Épreuves d’admission du concours complémentaire : les conseils du jury

Qu’attend le jury des candidats en reconversion professionnelle lors des épreuves orales d’admission ? Comment se préparer au concours complémentaire de l’ENM ? Quelles sont les erreurs à éviter, notamment lors de la conversation de 20 minutes avec le jury ? Le point avec Nathalie Bourgeois-De-Ryck, conseillère à la Cour de cassation et chargée de mission de la première présidence, qui préside le jury du concours complémentaire de l’École nationale de la magistrature.

Destinées à évaluer notamment les motivations des candidats à intégrer la magistrature, l’intelligence qu’ils ont de leur activité professionnelle antérieure, leur ouverture d’esprit, leur aptitude à juger et leur culture judiciaire, les épreuves d’admission du concours complémentaire se déroulent face à un jury de 5 membres. Elles comportent, d’une part, une épreuve d’exposé-discussion qui débute par un exposé de 10 minutes sur un cas pratique se rapportant au droit civil ou au droit pénal, et se poursuit par une conversation de 20 minutes avec le jury et, d’autre part, une interrogation orale de 15 minutes portant sur la matière (droit pénal ou droit public) que les candidats n’ont pas choisie lors des épreuves d’admissibilité.

Qu’attend le jury du candidat au cours de son entretien ?

« Pour la première partie de l’entretien autour du cas pratique, nous attendons du candidat qu’il comprenne bien la problématique qu’il doit traiter, qu’il soit capable de développer des connaissances juridiques en lien avec ce cas pratique, d’argumenter sur une solution qui est proposée et, in fine, de prendre une décision. En termes de forme, il faut évidemment qu’il soigne son expression orale.

Pendant la conversation, nous nous intéressons d’abord au parcours professionnel antérieur du candidat et à l’ouverture qu’il peut apporter à la magistrature. Nous cherchons également à évaluer, au fil de nos questions, les capacités attendues d’un magistrat : sa curiosité, son ouverture d’esprit, son adaptabilité, ou encore sa capacité de réflexion sur des sujets autres que juridiques. Nous avons là encore des attentes sur la forme : le magistrat étant appelé à être en contact régulier avec les justiciables, les avocats et toutes les personnes qui travaillent à ses côtés, il doit avoir un positionnement adapté.

Nous sommes conscients que les 20 minutes d’échanges passent finalement très vite : nous nous concentrons donc principalement sur ces aspects. Je tiens à souligner que la sincérité des candidats durant cet entretien est aussi un point important pour les membres du jury. »

Pouvez-vous nous donner des exemples de sujets pour les cas pratiques ?

« Pour le concours complémentaire, le programme est resserré et certaines thématiques reviennent donc régulièrement dans les sujets de cas pratiques de droit civil ou pénal que les candidats tirent au sort. Il peut, par exemple, y avoir des questions sur le divorce, le PACS, la filiation, tout ce qui touche au droit de la famille, mais aussi sur les vices cachés, le droit des contrats... Lors de la dernière édition du concours, nous avons également donné plusieurs cas pratiques liés à des associations de malfaiteurs et sur des infractions assez classiques, notamment des vols ou des violences. »

Quelles questions pouvez-vous poser à un candidat durant la conversation ?

« Pour moi il y a plusieurs catégories de questions. D’abord, celles qui visent à tester les connaissances de l’environnement judiciaire : nous allons par exemple demander au candidat de nous parler des peines planchers, de la réforme du divorce, de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), du traitement en temps réel des procédures pénales… Tous n’ont pas le même parcours professionnel et donc pas les mêmes connaissances, et nous en avons bien évidemment conscience : si le candidat ne sait pas répondre, il vaut mieux qu’il le dise et nous lui poserons une autre question.

Il y a aussi des questions destinées à évaluer la capacité du candidat à s’intéresser au monde dans lequel il vit et à avoir un avis sur des questions plus sociétales, l’intérêt pour nous étant de voir comment il raisonne : il n’y a donc pas de bonne ou de mauvaise réponse. Pour donner quelques exemples, nous avons notamment demandé à des candidats ce qu’ils pensaient de rendre la vaccination obligatoire, de l’euthanasie, des relations entre la police et la justice, des rançongiciels, de rendre le port du casque obligatoire en vélo…

Enfin, nous proposons aussi des mises en situation. Par exemple : “Vous êtes président d’audience, vous avez un incident avec un avocat, l’avocat commence à prendre la parole en audience correctionnelle à tort et à travers, que faites-vous ?” Ou : “Vous êtes juge, votre greffier ne vous rend pas les délibérés à temps, que faites-vous ?” Ces mises en situations nous permettent notamment de voir si le candidat connaît bien l’environnement judiciaire, mais surtout comment il se positionne, s’il est capable de se poser les bonnes questions…

Évidemment, nous savons bien que des candidats assistent aux épreuves avant leur passage et nous faisons en sorte de renouveler nos questions. »

Nathalie Bourgeois-De-Ryck, présidente du jury du concours complémentaire © Cour de cassation
Nathalie Bourgeois-De-Ryck, présidente du jury du concours complémentaire © Cour de cassation

Quels conseils donneriez-vous à un candidat qui doit préparer les épreuves orales du concours complémentaire ?

« Pour les cas pratiques, il se sont déjà préparés pour les épreuves écrites.

Pour la conversation, les candidats doivent travailler les points faibles qu’ils ont identifiés : faire en sorte que leur timidité ou leur stress, par exemple, ne les empêche pas d’être à l’aise à l’oral puisqu’ils seront amenés à être en contact régulier avec des publics et à prendre la parole devant eux.

Il faut évidemment aussi une certaine ouverture sur la société, particulièrement les mois ou les semaines qui précèdent le passage devant le jury, puisque nous nous nourrissons de l’actualité pour nos questions.

Je conseillerais enfin aux candidats d’assister, quand ils le peuvent, aux épreuves avant de les passer eux-mêmes, surtout s’ils sont particulièrement stressés. Cela leur permettra de se rendre compte de la bienveillance du jury à l’égard des candidats au concours complémentaire de l’ENM. Nous savons en effet que ceux qui sont là sont motivés et nous leur reconnaissons le courage, alors qu’ils ont déjà un métier, de se remettre en cause pour intégrer la magistrature : nous n’avons donc pas de raison d’être durs avec eux. Cela étant, nous devons nous faire une idée en 20 minutes seulement et le nombre de questions posées dans ce laps de temps peut par conséquent être impressionnant : savoir concrètement à quoi s’attendre peut permettre de ne pas se laisser déstabiliser. »

Quelles sont les erreurs à éviter ?

« Nous avons remarqué que de nombreux candidats faisaient du hors sujet sur le cas pratique. Ce n’est pas parce qu’il y a le mot “filiation” dans l’énoncé qu’il faut dire tout ce qu’on sait sur ce sujet : nous préférons qu’un candidat développe moins, mais qu’il nous montre qu’il a bien saisi la problématique. De la même façon, nous n’attendons pas d’un candidat qu’il soit omniscient : répondre à tout même quand on n’a pas la réponse ne donne pas forcément une image positive, surtout pour un futur magistrat qui doit être capable de douter. Le doute est donc tout à fait acceptable, dès lors qu’on nous l’explique. »

Consulter : le rapport du jury sur la session 2021 du concours complémentaire