Découvrir un univers extra-judiciaire durant sa formation à l’ENM

Destiné à ouvrir les élèves magistrats à diverses cultures professionnelles, le stage extérieur de la promotion 2018 s’est achevé cette année de manière anticipée, dans le contexte de lutte contre la propagation du Covid-19. Cette expérience – qui dure habituellement 4 à 7 semaines – permet aux auditeurs de justice de rencontrer leurs futurs partenaires et d’élargir leur connaissance des univers extra-judiciaires auxquels ils seront confrontés dans l’exercice de leurs futures fonctions. Témoignages croisés de Ludivine, Anna, Camille, Cassandre et Alex, accueillis respectivement dans un centre hospitalier universitaire (CHU), le centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie (CNISAG), une préfecture et dans le secteur privé.

Camille au centre national d’instruction de ski et d'alpinisme de la gendarmerie (CNISAG)

Des expériences variées qui favorisent l’esprit d’ouverture

« Nous avons effectué notre stage au sein du CHU de Tours, où nous avons principalement évolué auprès du Centre ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) et dans les différents services du pôle de psychiatrie du CHU », indiquent Ludivine et Anna.  « Il existe un lien indéniable entre le juge et le monde de la santé, et il m’a semblé intéressant de saisir cette occasion d’explorer l’articulation entre les deux », précise Ludivine. Anna relève de son côté la dimension pratique des missions de ce stage : « Approcher le domaine de la psychiatrie permet de faire le lien avec des sujets traités par le juge, celui des tutelles par exemple ».

Camille a quant à elle été accueillie par le CNISAG à Chamonix-Mont Blanc : « J’ai échangé avec les gendarmes de haute montagne au sujet des infractions particulières ayant lieu dans ce milieu, qu’il s’agisse d’atteintes involontaires à l’intégrité physique ou à la vie. J’ai également pu éprouver les contraintes avec lesquelles ces gendarmes hautement qualifiés doivent composer dans leur double fonction de secouriste et d’enquêteur. »

Pour Cassandre, « le stage extérieur est une occasion de sortir du monde judiciaire stricto sensu. En choisissant de l’effectuer au sein de la préfecture de Seine-Saint-Denis, j’avais pour objectif de comprendre le fonctionnement de ce type d’administration, car les travaux des magistrats et des préfectures en matière d’ordre public sont complémentaires. Il me paraissait intéressant de voir de l’intérieur comment fonctionne, pense et travaille ce partenaire que je connaissais peu. »

Découvrir le fonctionnement d’autres institutions

Se familiariser avec des méthodes de travail différentes

Pour les élèves magistrats, le stage extérieur est ainsi l’occasion de se familiariser avec d’autres contextes que celui des tribunaux. « Ce qui m’a le plus marquée à la préfecture de Seine-Saint-Denis, ce sont les différences d’objectifs et de fonctionnement avec l’institution judiciaire. Alors que les préfectures opèrent dans le domaine de la prévention des troubles de l’ordre public, l’autorité judiciaire, elle, les sanctionne », indique Cassandre.

Alex a passé ses 5 semaines de stage à la librairie Mollat. Cette expérience en entreprise lui aura permis d’appréhender un autre mode d’organisation : « En évoluant dans différents services de la librairie, j’ai expérimenté un fonctionnement propre au secteur privé où la hiérarchie ne prend pas la même forme que dans une juridiction. »

La perception de la justice par ses partenaires

Quel que soit le lieu d’accueil, les stagiaires découvrent comment les différents professionnels côtoyés perçoivent le monde judiciaire, mettant ainsi en perspective le regard qu’ils portent sur leur future profession de magistrat. « Dialoguer avec les professionnels de la santé m’a permis non seulement de constater qu’ils se posent beaucoup de questions juridiques très précises, mais aussi de voir comment ils vivent de leur côté les procédures judiciaires dont ils sont des acteurs », témoigne Anna à l’issue de son stage au CHU de Tours.

Une prise de recul enrichissante

« Grâce à cette expérience au CHU de Tours, j’ai été plongée dans un milieu où le travail en équipe est primordial et omniprésent. Se nourrir de l’avis des autres et aboutir à une décision sur un mode participatif sont des points communs que les services médicaux partagent avec les juridictions », explique Ludivine.

Camille relève elle aussi l’importance du travail collectif qu'elle a observé sur le terrain du CNISAG : « Il faut savoir s’adapter, et toujours essayer de comprendre la réalité et les contraintes de nos partenaires… Cette nécessité s’est imposée au fil du stage, et nous avons justement appris au cours de notre scolarité que tout magistrat doit la garder à l’esprit en permanence dans l’exercice de ses fonctions. »

Et Cassandre d’ajouter : « Plus que tout autre chose, ce stage m’a fait prendre conscience de la nécessité pour les magistrats et les préfectures de communiquer pour mieux se comprendre et mener à bien leurs missions respectives. »



Anna et Ludivine au CHU de Tours
Anna et Ludivine au CHU de Tours

Des stages d’ouverture en formation initiale et continue

L’ENM propose chaque année aux auditeurs de justice une offre variée de stages extérieurs. Elle signe ainsi notamment des conventions pour mettre en place ou renforcer des partenariats avec des organismes d’accueil, par exemple en mai dernier avec la Chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine.

Ayant également à cœur de permettre aux magistrats en exercice d'enrichir leur culture professionnelle d’expériences diversifiées, l’ENM leur propose aussi, dans le cadre de leur formation continue, des stages au sein de structures publiques et privées aussi variées que le Service départemental de la police judiciaire de Seine-Saint-Denis, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, la Marine nationale, ou encore le groupe Total et la direction juridique du groupe SNCF.