Mobilité des fonctionnaires : comment intégrer la magistrature ?

Ancien attaché territorial, Nicolas Bouvier a choisi de se reconvertir dans la magistrature après 7 années d’exercice dans la fonction publique. À 34 ans, il a intégré la promotion 2014 d’auditeurs de justice en passant le 2e concours d’accès à l’ENM réservé aux fonctionnaires. Installé à l’été 2016, il est juge de l’application des peines au tribunal de grande instance de Bobigny. Rencontre.

Admissible au 1er concours en 2003, Nicolas Bouvier est finalement devenu attaché territorial en 2005. « En 2012, j’ai demandé quelques mois de disponibilité pour faire le point sur ma carrière. J’ai finalement décidé d’aller au bout de mon projet initial en passant, cette fois, le 2e concours d’accès à l’ENM (réservé aux fonctionnaires ou agents d’État ayant au moins 4 ans d’exercice) », raconte-t-il.

Mobilité des fonctionnaires : un risque mesuré

« L’avantage, en étant fonctionnaire, c’est que je ne prenais pas le même risque professionnel qu’un salarié du secteur privé arrêtant son activité pour s’engager dans un parcours de reconversion. Si je n’avais pas été déclaré apte à exercer le métier de magistrat, j’aurais poursuivi ma carrière dans la fonction publique territoriale », ajoute-t-il.

Une préparation au concours intense

L’inscription au concours nécessitant d’être en activité, il a alors mis un terme à sa disponibilité et préparé le concours en parallèle de ses fonctions. « J’avais fait des études de droit et j’ai donc, dans un premier temps, lu des ouvrages juridiques pour actualiser mes connaissances. J’ai ensuite pris des congés pour suivre, en mai 2013, une préparation privée afin de m’entraîner aux épreuves écrites d’admissibilité. Enfin, quand j’ai été déclaré admissible, j’ai consacré tout mon temps libre à la préparation des épreuves orales d’admission qui a été particulièrement intense », détaille-t-il.

Consulter : la présentation des épreuves des concours d’accès à l’ENM

De la fonction publique à la magistrature : 31 mois de formation

S’il pouvait demander un recrutement sur dossier au titre de l’article 18-1, Nicolas Bouvier a préféré passer un concours qui « avait l’avantage de nécessiter une mise à jour des connaissances » avant l’arrivée à l’ENM.
« J’étais par ailleurs content de pouvoir bénéficier d’une scolarité longue en qualité d’auditeur de justice pour être bien préparé à la prise de fonction, d’autant que je n’étais pas issu de l’univers de la justice et ne connaissais pas le fonctionnement des tribunaux, contrairement à de nombreux professionnels issus du 2e concours. »
Ces 31 mois de formation ont exigé un travail important. « Reprendre un rythme scolaire a été difficile et les allers-retours que je faisais chaque semaine entre Bordeaux et Paris, où je vivais, fatigants sur la durée. Mais le jeu en valait la chandelle », sourit-il.

Suivi de sessions de formation continue après la prise de fonction

Désormais juge de l’application des peines au TGI de Bobigny, Nicolas Bouvier confie que son expérience professionnelle antérieure lui a notamment permis « d’acquérir une certaine forme de diplomatie utile, dès le stage en juridiction, pour ses relations avec les collègues ou les partenaires ».
Et de conclure : « Mon besoin de formation est toujours présent, mais les sessions que je peux suivre dans le cadre de la formation continue des magistrats y répondent tout à fait, que ce soit pour aborder des thématiques récurrentes auxquelles je suis confronté dans mon cabinet ou pour bénéficier d’enseignements ciblés sur ma pratique et la façon dont je peux l’améliorer. »

À lire aussi :
Comment préparer le concours réservé aux professionnels ?
La présentation de la spécialisation des futurs juges de l’application des peines