Lutte contre les addictions : l'ENM forme les délégués du procureur
Publié le 23 décembre 2016

40 délégués du procureur venus de toute la France s’étaient donné rendez-vous ce lundi 5 décembre pour participer au 3e module d’un séminaire de formation dédié aux dispositifs de lutte contre la toxicomanie. Cette dernière partie était consacrée aux sanctions pénales et à l’animation des stages de sensibilisation aux dangers des usages de stupéfiants. Une action montée avec le soutien financier de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA).

« Ce 3e module vient clôturer une formation complète, alliant théories, ateliers et immersion au sein d’une structure sanitaire ou sociale » rappelle Sophie Parmantier, coordonnatrice de formation au sein du Département des formations professionnelles spécialisées de l’ENM. « Son contenu a été conçu avec des experts et praticiens : pédagogues, médecins, psychologues, magistrats, gendarmes etc. Il donne ainsi toutes les connaissances et les outils nécessaires aux délégués du procureur pour renforcer leur positionnement et leur discours, dans une prise en charge globale du consommateur associant répression et soin » poursuit-elle.

Ce cycle de formation fait par ailleurs l’objet d’un travail d’évaluation auprès des participants du séminaire de 2015. Il est mené par la pédagogue et spécialiste de la formation de formateurs dans les domaines de la justice et de la santé, Véronique Duveau-Bertrand « Depuis 1 an, j’échange très régulièrement avec les délégués du procureur formés l’an passé et je me rends sur le terrain lorsqu’ils animent les stages. J’ai ainsi pu mesurer l’utilité de la formation mais aussi les difficultés rencontrées. Cela nous permet de faire évoluer son contenu pour être au plus proche des attentes et de la réalité du terrain. »

L’École travaille en complément sur un module d’e-formation qui devrait paraître au 1er trimestre 2017.

Le délégué du procureur, acteur clé de la lutte contre les addictions
Proposé par le procureur de la République dans le cadre des mesures alternatives aux poursuites ou ordonné à titre de peine complémentaire, le stage de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants vise à informer le consommateur des sanctions qu’il encoure et à lui faire prendre conscience des dangers pour sa santé et pour la société. Le délégué du procureur, en tant que représentant de la loi, joue un rôle central dans la mise en œuvre de ces stages. Il peut être amené à en déterminer le programme pédagogique, à trouver les intervenants, notamment parmi les professionnels de santé et, très souvent, à le co-animer.
Le point de vue de trois délégués du procureur sur la formation

Claudie Faustein, déléguée du procureur au tribunal de grande instance de Dax depuis 2004. Ancienne huissier de justice, actuellement chef de service d’une association d’aides aux victimes.

Michel Le Borgne, délégué du procureur au tribunal de grande instance d’Agen depuis 2011. Ancien gendarme à la retraite.

Jean-Claude Leroux, délégué du procureur au tribunal de grande instance d’Agen depuis 2009, spécialiste des mineurs délinquants. Retraité de l’armée et ancien gendarme.

Pourquoi participez-vous à ce séminaire ?

C.F : Dès décembre 2008, en application de la loi du 5 mars 2007, j’ai moi-même conçu et animé les stages de sensibilisation aux dangers de l’usage des stupéfiants. Aujourd’hui, je n’interviens plus mais j’assure toujours la coordination, la gestion financière, le choix des intervenants et les évaluations. Comme je n’avais pas été formée à animer un collectif, ce séminaire me donne les clés pour faire passer un message efficacement auprès d’un public particulier et notamment auprès des consommateurs établis qui sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes.

M.L.B : On est très régulièrement confrontés aux problèmes liés aux addictions qui amènent parfois des violences conjugales ou entre voisins. Malheureusement, pour le moment, il n’y a plus aucune structure sur la région pour mettre en place les stages. Alors quand le procureur a été informé que les délégués pouvaient eux-mêmes les monter et les animer, il nous a tout de suite encouragé à nous former.

J.C.L : Chez les jeunes, on note une explosion de la consommation de stupéfiants, dès 12 ans parfois. J’ai besoin d’être accompagné pour aborder ce nouveau phénomène et créer les conditions du dialogue, il y a urgence alors je me suis porté volontaire.

Votre posture et votre discours ont-ils évolués depuis votre participation à la formation ?

C.F : Je me suis aperçue que depuis que j’ai assisté au premier module, je ne fais plus le rappel à loi de la même manière qu’avant. Je mets tout de suite l’accent sur le fait qu’il existe des structures d’aide médical et de soutien. Mon stage m’a convaincue qu’il fallait travailler main dans la main, santé et justice. Chacun doit tenir compte de l’autre tout en restant dans son rôle. Nous devons faire un rappel à la loi, dans tout ce que cela comporte de solennité mais, même si nous représentons l’interdit, on ne doit jamais se montrer jugeant. Les retours que j’ai eu lors de la dernière évaluation étaient plus positifs que d’habitude, les stagiaires m’ont dit qu’ils s’attendaient à une intervention beaucoup plus rigide et que, finalement, on a réussi à leur donner envie de se soigner.

M.L.B : Maintenant que j’ai les éléments et les outils j’aborde autrement les personnes addicts, je suis plus à l’aise. J’ai appris à adapter mon message en fonction de la personne. Parfois il suffit d’un mot pour tout gâcher.

J.C.L : Depuis ma participation au séminaire, je reçois différemment les mineurs, je suis beaucoup plus dans la pédagogie, même avec les parents. J’ai un positionnement plus adapté qui va au-delà de l’aspect purement répressif.

Qu’allez-vous mettre en place à l’issue de cette formation ?

M.L.B : Les magistrats nous considèrent comme de véritables partenaires, ils ont besoin de nous, ils ont confiance en nous. Alors grâce à tout ce que l’on a appris ces derniers mois, je vais pouvoir agir.

C.F : Mon planning ne me permettra pas de réanimer les stages mais je resterai organisatrice et je travaillerai davantage en équipe, notamment avec un autre délégué du procureur qui connaît parfaitement la législation et qui sait animer des groupes.

J.C.L : J’ai effectué mon stage d’immersion à l’hôpital dans une unité spécialisée en addictologie donc j’ai pris des contacts avec d’éventuels futurs intervenants. Ce ne sera pas facile mais je vais tout faire pour pouvoir répondre aux attentes du procureur et monter ces stages dès que possible.