Olivier Leurent : « L’ENM offre des temps de réflexion inestimables »
Publié le 06 septembre 2016

Nommé directeur de l’ENM le 13 juillet dernier après vingt-six années d’activité juridictionnelle et d’administration judiciaire, Olivier Leurent aimerait « développer et préserver cette école de l’excellence dont la vitalité saute aux yeux », « transmettre [sa] passion pour ce métier exceptionnel à ceux qui rendront la justice de demain » et « [se] mettre au service de [ses] collègues dans le cadre de la formation continue ». Rencontre.
Le garde des Sceaux a fait pour la première fois un appel à candidature pour le poste de directeur de l’ENM. Quelles ont été vos motivations pour vous porter candidat ?

« Mon désir de devenir directeur de l’ENM est fondé sur ma passion pour la profession de magistrat, que je souhaiterais pouvoir transmettre à ceux qui rendront la justice de demain. Les auditeurs de justice vont avoir la chance d’exercer un métier tout à fait exceptionnel, qu’ils vont découvrir sous toutes ses facettes et dans toute sa complexité pendant la période d’études mais surtout lors de leur stage en juridiction, et l’ENM a pour vocation de leur apprendre ce qui va constituer le cœur de leur future mission : rendre une justice conforme au droit mais également une justice humaine, à l’écoute de la société et respectueuse des personnes.

L’idée de me mettre au service de mes collègues dans le cadre de la formation continue m’a également encouragé à me porter candidat. Je considère en effet que la légitimité du magistrat repose avant tout sur sa compétence, laquelle doit être en permanence et pendant toute la vie professionnelle actualisée et approfondie. J’ai été un heureux bénéficiaire de sessions de formation continue à l’ENM : je me suis ainsi ressourcé à l’École en m’initiant à de nouvelles techniques, mais surtout en prenant le temps de réfléchir sur ma pratique professionnelle et en la confrontant à celles d’autres magistrats. Ce temps de respiration dans notre vie professionnelle contrainte par le stress, le temps et la productivité est inestimable. »

Vous avez une expérience professionnelle riche. Quels éléments de votre parcours vous seront particulièrement utiles pour exercer vos nouvelles responsabilités de directeur de l’ENM ?

« Au cours de ma carrière, j’ai eu à traiter des affaires qui m’ont régulièrement confronté au cœur du métier de juge en termes d’impartialité et d’indépendance (génocide rwandais, École en Bateau, Carlos, Gang des Barbares…). Ainsi, les questions liées à l’éthique du juge et à la mission du juge dans la société me sont chères.

Par ailleurs, mon expérience de l’administration judiciaire en tant que secrétaire général au TGI de Paris m’a appris le travail en équipe et le fonctionnement d’une grosse juridiction.

Enfin, j’ai travaillé régulièrement en lien avec l’École tout au long de mes vingt-six années d’activité professionnelle. J’ai été maître de stage d’auditeurs de justice au début de ma carrière, directeur de centre de stage au TGI de Paris et directeur de sessions de formation continue en matière de droit pénal économique et financier, puis pour des futurs présidents de cours d’assises. J’ai également participé à plusieurs missions d’expertise organisées par le département international : j’ai été sollicité pour évoquer le traitement judiciaire du terrorisme à Washington, les spécificités du juge d’instruction en Russie ou encore les assises à Taïwan. »

Vous avez intégré l’ENM en 1988. Quelle image avez-vous de l’École aujourd’hui ?

« Mon passage à l’ENM m’a beaucoup marqué et la seule lecture du rapport d’activité de l’année 2015 m’a donné envie de redevenir auditeur de justice tellement cette École est attirante par la diversité de ses enseignements et la richesse de ses méthodes pédagogiques. Je retrouve un établissement dont la vitalité saute aux yeux et qui, à mon sens, a su accompagner l’évolution du métier pour offrir une formation moderne et diversifiée, répondant aux besoins des futurs magistrats et des magistrats en exercice. L’ENM utilise de nouveaux outils pédagogiques, développe le travail collectif, pousse ses publics à s’interroger sur les questions de déontologie et d’éthique. C’est aujourd’hui un centre de réflexion permanente sur notre profession, sur le rôle du ministère public, sur l’office du juge et sur la place de la Justice dans un État démocratique, qui s’inscrit dans une recherche d’adaptation constante aux nouveaux enjeux et défis de la Justice. Elle est, à mon sens, une école de l’excellence : ma mission est de la développer et de la préserver.

En parallèle de la formation des magistrats, mon prédécesseur, Xavier Ronsin, a fortement soutenu l’activité internationale de l’ENM. C’est d’autant plus important que l’image de la justice française à l’étranger en découle et que cela permet de faire rayonner les grands principes qui la régissent dans d’autres pays. »

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