Formation des élèves magistrats : qu’apprennent-ils en juridiction ?

Alors que le stage en juridiction de la promotion 2016 s’est achevé en février dernier, Marion Laprévote, auditrice de justice issue du 1er concours, et David Hazan, ancien directeur pénitentiaire d’insertion et de probation, reviennent sur les principaux enseignements de leurs dix mois d’exercice professionnel. Témoignages.

Formation des élèves magistrats : qu’apprennent-ils en juridiction ?

Marion Laprévote et David Hazan ont respectivement effectué leur stage aux tribunaux de grande instance de Grenoble et de Rouen, où ils ont pratiqué toutes les fonctions qu’ils pourront exercer à la fin de leur formation à l’ENM.

À l’heure du bilan, David Hazan confie : « La formation que nous avons reçue à l’ENM nous a extrêmement bien préparés au stage en juridiction, que ce soit en termes de connaissances juridiques ou de pratique professionnelle. J’ai beaucoup appris pendant ces dix mois, mais je ne me suis jamais senti perdu. »

Savoir s’adapter à toutes les situations, réagir vite, acquérir des automatismes

Parmi les grands enseignements de ce stage, Marion Laprévote cite en premier lieu la capacité d’adaptation et la réactivité. Particulièrement marquée par ses deux semaines de permanence au parquet (ou traitement en temps réel des procédures), elle raconte comment elle a dû passer, au fil des appels qu’elle prenait, de contraventions ou petits délits à des atteintes aux personnes importantes. « Je répondais à un ou plusieurs appels en même temps en effectuant en parallèle des recherches (casier…). Il faut donc réfléchir très vite pour poser les bonnes questions en fonction de la situation, avoir les bons réflexes, déterminer quel appel justifie une réponse immédiate assez simple et quel autre nécessite davantage de temps pour étudier les éléments, etc. En complément de la direction d’études sur le traitement en temps réel des procédures proposée pendant la scolarité, l’expérience du stage est vraiment formatrice », explique-t-elle.

Elle ajoute qu’il faut par ailleurs savoir s’adapter aux personnalités des justiciables et avocats en audience, mais aussi aux attentes de chacun de ses maîtres de stage, qui peuvent varier d’un magistrat à l’autre.

David Hazan pense, pour sa part, avoir acquis des automatismes et appris à travailler plus rapidement. « L’un des enjeux est de déterminer la meilleure réponse juridique possible avec un temps d’audience et de rédaction très limités », souligne-t-il.

Assumer d’importantes responsabilités

Autre enseignement phare du stage : assumer les responsabilités qui incombent au magistrat, notamment lors de la présidence d’audience correctionnelle. « Tout le monde attend notre décision et la façon dont on va diriger les choses, appeler les dossiers, distribuer la parole... Au départ, c’est un peu vertigineux, mais c’est aussi un exercice très gratifiant de gérer une audience du début à la fin alors que nous sommes dans une position d’apprenant. Le regard du maître de stage et le port de la robe aidant à se sentir plus légitime », se souvient Marion Laprévote.

Mieux comprendre les enjeux d’une procédure

Le terrain permet par ailleurs de mieux comprendre les enjeux de certaines procédures, notamment ceux de la procédure orale en matière d’instance, affirme David Hazan. « À l’École, cela restait encore un peu abscond. Mais quand on préside une audience civile au tribunal d’instance, on comprend tout de suite l’intérêt fondamental et la complexité de certaines dispositions, en matière de droit de la défense notamment. »

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Apprendre à travailler en lien avec des partenaires

Et d’ajouter : « De la même façon, le stage en juridiction permet de véritablement prendre la mesure de la dimension partenariale du métier de magistrat évoquée à diverses reprises pendant la scolarité. Ayant travaillé auparavant dans un service pénitentiaire d’insertion et de probation en lien régulier avec le juge de l’application des peines, c’est un aspect du métier que je connaissais, mais j’ai découvert à quel point il était prégnant dans les autres fonctions : au niveau du parquet et de l’instruction avec les services d’enquête, du juge des enfants, ou même à l’instance avec les conciliateurs de justice », souligne l’auditeur de justice.

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Adopter un rythme de travail soutenu sur la durée

En termes d’enseignements, Marion Laprévote retient également « l’endurance » : « Effectuer dix mois de stage en faisant preuve d’une grande implication et en changeant régulièrement d’interlocuteurs oblige à s’écouter et à s’accorder des moments de repos pour tenir sur la durée. D’autant que cette expérience ne fait que nous préparer au rythme de travail soutenu auquel nous serons confrontés au moment de la prise de poste », souligne-t-elle.

Mieux se connaître en tant que futur professionnel

Enfin, les deux auditeurs de justice s’accordent pour dire que le stage permet de mieux se connaître en tant que futur professionnel. « Le fait de se nourrir des pratiques hétérogènes de nos maîtres de stage permet en effet d’identifier celles qui sont les plus proches de notre personnalité et de notre vision du métier de magistrat », assure David Hazan.

Selon lui, ces dix mois de plein exercice sont également l’occasion de se confronter à ses forces et à ses faiblesses professionnelles et de découvrir quelles fonctions correspondent le mieux aux attentes de chacun avant le choix des futurs postes. « J’ai beaucoup aimé exercer des fonctions civiles durant le stage, sans en avoir conscience à ce point pendant la scolarité à l’ENM. »

Et Marion Laprévote de conclure : « Cette immersion en juridiction m’a beaucoup appris sur moi-même et ma façon de gérer le stress dans un cadre professionnel. »

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Formation des élèves magistrats : qu’apprennent-ils à l’ENM ? 1/2
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