À la rencontre des professionnels de la lutte contre le crime organisé

Immersion à l’Office anti-stupéfiants (OFAST)

Lors de mon stage juridictionnel à l’instruction, les dossiers portaient quasi exclusivement sur des trafics de stupéfiants ou des règlements de compte sur fond de trafic de stupéfiants. J’ai une appétence pour cette matière complexe, qui implique souvent un volet blanchiment et une dimension internationale. À la sortie de l'ENM, j'aimerais devenir juge d'instruction : il me semblait indispensable de mieux connaître les acteurs mobilisables dans le cadre de mes futures fonctions, ainsi que les outils dont ils disposent.
Au cœur de la lutte antidrogue
« Ces 5 semaines à l'OFAST m’ont permis de découvrir cet office central à compétence nationale, qui travaille sur des affaires liées au haut du spectre en associant la Police nationale, la Gendarmerie nationale et les douanes, avec une dimension internationale.
J’ai débuté mon stage au pôle stratégie, qui a une mission de veille et d’information stratégique sur l’évolution de la menace liée aux trafics de stupéfiants en France.
J’ai ensuite passé une semaine auprès de la brigade aéroportuaire de Roissy, spécialisée dans l'interception des mules arrivant sur le territoire national, où j’ai assisté à des gardes à vue et des pesées de cocaïne saisies sur des passeurs.
J’ai passé la troisième semaine au pôle renseignement. J’ai eu la chance d’échanger, à l’Ambassade des États-Unis, avec des membres du Homeland Security Investigations sur leurs missions liées au trafic de stupéfiants et la coopération policière et judiciaire avec la France.
Puis, j’ai été au pôle opérationnel, d’abord au sein des cellules financières et cybercriminalité, dont la mission est d’appuyer le travail des groupes d’enquêtes en matière de blanchiment, de cryptomonnaie, d’exploitation téléphonique… J'ai également participé, avec le Groupe d'Appui Opérationnel (GAO), à des simulations de pose de balises et de surveillance, avant de suivre une formation sur les caches aménagées dans les véhicules au sein d’une unité de police judiciaire de la Gendarmerie nationale. La dernière semaine, j’ai été associée à des opérations sur le terrain du groupe d’enquête. »
Une lecture plus fine des procédures
« Concrètement, j’ai beaucoup appris sur les réseaux liés au trafic de stupéfiants, leur structuration, leurs modes d’actions, les circuits financiers et leurs capacités d’adaptation. À terme, ces connaissances vont me permettre une lecture plus fine des procédures et une meilleure compréhension des logiques de collaboration entre les différents acteurs de la lutte contre le trafic de stupéfiants.
Mais au-delà des connaissances techniques, ce stage m'a surtout permis de mesurer la réalité du travail des enquêteurs. En juridiction, quelques pages de procès-verbal résument des semaines d'écoutes et de surveillances. Comprendre les contraintes du terrain, c'est être en mesure de formuler des demandes réalistes et de diriger l'enquête plus efficacement. »
Immersion à l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO)

J’avais depuis longtemps la volonté de me spécialiser en criminalité organisée avec l’objectif de rejoindre la JIRS de Paris. Je me suis par ailleurs toujours intéressé au travail des services d’enquête : j'ai d’ailleurs choisi de faire mon stage extérieur au sein d’une brigade des stupéfiants quand j’étais élève magistrat. Comprendre ce qui se passe sur le terrain me semble indispensable pour exercer au parquet. Cette conviction a guidé mes choix de formation, jusqu'au CADELCO — le cycle approfondi en criminalité organisée — dont le stage pratique à l'OCLCO réalisé à l’automne 2025 constituait le volet terrain.
Comprendre le travail des partenaires de terrain
« J’ai demandé à suivre le CADELCO au moment où je suis arrivé à la JIRS, en septembre 2023. Par conséquent, je travaillais déjà très régulièrement avec les professionnels de la lutte contre la criminalité organisée au moment de mon stage, au point de penser qu’il intervenait peut-être trop tard dans mon parcours. Mais j’ai finalement beaucoup appris. Quand on a les enquêteurs au téléphone sur une affaire, on parle du fond – des actes, des investigations en cours –, pas de leurs difficultés. Le stage m'a permis de sortir de cette logique et de comprendre vraiment comment ils travaillaient.
L’OCLCO est organisé en plusieurs groupes, dont certains avec lesquels je collabore moins habituellement et que j’ai rencontrés. Mais ce qui m'a particulièrement marqué, c'est la brigade de recherche et d’intervention (BRI) nationale, basée à l'OCLCO. On a tendance à penser que la BRI intervient principalement en renfort lors des interpellations. En réalité, elle fait aussi du travail d'investigation, des surveillances qui viennent alimenter les enquêtes. Deux jours sur le terrain avec eux ont changé ma perception.
Le point d'orgue a été l’interpellation d’un individu recherché pour un meurtre à Marseille, réfugié en Île-de-France, pendant laquelle on a retrouvé des armes. Les enquêteurs nous ont aussi parlé d'interventions qui s'étaient mal passées, avec des échanges de tirs. Ce genre d'expérience permet de s'extraire de nos enquêtes et de percevoir les difficultés réelles que vivent ces services, celles qu'on ne soupçonne pas toujours depuis notre bureau. »
La téléphonie : un domaine clé trop méconnu des magistrats
« Une des discussions qui m'a le plus enrichi est celle avec un enquêteur spécialisé dans l'investigation numérique et téléphonique. Au parquet, on reçoit un PV avec la synthèse des investigations : on sait ce qui a été fait, pas forcément tout ce qui aurait pu l'être. Discuter avec cet enquêteur m'a ouvert les yeux sur l'étendue des possibilités techniques, mais aussi sur leurs limites.
La téléphonie au sens large reste un terrain d'investigation central : les criminels ne pourront jamais se passer de communiquer. C’est pourquoi les magistrats doivent connaître toutes les possibilités existantes pour être de meilleurs directeurs d'enquête. »