Formation interprofessionnelle des cadres des juridictions

Le 3 février s’est ouverte la nouvelle édition du plan de formation des cadres (PFC), qui réunit chefs de juridiction et directeurs des services de greffe judiciaires. Co-organisé depuis plus de 20 ans par l’ENM et l’École nationale des greffes (ENG), ce cycle de formation continue est composé de 6 modules de 3 jours chacun, répartis sur 1 an. Cycle interprofessionnel à vocation pratique, le PFC répond à un double besoin de formation, permettant aux participants d’améliorer leurs compétences en gestion tout en s’appropriant les nouveaux outils numériques qui transforment la justice.

« Olivier Leurent, directeur de l’ENM, aux côtés des co-directeurs et participants du PFC 2019, ainsi que de Michèle Lauret, magistrate anciennement coordonnatrice de formation. »

Une édition 2020 sur le thème de l’e-management

Pour la 21e année consécutive, le PFC est co-organisé par l’ENM et l’ENG, qui chaque année réaffirment par cette collaboration la nécessité d’un dialogue entre magistrats et services de greffe judiciaires. En 2020, la formation donne une place centrale comme en 2019 au numérique, à travers la question spécifique de l’e-management. Le traitement multifocal du thème du numérique permettra aux participants d’être accompagnés dans l’apprentissage d’un pilotage efficace. Ces 18 jours de formation continue réuniront chefs de juridiction et directeurs de greffe dans le but d’élaborer une culture commune de gestion qui réponde aux attentes du justiciable et accroisse en même temps la cohésion interne des équipes en juridiction.

Le numérique, un enjeu pour la gestion des juridictions

Le thème de l’e-management au cœur de l’édition 2020 du PFC a été proposé par les 2 nouvelles co-directrices de session, Claire-Marie Casanova, présidente du tribunal judiciaire de Vesoul et Florence Lheureux, directrice des services de greffe judiciaires au tribunal judiciaire de Tours. Il fait écho à celui, plus large, de la transformation numérique, qui a été traité en 2019 : « c’est un sujet qui est absolument incontournable avec la Loi de programmation pour la justice, qui met au cœur de sa réforme un chantier de transformation numérique de la justice qu’on retrouve à la fois au pénal avec la procédure pénale numérique et surtout au civil, puisque Portalis va révolutionner le rapport du justiciable à la justice. », détaille Michèle Lauret, magistrate anciennement coordonnatrice de formation à l’ENM.

Julien Rutigliano, directeur de greffe au tribunal judiciaire de Chambéry et participant au PFC 2019, souligne : « Les outils numériques doivent être des adjuvants à la gestion des juridictions, et servir l’objectif commun à tous les cadres, greffes et magistrats confondus : rendre la gestion plus simple et plus efficace. Il était donc fondamental que nous soyons accompagnés sur ce sujet, pour en retour accompagner nos équipes dans des conditions optimales. » Tout un module du PFC 2019 était en effet consacré aux outils numériques comme Portalis ou la procédure pénale numérique, qui s’inscrivent dans le plan global de transformation numérique de la justice et bénéficieront aux justiciables comme aux magistrats et à leurs partenaires de justice.

Au cours d’un déplacement au sein de la juridiction de Florence, qui présente l’exemple d’une transition numérique réussie, les participants ont pu échanger avec leurs homologues italiens et observer l’exemple d’un circuit pénal complètement dématérialisé, de l’émission de la requête à la signature électronique puis à l’archivage des dossiers, et d’un pôle pénal où l’intelligence numérique répond à une intelligence interpersonnelle et collective forte.

Une formation interprofessionnelle proche de la réalité du terrain

Le PFC réunit magistrats et directeurs des services de greffe, une configuration interprofessionnelle qui tend à renforcer une culture commune à ces 2 corps. Cyril Lacombe, procureur de la République près le tribunal judiciaire de Coutances et participant au PFC 2019, souligne la valeur ajoutée que constitue le mélange des professions : « Présidents, procureurs et directeurs de greffe arrivent avec leurs visions, leurs compétences, leurs prérogatives, et peuvent échanger au sujet de leurs pratiques. Envisager ensemble les difficultés rencontrées par chacun dans sa juridiction permet de prendre du recul loin des impératifs quotidiens, pour progresser en équipe. On s’enrichit des apports de chaque métier à la résolution des problématiques rencontrées sur nos lieux de travail ».

Une pédagogie active qui privilégie les approches pratiques

La durée du PFC, qui s’étend sur une année, et la variété de ses approches pédagogiques qui mêlent conférences, ateliers ou encore visites, en font une formation complète : « L’immersion au sein de l’antenne GIGN de Dijon et la visite de l’Assemblée nationale, où nous avons pu bénéficier d’une séance de questions au Gouvernement et d’une rencontre avec la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, ont contribué à la réalisation de l’objectif de consolidation du groupe des participants que nous poursuivions. », indique Ghani Bouguerra, président du tribunal judiciaire d’Avignon et co-directeur du PFC 2019, avec Céline Pons, directrice des services de greffe judiciaires de Marseille.

Tout au long du cycle, les participants se réunissent en groupes pour effectuer des travaux communs autour de l’intégration des outils numériques dans les métiers et pratiques qui coexistent en juridiction. En 2019, les participants se sont répartis en 2 groupes dont le premier a travaillé à la conception d’un « Passeport numérique », outil de gestion des ressources humaines et d’accompagnement au changement. Le deuxième groupe a quant à lui proposé une réflexion portant sur les modalités d’une gouvernance agile, capable de garantir les conditions d’une bonne mise en œuvre de la transformation numérique de la justice.

L’ENM réactive aux transformations de la justice

Figurant dans l’offre de formation continue de l’ENM, le PFC marque la volonté de l’École d’accompagner les magistrats en situation d’encadrement et leurs partenaires de justice aux transformations dont l’incidence change leurs métiers et requièrent une adaptation de leurs pratiques. Le PFC s’inscrit donc dans la lignée des thématiques traitées notamment par les sessions « La gouvernance humaine des juridictions » et « Être manager à l’heure du numérique », qui abordent toutes deux les problématiques soulevées par l’association des logiques juridiques et managériales en juridiction.