Incarcération : les futurs juges visitent un module de respect

Les 24 futurs juges de l’application des peines de la promotion 2016 ont visité, pendant leur spécialisation à l’ENM en mai dernier, le module de respect du centre pénitentiaire de Mont de Marsan : un quartier carcéral créé en 2015 où le mode de détention est aménagé pour permettre aux détenus d’avoir plus de responsabilité et d’autonomie. Objectifs de cette journée : observer les conditions d’incarcération mises en place et échanger avec le personnel pénitentiaire.

Les modules de respect : une nouvelle vision de l’incarcération

« Cette visite est une nouveauté dans le programme de préparation aux premières fonctions des futurs juges de l’application des peines. Ces derniers doivent en effet connaître toutes les formes d’incarcération possibles, dont le module de respect qui est de plus en plus expérimenté dans les établissements pénitentiaires français », indique Marine Lacroix, coordonnatrice de formation à l’ENM en charge de la spécialisation juge de l’application des peines.

Si dix-huit prisons ont ouvert un module de respect depuis 2015, notamment la maison d’arrêt de Villepinte et le centre de détention de Bapaume, vingt établissements supplémentaires souhaitent également mettre en place un tel dispositif d’ici à 2020, d’après le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL). Le centre pénitentiaire de Mont de Marsan a été le premier établissement français à mettre en place ce module, qui à l’origine vient d’Espagne.

Pour en savoir plus : l’avis du CGLPL 12 décembre 2017 relatif aux modules de respect dans les établissements pénitentiaires

Christel Drouet, directrice du centre pénitentiaire de Mont de Marsan, échange avec les futurs juges de l’application des peines.

« Ce dispositif permet aux personnes sélectionnées de s’engager à respecter certaines règles, que ce soit envers le personnel ou envers les autres détenus. Ainsi, le module de respect responsabilise les personnes détenues. En échange, ils ont plus d’autonomie et de liberté. Et en cas de non-respect de leur engagement, les détenus peuvent être exclus ou démissionner du module pour retourner à un modèle de détention avec un régime de portes fermées, c’est-à-dire intégrer des quartiers où ils ne quittent pas leurs cellules sans être accompagnés », a expliqué aux futurs juges de l’application des peines Christel Drouet, directrice du centre pénitentiaire de Mont de Marsan.

En diminuant les violences, et en facilitant l’accès aux activités culturelles et professionnelles, le module a pour vocation de favoriser la réinsertion. Un objectif partagé avec les juges de l’application des peines qui, par leurs décisions, doivent inciter les détenus à se réinsérer socialement et professionnellement.

Adapter les pratiques

Les futurs juges de l’application des peines, qui avaient peu entendu parler de ce nouveau système pendant leur période d’études initiale à l’ENM ont pu comparer les conditions carcérales du module de respect et celles de l’incarcération plus traditionnelle, observées lors de leur stage pénitentiaire. « La différence est saisissante. Dans un régime fermé, l’ambiance peut être tendue entre les surveillants et les détenus et les cours sont souvent insalubres. Avec ce module, les détenus et le personnel pénitentiaire vivent différemment l’incarcération », souligne Morgane Papadopoulos, future juge de l’application des peines. « Voir qu’une autre forme de détention est possible nous donne de meilleurs outils pour prendre des décisions personnalisées en fonction des détenus », confie par ailleurs Benjamin Marty, qui prendra également son premier poste de juge de l’application des peines en septembre prochain.

Selon Christel Drouet, directrice du centre pénitentiaire, présenter ce module de respect aux futurs magistrats est intéressant car « même si les juges de l’application des peines n’ont pas l’autorité pour permettre aux détenus d’y accéder, ils peuvent valoriser leur intégration au sein du dispositif, notamment en accordant des remises de peines ou des permissions de sorties. Nos échanges peuvent ainsi leur permettre d’adapter leurs pratiques. »

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