Formation interprofessionnelle contre la traite des êtres humains

Du 1er au 5 juillet au Fort de Rosny (93), 50 professionnels (magistrats, enquêteurs, avocats et travailleurs sociaux) expérimenteront un nouveau mode de formation continue sur la lutte contre la traite des êtres humains (TEH), né d’une coopération institutionnelle : le serious game, ou mise en situation interprofessionnelle.

Alors que plus d’un millier de victimes de traite des êtres humains (exploitation sexuelle, par le travail, contrainte à commettre des délits ou à mendier) ont été identifiées en 2018 en France, l’ENM inaugure avec ses partenaires, ce 1er juillet, un nouveau mode de formation. Inédite en France, cette session de 5 jours réunit l’ensemble des acteurs de la lutte contre la TEH. À la clé, le renforcement de la coopération interprofessionnelle et des compétences métiers.

Car pour garantir l’accès aux droits des victimes de TEH et poursuivre les auteurs, il faut en effet former de façon transversale tous les acteurs impliqués, qu’ils soient professionnels de la justice – enquêteurs, magistrats, avocats – ou travailleurs sociaux.

Une cérémonie de lancement le 1er juillet en présence d’officiels

La cérémonie d’ouverture se déroule au Fort de Rosny ce 1er juillet au matin, en présence de Nicole Belloubet, garde des Sceaux, ministre de la Justice, et de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur (sous réserve), des représentants des instances organisatrices et des participants à la formation.

Le serious game : une pédagogie innovante

Cette formation est une première en France. Ce format pédagogique du serious game s’inscrit pleinement dans la volonté permanente de l’ENM de réfléchir aux meilleurs moyens de transmettre les savoirs et les bonnes pratiques.

« Il est démontré maintenant que la formation est le lieu le plus adapté aux échanges et à l’amélioration des pratiques, surtout lorsqu’il s’agit d’une chaîne pénale, où chaque maillon est tributaire de la qualité du travail fourni par le maillon précédent. Apprendre en faisant plutôt qu’en écoutant ou en lisant, apprendre ensemble en confrontant les pratiques, voilà les maîtres mots qui ont présidé à l’organisation de cette session », explique Olivier Leurent, directeur de l’École nationale de la magistrature (ENM).

En immersion pendant 5 jours, 24h sur 24, dans les locaux de la Gendarmerie nationale au Fort de Rosny, des enquêteurs, des magistrats, des avocats et des travailleurs sociaux joueront leur propre rôle face à des acteurs interprétant les victimes et les auteurs. « Le serious game aborde l’ensemble des investigations, de l’identification des auteurs à l’exercice des poursuites pénales. Il comprend en parallèle la prise en charge des victimes, de leur mise à l’abri au plein exercice de leurs droits », détaille Fanny Bussac, magistrate-coordonnatrice de formation à l’ENM.

Les professionnels devront en effet prendre des décisions, se coordonner, rédiger les actes usuels (réquisitions, signalements…), accompagner les victimes (auditions, accompagnement social et juridique, prise en charge) et conduire les investigations permettant d’interpeller les auteurs des faits. Pour cela, ils seront aiguillés par une équipe de direction composée de professionnels des différentes institutions et structures.

25 acteurs, dont certains sont des élèves magistrats et des élèves avocats, sont mobilisés pour jouer le rôle des victimes et des auteurs.

Une coopération institutionnelle à l’origine de cette formation

« Parce qu’il est indispensable de créer des synergies entre professionnels et impératif de développer collectivement les compétences des différents acteurs participant à la lutte contre la traite des êtres humains, cette formation a été co-développée par les ministères de l’Intérieur et de la Justice, par des avocats et par le monde associatif, avec le soutien de la mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains », explique le colonel Fabrice Bouillié de la direction générale de la Gendarmerie nationale.

En effet, cette formation a été conçue et mise en œuvre par l’École nationale de la magistrature, la Gendarmerie nationale, le Barreau de Paris, l’association ALC et le Dispositif Ac.Sé, l’association Le bus des femmes, l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante, l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains, la Brigade de répression du proxénétisme, l'École nationale de protection judiciaire de la jeunesse et l’association Hors la Rue.

Pour aller plus loin

La traite des êtres humains en France

Chiffres 2018 du ministère de l’Intérieur

  • Exploitation sexuelle
    27 des 69 réseaux de proxénétisme démantelés ont été qualifiés de traite des êtres humains.
    950 victimes ont été identifiées dont 774 femmes majeures, 146 mineures, 29 hommes majeurs et 1 mineur.
  • Exploitation par le travail
    313 victimes identifiées dont 129 victimes de traite des êtres humains.
Enquête 2018 auprès des associations
ayant suivi des victimes en 2016

En 2016, 1 857 victimes ont été suivies par les 24 associations ayant répondu à l’enquête.
Parmi elles, 74 % étaient victimes d’exploitation sexuelle, 15 % ont subi des faits d’exploitation par le travail, 7% ont été exploitées à des fins de contrainte à commettre des délits et 2% à des fins de mendicité forcée.
Consulter l’enquête menée par l’ONDRP et la MIPROF en lien avec le collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains".