Stage de préparation aux premières fonctions : juge des enfants (1/2)
Publié le 01 août 2017

La promotion 2015 effectue son stage de préparation aux premières fonctions du 9 mai au 2 août 2017. Il s’agit de la dernière étape de la formation initiale des 257 auditeurs de justice avant leur prise de poste le 1er septembre prochain. Objectif : les préparer de manière personnalisée à l’exercice de leurs fonctions.
Deux futurs magistrats témoignent des enseignements reçus au cours de ce stage. Aujourd’hui, entretien avec Zoé Borne, stagiaire au tribunal de grande instance d’Angoulême et future juge des enfants au tribunal de grande instance d’Alençon.
« Ce stage, qui complète le stage en juridiction, doit permettre aux auditeurs de justice de se mettre à la place du magistrat dans toute la dimension de son activité, mais aussi d’organiser leur planning en fonction des spécificités de leur première affectation et de ce qu’ils souhaitent maîtriser davantage », précise Sarah Dupont, sous-directrice des stages à l’ENM.
Ainsi, le stage est adapté aux besoins de chaque auditeur grâce au concours des maîtres de stage et du directeur du centre de stage qui déterminent avec lui les priorités à aborder.
Comment est organisé votre stage de spécialisation ?
« Avec mes maîtres de stage, nous avons divisé mon stage de préparation aux premières fonctions en deux parties. Dans un premier temps, j'ai repris des audiences "classiques" sans faire de la gestion de cabinet, qui est l'aspect que l'on connaît le moins à l'issue de notre formation à l'ENM et du stage juridictionnel. En seconde partie du stage, j'ai appris avec mon maître de stage à gérer un cabinet de juge des enfants. J'ai aussi énormément échangé avec le greffe sur les pratiques. L'encadrement est très différent du stage juridictionnel : on prend beaucoup plus de dossiers d'une part – donc on rédige beaucoup plus - et d'autre part, on apprend à gérer le tempo, tous les à-côtés de l'audience (la relecture des jugements, l'audiencement au pénal, l'orientation des dossiers, les contacts avec les partenaires comme la Protection judiciaire de la jeunesse ou l'Aide sociale à l’enfance). Enfin, on apprend à gérer les urgences, ce qui ne nous concernait que très peu pendant le stage juridictionnel. »
Que vous apporte ce stage en termes de spécialisation et de méthode de travail dans la perspective de votre future prise de poste ?
« J’attendais énormément de ce stage de préparation aux premières fonctions concernant la gestion de cabinet. L'opportunité de reprendre dans l'intégralité pendant un mois le cabinet d'un de mes maîtres de stage a été une véritable expérience et une confrontation à la réalité de ce que seront mes fonctions dans quelques mois. Cela implique de revoir complètement ses techniques de rédaction notamment. J'ai appris à pré-rédiger et à finir la rédaction des jugements dans la journée. La semaine passée dans ma future juridiction d’affectation m'a également permis de savoir qu’il n’y aurait pas de greffier présent aux audiences d'assistance éducative. J'ai donc mis à profit mon retour à Angoulême pour m'entraîner à la prise de notes pendant l'audience.
Par ailleurs, le traitement du courrier est une question que nous n'abordons pas en stage juridictionnel et qui peut pourtant être très chronophage. Cela a donc été un élément important de ce stage de préparation aux premières fonctions.
Enfin, concernant les audiences, ce stage me permet de construire, en fonction de ma personnalité, une pratique professionnelle qui m'est propre, et de voir sur quels aspects je peux améliorer ma gestion de l'audience. »
Pouvez-vous nous raconter une semaine type ?
« Une semaine type est constituée d'une audience par jour : assistance éducative ou audience pénale, soit le matin, soit l'après-midi. Si l'audience est le matin, j'arrive en avance pour relire la pré-rédaction que j'ai pu faire (en assistance éducative) ou mes notes sur les dossiers (pour les audiences de mise en examen ou les jugements en chambre du conseil). Généralement, une demi-journée est consacrée à cette audience.
Au retour d'audience, je poursuis la rédaction des jugements d'assistance éducative du jour et j’examine le courrier qui est arrivé. Je vois s'il faut rédiger des ordonnances, passer des coups de téléphone en urgence.
L'après-midi, je finis la rédaction des dossiers du matin, je pré-rédige les autres dossiers de la semaine et je termine de traiter le courrier. De manière générale, les actes en soi sont récurrents, mais la nature des dossiers ne l'est pas. En assistance éducative, on peut avoir dans une même audience des problématiques très différentes, avec des enfants très jeunes ou des adolescents, des parents plus ou moins réceptifs, etc. En résumé, aucun jour ne se ressemble au tribunal pour enfant. C'est une fonction très riche du fait de l'intervention du magistrat tant au civil qu'au pénal. Le juge des enfants fait aussi fonction de juge d'instruction, de juge correctionnel et de juge d'application des peines pour les mineurs qu'il suit au pénal. Il faut donc être très au clair sur la chaîne pénale et les spécificités liées à la minorité. »