Dans la peau d’un surveillant pénitentiaire 2/2
Publié le 26 février 2016

Léa Delhy, 26 ans, auditrice de justice de la promotion 2015 de l’ENM a passé deux semaines à la maison d’arrêt de la Seine-Saint-Denis, à Villepinte. Face au quotidien des surveillants pénitentiaires et des détenus, elle revient sur l’importance de ce stage de terrain pour se confronter au devenir de ses futures décisions de privation des libertés.
Qu’apporte ce stage en milieu pénitentiaire ?
C’est formateur sur plusieurs points. D’abord sur le métier de surveillant, que je trouve très difficile à cause de la multiplicité des tâches et compte-tenu de leur si faible effectif par rapport à la surpopulation carcérale. C’est un métier de contact constant où il faut pourtant parvenir à garder une distance suffisante avec les détenus. Il y a un véritable équilibre à trouver et c’est passionnant de voir comment les surveillants dépassent les difficultés au quotidien. En tant qu’auditrice de justice, c’est forcément enrichissant d’entendre ce qu’on n’est pas censé savoir. J’ai en effet parlé avec plusieurs détenus au cours de leurs activités sans qu’ils connaissent mon statut. Ils se sont beaucoup confiés sur le vécu de leur détention et sur la manière dont ils appréhendent leur peine. Entre ceux qui l’acceptent et ceux qui s’y opposent, j’ai bien vu qu’il y avait un réel enjeu de compréhension.
C’est-à-dire ?
La façon de prononcer la peine, de l’expliquer et de la justifier est primordiale pour le détenu. Ceux qui vivent le mieux leur détention sont ceux qui ont compris la raison pour laquelle ils étaient là car le magistrat a pris le temps de leur expliquer, simplement et humainement. Et c’est uniquement en comprenant leur peine qu’ils sont davantage prêts à l’accepter. Parce qu’elle prend du sens.
Etre confrontée à des détenus vous aide-t-il à comprendre le sens de la peine ?
Cela m’aide à comprendre qu’il y a des peines d’emprisonnement qui sont effectivement nécessaires. Mais ça m’aide aussi à comprendre que certaines ne le sont pas. Pour certains profils de détenus, prononcer une peine d’emprisonnement ferme alors même qu’on sait que la prise en charge à la sortie est insuffisante, ne me semble ni adaptée, ni utile. Il y a des peines alternatives. Pour moi, l’aménagement de peine est primordial pour une réinsertion mais j’ai bien conscience des difficultés humaines et financières qui y sont liées. Cette immersion en milieu carcéral nourrit forcément mon interrogation quant à mes futures décisions compte tenu de la complexité de l’environnement et des situations. Mais puisque je l’ai vu, j’aurai pleinement conscience de ce à quoi je condamnerai.