Spécialisation juge des enfants : les points clés de la formation
Publié le 01 juin 2016

Parmi les 267 auditeurs de justice de la promotion 2014 déclarés aptes à exercer les fonctions de magistrat, 25 deviendront juges des enfants dès le 1er septembre 2016. Retour sur les enseignements qu’ils ont suivis à l’ENM, en avril dernier, dans le cadre de la préparation aux premières fonctions (PPF).Objectif : maîtriser les spécificités de leur futur poste.
« Le programme du mois de spécialisation à l’École, qui précède treize semaines de stage en juridiction, a été construit en fonction de quatre axes : la procédure et la technique, les partenaires avec lesquels les futurs juges des enfants travailleront au quotidien, les problématiques transversales auxquelles ils seront confrontés et la gestion de cabinet », explique Delphine Bourgouin, coordonnatrice de formation.
Focus sur la procédure d’assistance éducative
Le premier axe repose sur l’approfondissement de certains sujets étudiés pendant la formation initiale en lien avec les spécificités de la future fonction. Les auditeurs de justice ont ainsi bénéficié de nouvelles séquences sur la procédure pénale et la procédure d’assistance éducative. « Cette dimension technique est nécessaire pour qu’ils aient bien en tête les textes et les procédures applicables au moment de leur prise de poste », précise-t-elle.
Rencontre avec les partenaires du juge des enfants

Les présentations des principaux partenaires et les échanges avec leurs représentants et ceux des services éducatifs sont également très importants dans le programme de spécialisation. « Le juge des enfants est amené à travailler quotidiennement en lien avec les services éducatifs : il les mandate et ne peut pas décider sans être informé de leur évaluation des situations. »

Les 7 et 8 avril derniers, l’ENM a accueilli une promotion de l’École nationale de la protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ) pour construire, à partir de dossiers de mineurs, des parcours cohérents dans l’intérêt de ces derniers avec les futurs juges des enfants. « L’objectif était de mieux se connaître et de dépasser les représentations respectives », confie Delphine Bourgouin. Les directeurs stagiaires de l’ENPJJ et les auditeurs de justice ont par ailleurs assisté ensemble à une intervention de Catherine Sultan, directrice de la protection judiciaire de la jeunesse.

Une approche psychologique et sociologique

Les séquences pédagogiques de la préparation aux premières fonctions visent par ailleurs à sensibiliser les futurs magistrats à des thématiques transversales auxquelles leur fonction les exposera. « Pour de futurs juges des enfants, l’approche psychologique et sociologique est essentielle. Ils doivent en effet avoir des repères sur lesquels s’appuyer pour ne pas être déstabilisés quand ils seront confrontés à certaines problématiques récurrentes dans leur fonction et nouvelles pour eux. » Des séquences animées par des psychologues et des sociologues ont ainsi permis d’aborder le développement de l’enfant, l’adolescence, les maltraitances, l’inceste, le suicide des enfants et des adolescents ou encore la problématique de l’attachement. « En tant que juge des enfants, ils doivent absolument connaître les procédures et les textes, mais ils doivent aussi être capables de s’appuyer sur d’autres savoirs pour pouvoir trancher dans leur fonction », ajoute Delphine Bourgouin.

Les élèves magistrats ont également bénéficié de plusieurs temps d’échanges sur l’approche culturelle de la famille afin de mieux identifier les codes et marqueurs culturels de chacun et d’échanger plus facilement avec des familles roms, maghrébines ou originaires d’Afrique subsaharienne. « Il s’agit pour nous d’aider les magistrats à mieux s’approprier les situations où la différence culturelle se manifeste en leur donnant une grille de lecture culturelle des situations pour éviter un malentendu ou une incompréhension qui pourrait faire échouer les mesures », explique Mohamed Fazani, co-directeur chargé de l’action sociale et juridique de l’Association du lien interculturel familial et social (ALIFS) de Bordeaux. Et d’ajouter : « Par exemple, dans les familles maghrébines, la mère de famille va souvent représenter le père et agir en son nom. Si on affirme que le père est démissionnaire parce qu’il n’est pas là alors que le magistrat veut rencontrer les deux parents, il ne comprendra généralement pas puisqu’il a envoyé sa femme pour le représenter. Pour les futurs juges des enfants, ça veut dire que ce qui paraît évident ne l’est pas toujours : il faut aller plus loin, connaître l’autre et sa culture pour identifier les marqueurs culturels qui ont déterminé la conduite : le temps de cette intervention à l’ENM ne suffit évidemment pas, mais c’est une attitude professionnelle que les futurs magistrats pourront développer ensuite. »

Gestion de cabinet et rôle du greffe
Enfin, une partie du mois de spécialisation à l’ENM des futurs juges des enfants était dédiée à la gestion de cabinet. « Nous leur avons proposé d’échanger avec de jeunes collègues entrés en fonction en septembre dernier mais aussi d’assister à une intervention à double voix d’un magistrat beaucoup plus expérimenté et de sa greffière, le juge des enfants n’étant rien sans son greffe », conclut Delphine Bourgouin.


Lire aussi : l’article sur la préparation aux premières fonctions des juges placés auprès du premier président.