Ciné-débat "Engrenages" le 17 avril à Paris: de la fiction à la réalité

Dans le cadre de la célébration de ses 60 ans, l’ENM organise une soirée réservée au grand public (gratuite, sur inscription) autour de la série "Engrenages". Au programme : la projection, le 17 avril à 18h30 dans ses locaux parisiens, de l’épisode 8 de la saison 7, suivie d’un débat réunissant Marine Francou, scénariste et directrice d’écriture, Daniel Dubois, producteur de la série, Philippe Duclos, qui incarne le juge d’instruction François Roban, et des magistrats qui confronteront la fiction aux réalités terrain du métier. En amont de l’événement, Valérie Noël et Frédérique Iragnes, magistrates enseignant à l’ENM, nous proposent un premier décryptage de la série.

Informations pratiques

CINÉ-DÉBAT RÉSERVÉ AU GRAND PUBLIC
Accès :
Gratuit, sur inscription (nombre de places limitées).
Où ? ENM, amphithéâtre Burgelin, 3 ter quai aux Fleurs 75004 Paris
Quand ? Le mercredi 17 avril de 18h30 à 20h30.

"Engrenages" est une série dans laquelle la représentation de la justice est « très réussie même si elle n’aborde que la justice pénale et uniquement sous le prisme de l’enquête », soulignent en préambule les deux magistrates. Dans les tribunaux, les cabinets d’avocats et les commissariats, « tout ne se passe évidemment pas comme dans la série, qui offre un concentré d’affaires extraordinaires, mais de nombreuses situations prises isolément sont très réalistes ».

Le juge d’instruction : seul contre tous ?

Frédérique Iragnes : « L’indépendance du juge d’instruction est une réalité : un président de tribunal de grande instance laisse son juge d’instruction gérer ses dossiers. Quant au procureur, même si celui incarné par le procureur Machard se comporte dans certains épisodes comme le supérieur du juge Roban, il n’a aucun lien hiérarchique avec les magistrats du siège.

Par ailleurs, les tensions entre le parquet et le siège peuvent exister. Cela dit, François Roban pourrait faire part des pressions qu’il subit à son président. Bien qu’il soit indépendant, le juge d’instruction ne doit en aucun cas croire qu’il peut tout gérer sans en parler à son supérieur : nous le rappelons d’ailleurs aux élèves de l’ENM quand nous évoquons l’éthique et la déontologie du magistrat. »

Le désir de justice, coûte que coûte ?

Valérie Noël : « Le magistrat doit interpréter et appliquer la loi en faisant preuve de discernement. Or, l’intégrité du juge Roban le rend parfois rigide au point justement de perdre son discernement et de manquer d’humanité dans le cadre des auditions et interrogatoires ou des victimes ou des présumés auteurs. Nous travaillons évidemment ces questions à l’ENM quand nous évoquons les émotions du magistrat ou que nous organisons des simulations d’audiences à partir de dossiers réels. »

Des magistrats du parquet trop proches du pouvoir ?

F. I. : « "Engrenages" met notamment en scène des affaires politico-financières, parfois sur fond de campagne électorale, qui font forcément écho à la question du statut du parquet. Mais il ne faut pas oublier que tous les magistrats sont soumis aux mêmes règles éthiques et déontologiques. »

V.N. : « Les questions qui se posent dans notre profession sont bien posées dans cette série même si c’est exacerbé, notamment celles de l’indépendance de la justice et de la subordination hiérarchique à laquelle est astreint le parquet, bien que le personnage du procureur Machard soit très caricatural. En réalité, les relations des substituts avec leur procureur sont rarement aussi tendues, tout comme les rapports avec le juge d’instruction. »

Une enquête qui passe de main en main ?

V.N. : « Tout ce qui touche à l’enquête est plutôt réaliste. Au départ, c’est le substitut du procureur qui dirige l’enquête de flagrance, qui peut devenir une enquête préliminaire. Il est notamment amené à se rendre sur les scènes de crime, c’est fréquent quand il est de permanence.

Quand une affaire est trop compliquée ou quand elle est criminelle, le parquet ouvre une information judiciaire : il transmet alors le dossier au juge d’instruction. L’enquête devient contradictoire, c’est-à-dire que les parties – notamment le parquet – ont accès à la procédure. Ce que la série montre notamment très bien, c’est que le juge d’instruction peut, dans ce cadre, se rendre sur des lieux pour mieux se les représenter, évaluer les distances...

Enfin, les enquêteurs sont pour leur part soumis à la double hiérarchie : celle du magistrat et celle de leur hiérarchie administrative, qui peuvent parfois avoir des priorités différentes. »