Stage pénitentiaire des élèves magistrats : quels enseignements ?

Les auditeurs de justice de la promotion 2018 de l’École nationale de la magistrature ont effectué, en février dernier, 2 semaines de stage en milieu pénitentiaire au cours duquel ils ont endossé l’uniforme de surveillant. Objectif : mieux comprendre le fonctionnement d’une maison d’arrêt et nourrir leur réflexion sur le choix de la peine en se confrontant au devenir de leurs futures décisions de privation de liberté. Rencontre avec Barbara Blot, Jonathan Heurguier et Valentin Taillandier, qui ont réalisé leur stage au sein du centre pénitentiaire de Marseille.

Stage pénitentiaire des auditeurs de justice

Quel était le programme de votre stage en milieu pénitentiaire ?

Jonathan Heurguier : « Nous avons passé deux semaines, en uniforme, au sein du centre pénitentiaire de Marseille, qui est l’extension du centre des Baumettes historique. Bien que nous ayons tous trois déjà accompagné un avocat ou un juge de l’application des peines au parloir ou en prison dans le cadre d’entretiens au cours de nos stages et expériences passés, le fait d’être cette fois véritablement en immersion dans une coursive était très différent. Cela nous a offert un aperçu complet du quotidien des surveillants pénitentiaires aux côtés desquels nous passions nos journées et permis de découvrir un établissement de nouvelle génération. »

Valentin Taillandier : « Nous avons notamment participé à l’appel des personnes détenues, à la gestion de leurs mouvements (promenade, accompagnement à la salle de sport...). Nous avons aussi été accueillis dans le quartier d’accueil et d’évaluation (QAE) des arrivants [où leur dangerosité et leur vulnérabilité, au sens pénitentiaires de ces termes, sont évalués avant leur affectation dans le secteur d’hébergement le plus adapté]. J’ai ainsi pu assister à une commission pluridisciplinaire unique (CPU) compétente pour l’examen de la situation des personnes détenues arrivantes à l’issue de la phase d’accueil. »

Barbara Blot : « Ce stage nous a offert un panorama varié de l’univers carcéral puisque cet établissement pluridisciplinaire regroupe une maison d’arrêt pour hommes, une maison d’arrêt et un centre de détention pour femmes, un quartier pour mineurs ainsi qu’une nurserie.
Nous avons par ailleurs visité la structure d’accompagnement vers la sortie (SAS), en expérimentation au centre pénitentiaire de Marseille. Réservée à des personnes détenues motivées et souhaitant se réinsérer socialement (le premier critère d’affectation restant le reliquat de peine), elle a notamment pour vocation de les aider dans le cadre de leur recherche d’emploi, de leur proposer des formations (audiovisuelles par exemple) ainsi qu’un accompagnement pour effectuer leurs démarches administratives…
»

Que vous a enseigné cette immersion concrète dans l’univers carcéral au regard de votre futur métier de magistrat ?

Jonathan Heurguier : « Ce stage en immersion nous a notamment permis de suivre le parcours du prévenu, de sa sortie du palais à son arrivée en détention, et de nous confronter à des problématiques que rencontrent régulièrement les services pénitentiaires et dont les magistrats n’ont pas toujours conscience. La personne détenue arrive notamment avec une notice complétée par le président du tribunal correctionnel, le juge d’instruction ou le juge des libertés et de la détention. Celle-ci indique, entre autres, les conditions de sa détention, notamment le fait qu’elle doit être séparée de certaines autres personnes détenues, contrainte importante au moment des affectations dans les différents quartiers. »

Barbara Blot : « Nous avons également rencontré des personnes en charge du renseignement pénitentiaire, qui se développe dans les prisons, notamment en lien avec les phénomènes de radicalisation. Des profils particuliers de personnes détenues suivies peuvent ainsi être évoqués lors des commissions pluridisciplinaires uniques, dont les rapports permettent ensuite au juge de l’application des peines (JAP) fonction que nous pourrons exercer dès la fin de notre formation à l’École nationale de la magistrature  d’accéder également à ces informations.
Les commissions d’application des peines nous ont également permis d’appréhender l’organisation des aménagements de peines, qui sera de notre ressort si nous devenons JAP.
»

Valentin Taillandier : « Toute la réflexion et le travail du centre pénitentiaire de Marseille sur la réinsertion nous a permis de véritablement nous rendre compte de l’utilité sociale de la prison : elle a évidemment la fonction de punir en écartant de la société des personnes, mais elle lutte par ailleurs contre la récidive par la réinsertion sociale. Ce stage nous a donc amenés à nous interroger sur le sens de la peine en portant un autre regard sur la prison : c’est un moment fort de notre formation d’élève magistrat. »