Handicap : comment l’ENM accompagne-t-elle les élèves magistrats ?

Chaque année, des élèves magistrats en situation de handicap suivent leur formation dans les locaux bordelais de l’ENM et au sein des tribunaux et autres structures qui les accueillent en stage. Témoignages dans le cadre de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées.

Marion Coadou, dans son bureau au TGI de Bergerac
Marion Coadou, dans son bureau au TGI de Bergerac

La loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005 a créé « un droit à la compensation des conséquences du handicap » notamment pour l’enseignement et l’insertion professionnelle, « et l’administration française dispose de budgets spécifiques pour financer les mesures de compensation », rappelle en préambule Emmanuelle Perreux, directrice adjointe de l’ENM en charge des recrutements, de la formation initiale et de la recherche.
« Cette loi a permis une meilleure insertion scolaire de ces élèves et, depuis 2015, on assiste à une augmentation du nombre de candidats aux concours de l’ENM en situation de handicap », se réjouit-elle.

11 élèves magistrats en situation de handicap en 2019

Quand les candidats souhaitent informer l’École de leur situation de handicap, ils peuvent bénéficier d’aménagements spécifiques lors des épreuves (par exemple un tiers du temps de l’épreuve en plus) sur décision du président du jury. De la même façon, s’ils sont admis à l’ENM, un accompagnement et des aménagements adaptés à leurs besoins leur sont proposés tout au long de leur scolarité et lors de leurs stages en juridiction.
« En juin et septembre 2017, les sous-directeurs, des chefs de service et des référents du service des ressources humaines ont suivi une formation de 2 jours dédiée à l’accueil et la prise en charge des personnes en situation de handicap. Notre objectif est d’assurer une réponse optimale en termes de mesures de compensation mises en place », explique Emmanuelle Perreux.
Et Laetitia Hérault, correspondante handicap à l’ENM, de préciser : « En 2019, l’École aura accompagné 11 élèves magistrats en situation de handicap au sein de plusieurs promotions. »

Achat de matériel, mise à disposition d’auxiliaires de vie, coaching…

Grâce à ce suivi personnalisé, Marion Coadou, ancienne auditrice de justice de la promotion 2015, a pu se former au métier de magistrat – qu’elle souhaitait exercer depuis le lycée – dans de bonnes conditions malgré son handicap visuel. « Au moment de la préparation du concours de l’ENM, j’avais pris contact avec un magistrat non-voyant et une ancienne auditrice de justice malvoyante pour bien cerner les difficultés auxquelles je pourrais être confrontée. Je savais que je n’étais pas la seule et que c’était donc possible. À l’École, tout a été fait pour que ma formation se passe bien. Les documents distribués aux autres élèves étaient numérisés à mon attention et j’étais aidée pour lire les sujets d’examens quand il s’agissait de gros dossiers. Pendant mes stages en juridiction, j’avais un assistant de vie professionnelle, ce qui me permettait par exemple de lire les documents qu’on me remettait pendant les audiences de cabinet. Par ailleurs, quand le matériel destiné à compenser mon handicap est tombé en panne, l’achat de mon nouveau clavier braille a été financé », détaille-t-elle.

Une ancienne auditrice de justice de la promotion 2016 a pour sa part rencontré quelques difficultés liées à sa surdité sévère bilatérale durant sa formation, en particulier en juridiction. Mais une fois les causes identifiées par l’équipe pédagogique, l’ENM a rapidement réfléchi à un dispositif d’accompagnement adapté. « J’ai d’abord bénéficié d’un bilan de compétences professionnel effectué par un organisme notamment spécialisé dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap. Par la suite, j’ai pu suivre 8 séances de coaching professionnel assurées par un coach certifié en parallèle de mon stage en juridiction. En termes de matériel, l’ENM m’a par ailleurs fourni une aide technique pour la permanence téléphonique pénale car je n’entendais pas toujours bien les enquêteurs au téléphone et ne pouvais pas lire sur les lèvres, ce qui entraînait notamment des erreurs d’orthographe pour les noms des personnes et donc l’impossibilité de consulter leur casier judiciaire », témoigne-t-elle.

En parallèle, l’École nationale de la magistrature poursuit son travail sur l’accessibilité, en particulier cette année pour les parcours de formation à distance qu’elle propose à ses différents publics.