Échanges entre élèves magistrats et détenus sur un terrain de volley

Durant leur formation, les auditeurs de justice sont amenés à réfléchir au sens de la peine et notamment aux conséquences de leurs futures décisions de privation de liberté. 12 élèves magistrats de la promotion 2019 ont ainsi participé récemment à un match de volley aux côtés de détenus du centre pénitentiaire de Mont de Marsan. L’objectif de cette activité pédagogique était qu’ils découvrent la prison par le biais d’une rencontre active et impliquée pour en tirer une expérience inédite. Cette rencontre précédait un stage pénitentiaire de 2 semaines. Témoignages.

La nécessité de pédagogie dans la pratique professionnelle du magistrat

« Chaque équipe était composée d’auditeurs et des détenus : nous étions coéquipiers et animés des mêmes valeurs sportives. Les détenus, qui pratiquent régulièrement le sport en détention, nous encourageaient. Après la rencontre, nous avons échangé spontanément sur les motifs et le déroulement de leur détention. Certains nous ont fait part de leurs interrogations sur le fonctionnement de la justice pénale. J’ai mesuré la nécessité de pédagogie qui doit nous guider dans notre pratique professionnelle. J’ai aussi pris la mesure de l’importance de la pratique sportive en détention : elle est vectrice de valeurs collectives et c’est un outil de réinsertion des détenus. Cette rencontre était une excellente entrée en matière pour notre stage pénitentiaire », explique Clotilde.

Des échanges informels : une autre approche du monde carcéral

« J'ai pu discuter de sport avec l'un des détenus de mon équipe, notamment de basket, sport que nous pratiquons tous les deux. Je me souviens d'une phrase qu'il a prononcée : “J'ai du mal à croire que je suis en train de parler de Kobe Bryant avec un juge !” Ce même détenu m'a aussi expliqué qu'il avait à la fois hâte de sortir, et en même temps qu'il redoutait un peu sa sortie car "[sa] vie, c'est la prison". La préparation progressive de sortie est justement l’un des enjeux du travail des conseillers d’insertion et de probation en lien avec le juge de l’application des peines », témoigne Corentin.

Une réflexion sur le sens de la peine

« Au fil des échanges de la journée, j’ai notamment retenu que certains détenus semblaient ne pas comprendre le quantum de leur peine et s’étonnaient que des peines moins lourdes aient parfois été prononcées pour les coauteurs. Par ailleurs, ils semblaient assez sensibles aux mutations des juges de l’application des peines du ressort de l’établissement pénitentiaire.

C’était pour moi un premier contact avec la prison. J’ai trouvé l’atmosphère générale pesante alors que nous n’avons entrevu que des espaces qui n’incarnent pas ce que l’enfermement peut avoir de plus violent : le module « respecto » (où le mode de détention est aménagé pour permettre aux détenus d’avoir plus d’autonomie et de responsabilités), ou encore des lieux d’activités comme le jardin, la salle informatique et bien évidemment le gymnase où nous avons joué avec des détenus », raconte Benjamin.

Connaitre les outils visant à favoriser la réinsertion

« Il s'agissait également de ma première venue au sein d'un établissement pénitentiaire. Le fait de penser la détention autrement nous permet de faire le parallèle avec notre action en tant que futur magistrat. Mettre à profit le temps de détention pour responsabiliser les détenus, leur faire connaitre des activités culturelles, artistiques et sportives auxquelles ils n'avaient peut-être pas accès à l'extérieur représente un outil important de réinsertion. À titre d’exemple, la visite du "jardin" nous a montré la volonté de la direction de l'établissement de recréer ou de maintenir le lien des détenus avec la nature. J’ai trouvé intéressant de leur permettre de construire des clapiers et poulaillers, de planter, jardiner puis récolter pour produire leurs propres légumes et fruits », conclut Pauline.