Gouvernance humaine des juridictions : une nouvelle formation ENM

35 magistrats et 5 directeurs de greffe ont suivi une nouvelle formation continue de l’ENM, « La gouvernance humaine des juridictions » en mai dernier à Paris. Objectif : redonner un sens à l’engagement collectif fondé sur les valeurs de la Justice.

Donner du sens à l'engagement collectif des magistrats et des fonctionnaires de greffe

La session de formation continue « La gouvernance humaine des juridictions » est « née de préoccupations que je partage avec Gilles Rosati, premier président de la Cour d’appel de Nouméa, et l’École nationale de la magistrature, à savoir la problématique du mieux vivre ensemble dans les juridictions. Cette question est fondamentale, surtout dans le contexte actuel où beaucoup de professionnels font face à des sujets tels que le rejet du reporting, le désengagement ou la méfiance à l’égard des responsables », explique Gwenola Joly-Coz, présidente du tribunal de grande instance de Pontoise et co-directrice de la session.

Les idéaux soutenus par le management humain des juridictions peuvent être malmenés par la culture du chiffre et du résultat « qui est certes une dimension nécessaire, mais ne doit pas rentrer en conflit avec ce qui constitue le cœur des métiers de juge ou de greffier », affirme Gilles Rosati, premier président de la cour d’appel de Nouméa, co-directeur de la session.

La prise en compte des notions de qualité et d’éthique n’est pas nouvelle en soi, mais elle « reste au niveau théorique sans trouver de traduction dans l’exercice quotidien du management des chefs de juridiction ou de greffe », poursuit Gwenola Joly-Coz. Et pourtant dans la production de décisions de justice, ces principes doivent être omniprésents notamment pour garantir une sécurité juridique à tous les justiciables.

De nouvelles approches du management liées à l’urgence de sujets actuels

Le management exercé par les chefs de juridiction et les directeurs de greffe « doit dorénavant être pensé comme un leadership adossé à des engagements au service de notions supérieures, telles que la responsabilité sociale et environnementale, l’égalité femme-homme, la lutte contre les discriminations, le dialogue social, le bien-être de chacun au travail » affirme Michèle Lauret, magistrate coordonnatrice de formation continue à l’ENM.

« Il s'agit d'intégrer le plus possible la préoccupation de l'humain dans l'ensemble des tâches que nous devons accomplir au service du citoyen, tout en respectant les valeurs de la Justice : courage, responsabilité, dignité, exemplarité, considération, équité, loyauté et transparence », ajoute Gilles Rosati.

Une pédagogie inclusive et participative

Mise en œuvre à travers des exposés, des tables rondes, des séances d’analyse autoréflexive et de codéveloppement, cette session de formation conçue et animée par un binôme de chefs de juridiction, fonde ses apports pédagogiques sur une analyse théorique de la gouvernance humaine et une utilisation d’applications concrètes venues du monde de l'entreprise.
Durant la première matinée de formation, un logiciel participatif nommé Beekast a été utilisé pour permettre à chaque participant de donner son avis de manière ludique et interactive, avec un résultat immédiat (vote, choix), visible par tous. Cette pédagogie inclusive permet « de recueillir le maximum d'attention, par la diversité des interventions, pour amener les participants à s’impliquer personnellement dans un processus de construction d’une décision collective », précise Gilles Rosati.

Suite à cette pédagogie inclusive, les magistrats et les greffiers ont bénéficié d’interventions théoriques basées sur 3 approches, avec une large place à l’échange d’expériences et au débat.

L’approche pédagogique personnelle

La formation a utilisé une pédagogie axée sur l’implication personnelle des 35 magistrats et 5 directeurs de greffe à travers deux thématiques. La première « Juridiction et individus : développement personnel, éthique, diffusion », axée sur l’individu, mettait l’accent sur les valeurs et les obligations déontologiques d’une hiérarchie ainsi que sur l’importance de l’évaluation de cette dernière. La seconde partie était consacrée à « ce que la réflexion sur nous-même peut changer », avec un focus intitulé « Les lieux où ancrer la gouvernance humaine comme concept  managérial au sein de la justice : Inspection générale de la justice (IGJ), Plan de formation des cadres (PFC), Cycle approfondi d’ études judiciaires ».

L’approche pédagogique théorique

L’approche pédagogique théorique et philosophique portant sur les interactions entre l’individu et sa hiérarchie a pour sa part abordé les rapports entre travail et gouvernance des juridictions, la place de l’humain dans un management de qualité et l’influence du bien-être au travail sur la pratique professionnelle des magistrats et des greffiers.

L’approche pédagogique comparatiste

Enfin, la pratique de la gouvernance au sein des juridictions a été analysée à travers une approche comparatiste des secteurs privé et du public, lors des interventions de Sabrina Marlier, directrice des ressources humaines de Koniambo Nickel Mines en Nouvelle-Calédonie et de David Tournadre, directeur des ressources humaines chez Thalès. Ils ont d’abord évoqué comment les contraintes politique, économique, sociale et environnementale impulsent dans le privé un management humain innovant. Puis, un focus a été fait sur la culture des ressources humaines de l’entreprise Thalès en tant que grand groupe industriel.

Amorcer un processus de changement du management

Cette formation devrait permettre d’« amorcer un processus de changement de notre culture managériale en permettant à chaque participant de tirer profit des idées nées des interventions. Nous appelons aussi de nos vœux la prise en compte de cette nouvelle dimension managériale par les autorités qui nous dirigent, nous forment, nous évaluent et nous attribuent des fonctions de direction », espère Gilles ROSATI."