Métiers de la justice : du greffe au concours complémentaire de l’ENM

Les professionnels souhaitant changer de métier pour devenir juge ou procureur peuvent s’inscrire au concours complémentaire de l’École nationale de la magistrature jusqu’au 19 avril prochain. C’est ce qu’a fait Élise Salemme en 2018 lorsqu’elle a choisi d’entamer une seconde carrière dans la fonction publique. Déjà attirée par la magistrature pendant ses études de droit, cette ancienne greffière a en effet changé de robe d’audience en janvier dernier pour prêter serment aux côtés de 74 autres stagiaires de l’ENM et se former à un autre métier de la justice. Rencontre.

Quel a été votre parcours avant de passer le concours complémentaire de l’ENM ?

« Après mon DEA en droit privé, j’ai passé plusieurs concours dont le 1er concours d’accès à l’ENM réservé aux étudiants. J’ai finalement intégré l’École nationale des greffes (ENG) en avril 2007, où j’ai suivi une formation de 18 mois avant de prendre un poste de greffière correctionnelle au sein de la 23e chambre du tribunal de grande instance de Paris, spécialisée dans les comparutions immédiates, jusqu’en 2013. Je suis ensuite retournée dans ma région d’origine, à Nice, où j’ai assisté le juge des libertés et de la détention (JLD) et également été greffière correctionnelle. »

Quand et pourquoi avez-vous souhaité entamer cette seconde carrière dans la fonction publique ?

« Exerçant déjà un métier de la justice, j’ai toujours gardé dans un coin de ma tête le projet d’intégrer la magistrature, surtout quand j’ai découvert le concours complémentaire de l’ENM réservé aux professionnels en reconversion, qui permet aux candidats admis de suivre une formation plus courte que celle des auditeurs de justice : 7 à 9 mois à l‘ENM et dans les tribunaux, contre 31 mois pour les auditeurs de justice.
J’avais notamment envie de prendre mes propres décisions, après avoir eu la chance de travailler avec des magistrats qui m’ont toujours beaucoup impliquée et qui m’ont par ailleurs encouragée dans ce projet de mobilité. »

Comment avez-vous préparé le concours complémentaire de l’ENM pour devenir juge ou procureur ?

« Dès que j’ai atteint l’âge requis pour présenter le concours, je me suis inscrite à une préparation. Après 10 ans d’exercice professionnel, j’avais surtout besoin de travailler la méthodologie et de m’entraîner à passer des épreuves blanches.
Cela m’a demandé beaucoup d’investissement en parallèle de mon travail : pour les épreuves écrites d’admissibilité, je me suis organisée autant que possible avec mes collègues pour concentrer mes heures et me dégager ainsi un jour ou deux, que j’accolais à des congés chaque mois pour me consacrer à mes révisions. J’ai par ailleurs passé tout le mois d’août à la bibliothèque.
Pour la préparation des oraux, je n’ai pas pu me rendre à Paris car mon service était en sous-effectif à ce moment-là. Je me suis donc entraînée seule en me tenant au courant de l’actualité autant que possible, en anticipant les questions qui pourraient m’être posées et en m’exerçant sur des cas pratiques que m’avait fournis l’organisme de préparation. »

Que retenez-vous de votre mois de formation à l’ENM avant votre départ en stage dans un tribunal de grande instance ?

« Le rythme est intense. Il s’est seulement passé un mois entre le moment où j’ai appris que j’étais admise et ma rentrée à l’École nationale de la magistrature, ce qui ne laisse que peu de temps pour tout boucler et préparer son arrivée.
Il faut par ailleurs avoir acquis ou révisé les fondamentaux juridiques, notamment grâce à des parcours de formation à distance que l’École met à notre disposition, car la formation est ensuite principalement axée sur la pratique.
Même si connaissais déjà l’audience en tant que greffière, j’ai trouvé les simulations vraiment utiles pour aborder de façon concrète le positionnement du magistrat, qui décide.
Je retiens aussi de ce premier mois de formation la bienveillance des magistrats enseignants. »

Vous êtes actuellement en stage au parquet. Comment cela se passe-t-il ?

« Je ne connaissais les fonctions du parquet que de l’extérieur et je les trouve très intéressantes et très diversifiées. La première fois que j’ai décroché le téléphone lors d’une permanence, je me demandais si j’allais y arriver, mais les automatismes se mettent peu à peu en place et je ne suis jamais complètement livrée à moi-même. »

Quel message souhaitez-vous passer aux futurs candidats aux concours complémentaires de l’ENM ?

« Il faut que leur projet soit très abouti et qu’ils aient conscience de tout ce que cela implique. Il est vrai que les fonctionnaires peuvent retrouver leur emploi s’ils ne sont finalement pas déclarés aptes à exercer le métier de magistrat, mais ils doivent, comme les candidats issus du secteur privé, accepter de faire des sacrifices personnels et financiers : déménager, quitter leur famille, assumer des doubles frais… »

Inscription au concours

Métiers de la justice, des secteurs économique, administratif… Des profils variés dans la magistrature

Si les stagiaires issus des concours complémentaires de l’ENM exerçaient le plus souvent des métiers de la justice (avocats, greffiers, directeurs des services de greffe judiciaires…), d’autres professionnels de la fonction publique ou du secteur privé se reconvertissent dans la magistrature.