« Le JAF touche à la profondeur de l’humain »
Publié le 31 mars 2016

Pour préparer au mieux les magistrats qui exercent depuis peu ou s’apprêtent à exercer la fonction de juge aux affaires familiales, l’ENM organise chaque année une formation de cinq jours entièrement dédiés à la pratique de cette fonction. Catherine Mathieu, vice-présidente au tribunal de grande instance de Bobigny et coordinatrice du pôle de l’état des personnes et de la famille depuis 2014, en est la nouvelle directrice de session. Elle revient sur « l’importance pour les magistrats de bénéficier d’une respiration collective afin de prendre du recul par rapport au quotidien et de repartir en juridiction avec un bagage solide ».
Que propose la formation sur les pratiques des juges aux affaires familiales ?
La particularité de cette formation est qu’elle s’adresse en priorité aux magistrats qui exercent la fonction de juge aux affaires familiales depuis quelques mois seulement. L’intérêt est de renforcer leurs compétences en balayant tous les aspects de la fonction : aspects procéduraux, problématiques familiales, enjeux économiques et sociaux, partenaires institutionnels et jurisprudence. Le juge aux affaires familiales touche à la profondeur de l’humain et est un peu vu comme une vitrine de la justice car il s’adresse à toute la population. Les justiciables ont plus de chance de rencontrer la justice dans le cadre d’un conflit familial et c’est pourquoi les compétences du JAF couvrent tant la maîtrise technique des procédures que la « gestion » de l’humain.
Quels sont les fondamentaux ?
Le JAF est un juge seul qui voit passer un très grand nombre de familles dans un temps limité. Il est absolument primordial qu’il soit formé aux enjeux et problématiques des familles actuelles comme les violences conjugales, les situations d’emprise d’un des membres du couple, les conséquences de ces violences sur les enfants ou encore les pathologies et les dysfonctionnements graves qui peuvent s’exprimer lors des séparations. Les besoins de l’enfant, la construction de sa personnalité par rapport aux adultes qui l’entourent sont aussi des fondamentaux que le JAF doit maîtriser pour prendre les bonnes décisions. Car il a justement la responsabilité de statuer de façon pérenne et ses décisions vont engager la vie d’un enfant, d’un couple ou d’une famille.
Comment le rôle du JAF s’articule-t-il avec la société ?
Comme il s’agit d’un contentieux de masse qui concerne tout le monde, le JAF doit ouvrir le dialogue avec ses partenaires institutionnels car leurs politiques sociales et familiales ont des incidences directes sur le nombre et la nature des contentieux. On ne peut pas être uniquement le juge du droit et de la situation individuelle quand on sait qu’une partie des contentieux touche au collectif. Grâce à cette formation, les magistrats ont justement l’opportunité de rencontrer des intervenants de la CAF, de l’INSEE ou encore des psychiatres et des pédopsychiatres qu’ils pourront difficilement rencontrer dans leur quotidien.
En quoi est-ce important de réunir des magistrats autour de leurs pratiques ?
La charge de travail est telle en juridiction qu’il est souvent bien difficile de prendre du recul par rapport à ses propres pratiques. L’intérêt est d’interroger la fonction en partageant l’expérience de chacun, à la fois entre magistrats mais aussi avec des intervenants extérieurs qui portent un nouveau regard sur ce que l’on fait au quotidien et nourrissent le débat. Tous ces échanges regonflent les participants qui se posent en fait les mêmes questions et repartent en juridiction avec un bagage plus solide.