Les futurs magistrats formés à la gestion d’un cabinet

Les futurs magistrats de la promotion 2016 ayant choisi une fonction de cabinet et les futurs juges placés, qui pourront également être amenés à en exercer, ont bénéficié durant leur spécialisation à l’ENM d’enseignements sur la prise en main et la gestion d’un cabinet.

Deux juges d’instruction issus des promotions 2014 et 2015 ont animé une séquence pédagogique dédiée à la prise en main d’un cabinet.

En parallèle d’enseignements sur les contentieux techniques spécifiques à leur futur poste ou la dimension partenariale du métier de magistrat, la thématique de la prise en main et de la gestion d’un cabinet fait partie des grands axes pédagogiques de la spécialisation à l’ENM des auditeurs de justice. Ainsi, les futurs juges de l’application des peines, juges d’instruction, juges des enfants, juges aux affaires familiales et juges placés abordent le plus souvent cette question – qu’ils n’avaient pas étudiée pendant la première partie généraliste de la scolarité à l’École – avec de jeunes magistrats pour la prise en main d’un cabinet et des magistrats plus expérimentés pour sa gestion au quotidien, parfois en binôme avec des greffiers.

Bénéficier du retour d’expérience de jeunes magistrats

« Pour répondre aux nombreuses questions que se posent les futurs juges de l’application des peines (JAP) concernant leur arrivée dans leur cabinet, nous leur proposons une première intervention sur ce thème dès le début de leur spécialisation », explique Marine Lacroix, coordonnatrice de formation à l’ENM en charge de l’organisation de la préparation aux premières fonctions JAP.

« Dans le cadre de la formation des futurs juges des enfants (JE), deux jeunes juges des enfants de juridictions de tailles différentes sont venues décrire aux auditeurs de justice comment elles avaient pris leur poste, leurs premières semaines, ce qu’elles avaient trouvé difficile ou utile à savoir en arrivant, etc. », ajoute Sophie Lésineau, coordonnatrice de formation en charge de l’organisation de la spécialisation JE.

Échanges sur la prise en main d’un cabinet avec les futurs juges des enfants de la promotion 2017.
Échanges sur la prise en main d’un cabinet avec les futurs juges des enfants de la promotion 2017.

Aborder les spécificités de la gestion de cabinet au quotidien par fonction

Au-delà de ces retours d’expériences de jeunes magistrats, les auditeurs de justice ont abordé les spécificités de la gestion de cabinet en fonction de leur futur poste : Comment le juge d’instruction organise-t-il l’ouverture et la clôture d’informations dans son cabinet ? Comment le juge des enfants fait-il un état des lieux de son cabinet pour connaître le nombre de dossiers qu’il doit traiter en assistance éducative (mesures pouvant être décidées par le juge des enfants lorsqu'un enfant est en danger) , au pénal, au niveau post-sentenciel ou en matière d’accompagnement budgétaire ? Comment le juge de l’application des peines doit-il prioriser les mesures alors qu’il doit gérer environ 1 000 dossiers simultanément dans son cabinet ? Comment tous les magistrats occupant des fonctions de cabinet doivent-ils traiter leur courrier ou les urgences et organiser la répartition des tâches avec le greffe ?...

« L’objectif était que ces futurs juges se posent les bonnes questions, qu’ils les expérimentent durant leur stage de spécialisation et qu’ils aient trouvé les meilleures techniques de gestion de cabinet au moment de leur prise de poste. Il n’y a pas une seule bonne gestion de cabinet : c’est pourquoi il était important qu’ils bénéficient du regard de magistrats aux pratiques variées », souligne encore Sophie Lésineau.

Lire aussi : Stage de préparation aux premières fonctions : juge des enfants

Focus sur la spécialisation des juges placés

La question de la prise en main et de la gestion de cabinet est par ailleurs essentielle pour les juges placés auprès des premiers présidents de cours d’appel. Ils sont en effet amenés à changer de poste en moyenne tous les quatre à huit mois en fonction des besoins identifiés sur le ressort et doivent être immédiatement efficaces.

C’est pourquoi cette thématique a été largement traitée au cours de leur spécialisation. Il s’agissait notamment, pour les futurs magistrats placés, d’apprendre à préparer les audiences, les actes ou les opérations d’interpellations déjà fixées, à traiter le courrier en identifiant les priorités, à organiser leurs quinze premiers jours de délégation – notamment faire leur état des lieux, gérer leur emploi du temps… –, à s’appuyer sur des trames pour rédiger plus vite, à traiter les urgences, etc. Les relations avec le greffe et les services partenaires faisaient également partie des thèmes abordés.

« L’objectif était de s’appuyer sur des exemples concrets et des conseils pratiques pour qu’ils puissent acquérir des réflexes et qu’ils aient des outils immédiatement utilisables », précisent Valérie Lauret et Géraldine Brun, coordonnatrices de formation en charge de la spécialisation des futurs juges placés.