Contre-terrorisme : une formation à l’ENM dédiée au décloisonnement

Le 12 novembre, en présence de Nicole Belloubet, garde des Sceaux, l’École nationale de la magistrature inaugurait à Paris le « Parcours approfondi de contre-terrorisme ». Ce cycle de formations renforcé est destiné au premier cercle des acteurs judiciaires anti-terroristes. Il constitue la 23ème action du plan gouvernemental contre le terrorisme présenté le 13 juillet 2018. Olivier Leurent, directeur de l’ENM, revient sur sa création.

Pourquoi avoir créé un « Parcours approfondi de contre-terrorisme » ?

Olivier Leurent : « Comment former et accompagner ceux qui sont déjà spécialistes de leur matière ? C’est à ce défi que répond le PACT. Depuis plusieurs années, l’ENM a renforcé de manière significative son offre de formation dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, en France comme à l’étranger. Au-delà du nombre de personnes formées, en constante augmentation, de nouvelles sessions ont vu le jour, permettant d’aborder des thématiques diverses sur ce sujet, notamment au sein du premier Cycle approfondi de lutte anti-terrorisme (CLAT) à destination des magistrats référents terrorisme et des magistrats intégrant depuis peu ou souhaitant intégrer des fonctions spécialisées. Il manquait toutefois un élément pour que la palette des formations dispensées par l’ENM soit complète : une formation spécifique aux professionnels déjà engagés dans la lutte contre le terrorisme, ceux qui viennent habituellement à l’ENM pour partager leurs savoirs auprès des publics généralistes. C’est chose faite avec le PACT qui permet aux plus aguerris de continuer à apprendre et à progresser, en s’adaptant sans cesse aux exigences d’une matière complexe, sensible et évolutive. ».

En quoi le PACT est-il novateur ?

« Conçu après une phase de consultation approfondie des professionnels à qui il s’adresse, le PACT est innovant par sa construction et par son exigence. Ce nouveau cycle est en effet porté par une véritable ambition interministérielle qui se concrétise par le choix de ses participants, issus des ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Armées, mais aussi par la sollicitation de nombreux partenaires qui ont été particulièrement réceptifs : le Secrétariat général de défense et de sécurité nationale, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste, l’Académie du renseignement, Eurojust et Europol. C’est un projet commun qui réunit autour d’une même aspiration : le décloisonnement. Les différents ministères se forment en même temps et travaillent ensemble.

La formation se compose de cinq modules répartis sur un an. Les participants de la promotion 2019 (onze magistrats spécialisés anti-terrorisme, deux magistrats référents-terrorisme, trois commissaires de police, un capitaine de gendarmerie, trois officiers supérieurs des armées, une directrice des services pénitentiaires) échangeront ensemble sur leur pratiques professionnelles, les modes de fonctionnement et les contraintes de chacun. Ils approfondiront leurs connaissances sur de nombreuses thématiques et seront également invités à découvrir d’autres horizons. Ils pourront, en France et à l’étranger, enrichir leurs compétences professionnelles et leurs réflexions sur leurs pratiques. Ces échanges interprofessionnels sont à mon sens essentiels au développement d’une culture commune du contre-terrorisme, au-delà des missions assignées et des fonctions exercées. »