initiale prévoit :
- cinq semaines au tribunal d’instance,
- huit au tribunal de grande instance - dont trois auprès du juge aux affaires familiales,
- six au parquet,
- quatre auprès du juge d’instruction,
- trois au siège pénal majeur,
- quatre auprès du juge de l’application des peines,
- quatre auprès du juge des enfants,
- une dans les services de greffe,
- deux auprès des services d’enquête.
Premières audiences et permanences
« J'ai été amenée à rédiger une trentaine de jugements et d'ordonnances civils. Par ailleurs, j’ai tenu des audiences civiles publiques au tribunal d'instance, mais également présidé des audiences en cabinet : audiences de tutelles, audiences liées à l'exercice de l'autorité parentale des parents divorcés ou non mariés... », raconte Carine Valiamé, qui a débuté son stage en juridiction par les fonctions civiles du juge avant de commencer récemment le volet pénal.
« En matière pénale, j'ai pu tenir, sous le contrôle du magistrat du parquet, la permanence téléphonique du parquet des mineurs, donner une réponse pénale aux infractions dont le compte-rendu nous est donné par téléphone ou par écrit par les différents services d'enquête de la police ou de la gendarmerie. J'ai également procédé à des prolongations de garde à vue pour des majeurs par le biais de la visio-conférence. J'ai donc pu échanger et voir travailler les différents intervenants de la chaîne pénale. »
Depuis mars dernier, Mathilde Panici s’est également confrontée à la pratique effective de différentes fonctions dont celle de juge des enfants : « Lors de mon stage auprès du juge des enfants, j’ai tenu des audiences en assistance éducative en présence des éducateurs de l’Aide sociale à l’enfance. Ces quatre semaines m’ont notamment permis de mesurer l’importance du contradictoire lors des audiences, qui permet à chacun de s’exprimer, qui est source d’apaisement et qui est nécessaire pour une bonne tenue d’audience. »
« Une confrontation au réel, dans toute sa complexité »
Pour les deux auditrices de justice, cette expérience est riche d’enseignements. « Si la formation à l’École permet de consolider nos connaissances juridiques, avec un angle pratique, et de prendre nos marques pour les audiences lors des simulations organisées à l’ENM, le stage est la confrontation au réel, dans toute sa complexité ! La dimension humaine du métier fait réellement sens, nous apprenons à développer nos qualités d’écoute et prenons la mesure du caractère fondamental de l’impartialité du juge », confie Mathilde Panici.
Et d’ajouter : « C’est aussi très riche de pouvoir s’inspirer des pratiques des différents magistrats en fonction et de discuter des difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans leur exercice quotidien. »
«Donner du sens aux enseignements reçus à l’ENM »
Pour Carine Valiamé, ce stage permet de « donner du sens et de mieux comprendre les enseignements reçus à l'ENM, de manière pragmatique » : « Nous pouvons identifier plus précisément ce dont nous avons besoin, ce qui est important et ce qui l'est moins, tant en matière de connaissances que de méthodologie.
Ainsi, en matière civile, le juge doit aussi aborder son audience dans la perspective de la rédaction du jugement et poser les bonnes questions qui lui permettront d'avoir les informations utiles pour le rédiger de manière claire, précise et compréhensible pour les parties », conclut-elle.
Évaluation du stage dans le cadre de la formation probatoire
Lors du stage en juridiction comme tout au long de leur scolarité, les auditeurs de justice sont soumis à des évaluations régulières attestant leurs capacités à exercer leur futur métier de magistrat.
Ainsi, les maîtres de stage font part de leurs appréciations au directeur de centre de stage qui rédige une synthèse sur l’aptitude des auditeurs de justice à exercer chacune des fonctions par lesquelles ils sont passés.
Par ailleurs, les auditeurs sont évalués par le coordonnateur régional de formation lors de trois audiences : présidence d’une audience correctionnelle, réquisitions à l’audience correctionnelle et tenue d’une audience civile de cabinet.
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