Rencontre avec les experts de la police technique et scientifique
Publié le 29 septembre 2016

Gendarmes et policiers animaient à l’ENM, les 5 et 6 septembre derniers devant la promotion 2016, une séquence pédagogique dédiée à la police technique et scientifique. Retour sur ces échanges avec deux experts de la scène de crime et de la cybercriminalité : Estelle Davet, commissaire divisionnaire, chef du service central d’identité judiciaire de la sous-direction de la police technique et scientifique, et Cyril Piat, lieutenant-colonel, adjoint au chef du centre de lutte contre les criminalités numériques.

Exploitation des documents et des écritures manuscrites, scène de crime, odorologie ou encore recueil des traces technologiques pour la police, explosion, balistique, identification des véhicules, électronique embarquée, renseignement criminel ou cybercriminalité pour la gendarmerie : les conférences, ateliers et expositions organisés à l’ENM abordaient des thématiques variées.

Objectifs de cette séquence proposée chaque année aux auditeurs de justice : connaître l’organisation territoriale, les personnes et les services compétents en matière de police technique et scientifique dans l’enquête pénale et appréhender les sciences, techniques et méthodes d’investigation venant soutenir l’enquête judiciaire et la recherche de la vérité.

Scène de crime : un traitement long et des choix irréversibles

Chef du service central d’identité judiciaire de la sous-direction de la police technique et scientifique (PTS), Estelle Davet participe régulièrement à ces échanges pour expliquer aux élèves magistrats comment se déroule le traitement d’une scène de crime et quelles sont exactement les missions des équipes de la PTS dont ils ont souvent « une image un peu déformée à travers les séries ».

Elle rappelle notamment que toutes les personnes se trouvant sur les lieux doivent se protéger intégralement : « une fois qu’une scène est contaminée, on en peut pas revenir en arrière ». Et d’insister sur la série de préparations qui précèdent le traitement lui-même et sur la longueur des opérations : « Cela dure souvent plusieurs heures et il faut que les magistrats qui sont amenés à travailler avec nous en aient conscience pour éviter les incompréhensions. »

Cybercriminalité : des contentieux de masse

Cyril Piat, adjoint au chef du centre de lutte contre les criminalités numériques, tient pour sa part à sensibiliser les élèves magistrats sur la part importante que représente aujourd’hui la cybercriminalité au sein de la délinquance. Évoquant le darknet, il souligne « la grande facilité à y accéder » avant d’expliquer : « Aujourd’hui, la délinquance sur Internet expose très peu les délinquants. Les capacités répressives sont encore natives, même si elles sont en train de se conforter. Une des particularités d’Internet est de mettre en relation un unique délinquant avec des milliers de victimes potentielles. »
Nouer des relations de confiance

Les deux experts viennent également à l’ENM pour encourager l’établissement de relations de confiance entre les policiers et gendarmes et les futurs magistrats.

« Dans nos métiers, il est important d’échanger et d’utiliser les compétences qu’on a autour de soi en étant à l’écoute des spécialistes de chaque domaine. Parfois, nous savons que certains prélèvements ne donneront pas les résultats attendus par ceux qui nous les demandent et que d’autres pourraient être plus pertinents. À l’inverse, nous devons rester ouverts aux suggestions de professionnels qui ne sont pas des personnels de PTS : il est parfois intéressant de bénéficier d’un autre regard. Nous avons tous constamment des choses à apprendre : les scènes d’attentats que nous avons vécues ces derniers mois nous ont par exemple conduits à revoir nos protocoles et à nous adapter », explique Estelle Davet.

Le lieutenant-colonel Piat souhaite lui aussi « présenter les capacités avérées dont disposent les services spécialisés de police et de gendarmerie aux auditeurs de justice, qui deviendront pour certains les référents cybercriminalité de leur parquet » : « Dans un certain nombre de cas, nous faisons aujourd’hui la démonstration que nous sommes capables d’amener devant les juridictions de jugement, des personnes qui pensaient être à l’abri derrière Internet », conclut-il.

En complément de cette séquence pédagogique dédiée à la police technique et scientifique, les auditeurs de justice intègreront, durant leur stage en juridiction, un service d’enquête pendant deux semaines.