Concours de l’ENM : conseils du jury pour réussir son grand oral

Qu’attend le jury des candidats lors de l’entretien individuel (ou « grand oral ») ? Comment bien formuler ses motivations pour devenir juge ou procureur ? Combien de sujets de culture générale ou d’actualité un candidat peut-il piocher ? Le point avec Alain Girardet, conseiller à la première chambre civile de la Cour de cassation, qui préside le jury des concours d’accès de l’École nationale de la magistrature depuis 2019.

Destiné à évaluer les motivations des candidats à intégrer la magistrature, l’entretien individuel dure 40 minutes et se déroule face à un jury de 7 membres. Il s’inscrit dans une dynamique qui relève davantage de l’entretien de recrutement que de l’oral d’un concours.

Il débute – pour les candidats au 1er concours d’accès uniquement – par 10 minutes d’exposé et de questions sur un sujet d’actualité, de culture générale ou judiciaire, après une préparation de 30 minutes. Les candidats en reconversion inscrits aux 2e et 3e concours d’accès doivent pour leur part exposer leur parcours à partir d’un dossier de reconnaissance des acquis de l’expérience professionnelle (RAEP).

L’exposé est suivi, pour tous, d’une conversation de 20 minutes avec le jury s’appuyant sur une fiche individuelle de renseignements, proche du CV, remplie par le candidat.

Enfin, les 5 à 10 minutes restantes sont réservées à la restitution de l’épreuve de mise en situation collective : le candidat doit alors expliquer au jury comment il a vécu cette mise en situation, quel regard il porte rétrospectivement sur sa propre contribution et plus globalement sur celle du groupe.

Pour en savoir plus sur cette partie de l’entretien individuel : lire l’article sur la mise en situation collective

Quelles sont les informations pertinentes pour le jury dans les fiches individuelles remplies par les candidats ?

« Je voudrais vraiment insister sur l’importance de la fiche individuelle, qui permet au candidat de faire ressortir l’intérêt de son parcours et de mettre en avant ses motivations. Elle doit ainsi refléter la réflexion qui l’a mené à passer le concours : les raisons pour lesquelles il souhaite devenir juge ou procureur, ce qu’il attend de ses futures fonctions, ce qu’il pense apporter à la magistrature. Mais elle doit également permettre au jury de comprendre ce qui constitue la richesse de sa personnalité en abordant sincèrement ses autres sujets d’appétence intellectuelle, ses engagements personnels, associatifs et humanitaires, son intérêt personnel pour le droit et pour la justice…

Parfois, le candidat ne se livre pas assez dans sa fiche : c’est dommage car beaucoup d’étudiants sont originaires de filières proches et c’est justement l’occasion d’ajouter des éléments liés à leur intérêt personnel pour le droit. »

Pouvez-vous nous donner des exemples de questions de culture générale ou d’actualité ?

« Voici quelques sujets donnés l’an dernier : “La galanterie est-elle suspecte ?”, “Le droit et la littérature font-ils bon ménage ?”, “Le populisme en France”, “L’idée libérale est-elle devenue obsolète ?”, “Restituer les œuvres d’art à leurs pays d’origine ?”, ou encore “Existe-il un progrès de l’histoire ?” »

Est-il rédhibitoire de ne pas y répondre ?

« À partir de la session 2020, les candidats pourront piocher 2 sujets différents, ce qui réduira les risques de ne pas savoir du tout répondre. Si vraiment c’était le cas, il vaut mieux jouer la carte de l’honnêteté intellectuelle et parler éventuellement d’un sujet proche. »

Quels conseils donneriez-vous pour réussir l’exposé sur la question de culture générale ou d’actualité ?

« L’exposé ne doit pas durer plus de 5 minutes puisqu’il est suivi d’un temps de questions-réponses. Il faut donc qu’il soit bien structuré selon un plan reprenant les grands enjeux du sujet et la ou les positions défendues par le candidat.

Ce qui est sanctionné, c’est la capacité d’une réflexion personnelle, argumentée, référencée et non stéréotypée. Les références utilisées doivent être le reflet d’une certaine curiosité intellectuelle et donc de nature diverses : ils peuvent ainsi mêler des références historiques, géographiques, politiques, sociologiques, philosophiques, culturelles…

Attention cependant à ne pas trop multiplier les citations : cela pourrait donner l’impression que le candidat cache sa propre analyse derrière elles, alors que les prises de position nettes sont justement appréciées dès lors qu’elles sont solidement argumentées. »

Qu’attend le jury de la discussion sur le parcours et la motivation ?

« À ce stade de l’épreuve, le jury espère rencontrer le candidat dans un échange transparent, constructif et révélateur de la démarche entreprise.

La fiche individuelle est le point de départ de cette discussion qui doit lui permettre d’appréhender la personnalité du candidat. Il faut donc que ce dernier développe et soutienne de manière pertinente ce qu’il a écrit, en s’exprimant par exemple sur le choix de son sujet de mémoire et l’évolution de sa réflexion, sur les enseignements qu’il a tirés d’un séjour à l’étranger dans le cadre du programme Erasmus…

Dans la seconde partie de l’entretien qui porte sur sa motivation, le candidat doit montrer qu’il a véritablement réfléchi à ce que signifie être magistrat au 21e siècle, à l’évolution de l’office du juge dans la société contemporaine, aux grands enjeux auxquels est confrontée l’institution judiciaire, aux débats actuels dont les lois récentes sont l’illustration et à la notion même de justice. Cela est nécessaire au vu des fonctions très engageantes qu’il souhaite exercer. Par ailleurs, s’il passe plusieurs concours, il peut expliquer ce qui, pour lui, fait le lien entre les différents métiers visés, donner quelques éléments d’analyse sur les relations professionnelles entre les deux corps... Cela s’applique d’ailleurs également pour les professionnels en reconversion. »

Lire aussi : Le rapport du jury sur la session 2019 des concours d’accès