Être manager à l’ère du numérique : une formation continue ENM – ENG

31 magistrats et 12 directeurs de greffe ont suivi une session de formation continue « Être manager à l’ère du numérique », dispensée par l’École nationale de la magistrature en collaboration avec l’École nationale des greffes (ENG), du 13 au 15 mai derniers, à Paris. Cette formation intervient à l’occasion du déploiement de la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice qui a pour objectifs la simplification et la modernisation des métiers de la justice.

Le numérique : un enjeu majeur pour l’action managériale des magistrats et des directeurs de greffe

L’idée de mettre en place la formation « Être manager à l’ère du numérique » est partie du constat que l’usage des nouvelles technologies a un impact majeur dans de multiples domaines. En effet, l’organisation du travail (protection des données, dématérialisation, nouveaux outils, nouvelles méthodes de travail…), et les modes de management (télétravail, gestion de la génération Y, droit à la déconnexion) sont concernés mais aussi les attentes des justiciables qui, aujourd’hui, « vivent au quotidien dans un monde ultra-connecté et attendent donc de la justice qu’elle puisse leur offrir une plus grande facilité d'accès et une plus grande fluidité des échanges, soit le même service que les plateformes commerciales qu'ils utilisent », explique Stéphanie Kretowicz, première vice-présidente adjointe au tribunal d’instance de Paris et directrice de la session.

Ainsi, « les enjeux propres à cette transition numérique sont tournés tant vers le justiciable que l’environnement de travail. Les magistrats et directeurs de greffe sont impactés à la fois par la mise en place de ces nouveaux outils numériques mais aussi par de nouvelles méthodes de fonctionnement. Par conséquent, il est primordial d’aborder ensemble ces grands changements afin d’en tirer des enseignements riches et constructifs », ajoute Vincent Hallette, coordonnateur des nouvelles technologies à l’École nationale des greffes.

C’est pourquoi, l’objectif de ces 3 jours de formation est avant tout de permettre aux magistrats et aux directeurs de greffe de mieux maîtriser les enjeux de la transformation numérique et d'identifier efficacement les leviers qui peuvent leur permettre de conduire des projets au sein de leur juridiction. Et pour y parvenir, il faut « nécessairement repenser les méthodes de travail, aider et accompagner le changement et, dans ce contexte, le rôle des chefs de juridiction [ndrl : présidents et procureurs des tribunaux de grande instance] et des directeurs de greffe est évidemment décisif », poursuit Stephanie Kretowicz.

Quelle pédagogie à l’ère du numérique ?

La transition numérique pose « de nouvelles questions et réflexions sur le management dans les juridictions. Le travail en équipe va être profondément bouleversé. Collaborer, pour la première fois, sur cette thématique est un enjeu fort pour l’ENM et l’ENG », précise Vincent Hallette.

Le numérique dans les relations professionnelles de la justice

Cette transformation numérique de la justice implique donc « des modifications qui vont devoir pénétrer nos cultures professionnelles et managériales », appuie Lauret Michèle, magistrate coordonnatrice de formation continue à l’ENM.

D’où l’objet de cette première journée de formation qui a été consacrée aux effets du numérique sur les rapports sociaux dans l’univers de la justice et plus particulièrement sur l’appréhension des nouvelles pratiques managériales, essentielles au bon fonctionnement des juridictions.

Des intervenants affiliés au ministère de la Justice ont clôturé cette journée de formation, en abordant les actions d’accompagnement et de soutien des magistrats et agents sur la question de la transformation numérique au sein du ministère concerné.

La sécurité informatique, un enjeu majeur dans le management des juridictions

L’intervention de Jean-Emmanuel Ray, professeur de droit à l'université Panthéon-Sorbonne, directeur de master à l’École de management de la Sorbonne, sur l’influence des nouvelles technologies sur l'évolution du droit du travail, a ouvert la deuxième journée de la formation. A ensuite eu lieu « une table ronde organisée avec des chefs de juridiction, directeur de greffe et directeur de projet au secrétariat général du ministère de la Justice, sur la mise en œuvre d'un projet de transformation numérique au sein d'une juridiction pour partager leurs expériences », précise Stephanie Kretowicz.

La question centrale et finale de cette deuxième partie de la formation a porté sur l'utilisation des réseaux sociaux par les acteurs publics. Face à des usages qui évoluent constamment, magistrats et greffiers doivent maitriser l'ensemble des moyens techniques, organisationnels et humains pouvant assurer la sécurité des informations qu’ils manipulent. Ces nouveaux enjeux en matière de sécurité informatique ont été traités par le responsable de la sécurité informatique du ministère de la Justice, Samuel Michel.

Une journée d’ateliers participatifs pour les magistrats et greffiers

« Le développement d'algorithmes performants et la mise en ligne de l'ensemble des décisions de justice concourent à mon sens à favoriser une meilleure prévisibilité des décisions de justice et peuvent permettre d'offrir aux magistrats des outils performants d'aide à la décision, et plus largement à améliorer la qualité de leurs décisions », précise Stephanie Kretowicz.

La dernière phase de cette formation a ainsi été dédiée à la mise en pratique des apports théoriques appris à travers plusieurs ateliers participatifs animés par Laure Manificat qui dirige un cabinet de conseil spécialisé dans la transformation des organisations. L’objectif de cette pédagogie étant de permettre, de manière concrète, aux magistrats et aux directeurs de greffe, d’innover dans leurs pratiques managériales en incluant les outils du numérique.

31 magistrats et 12 directeurs de greffe formés

Cette formation a été l’occasion pour l’ENM d'associer à la fois des apports théoriques et des retours d'expériences très pratiques entre acteurs du monde universitaire et judiciaire. Ces 31 magistrats et 12 directeurs de greffe en situation d’encadrement pourront dorénavant « anticiper le changement, accompagner au mieux le développement des nouvelles technologies et faire évoluer leur posture managériale », conclut Michèle Lauret.