Métiers de la justice : de l’administration pénitentiaire à la magistrature

Après 10 ans de carrière dans l’administration pénitentiaire en tant que conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation puis directrice des services pénitentiaires, Alice a décidé d’exercer un autre métier de la justice en devenant magistrate. Elle a ainsi passé le concours complémentaire de l’ENM en 2019 et débuté sa formation en janvier 2020 : elle est désormais juge aux affaires familiales. Vous aussi, reconvertissez-vous dans la magistrature en vous inscrivant à la session 2022 jusqu’au 8 octobre 2021.

Quel a été votre parcours avant de passer le concours complémentaire de l’ENM ?

« J’ai intégré l’administration pénitentiaire en 2009 après un master 2 recherche en droit pénal.

J’ai d’abord travaillé en qualité de conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation pendant environ 6 ans, au sein de différents services, en milieu ouvert et en milieu fermé, sous l’égide de juges de l’application des peines. Sur ce poste, j’ai développé mes compétences pénales puisque je devais notamment connaître l’actualité des politiques de droit pénal et les procédures pénales.

J’ai ensuite passé le concours de directrice des services pénitentiaires, fonction que j’ai exercée pendant 4 ans et qui allie management vis-à-vis des surveillants pénitentiaires, gestion de la détention, gestion de l’urgence et prise en charge sécuritaire. Là encore, j’avais des liens réguliers avec des magistrats, en particuliers les juges de l’application des peines et les magistrats du parquet. »

Pourquoi avez-vous souhaité entamer cette 3e carrière dans la justice ?

« Je ne faisais plus de droit en tant que directrice des services pénitentiaires et j’avais envie d’en refaire, de travailler davantage sur des matières juridiques. Par ailleurs, l’ouverture vers le droit civil m’intéressait aussi : la magistrature pouvait me permettre d’exercer des fonctions civiles ou/et pénales. Enfin, après 10 années au sein de l’administration pénitentiaire, j’avais envie de vraiment prendre part à la décision judiciaire. »

Pourquoi avez-vous passé le concours complémentaire de l’ENM ?

« J’envisageais depuis longtemps de rejoindre un jour la magistrature et je pensais passer le 2e concours réservé aux agents publics. Mais au moment où j’ai vraiment décidé de franchir le pas, j’ai découvert l’existence du concours complémentaire qui permettait d’accéder à une formation plus courte. En échangeant avec des magistrats, cela m’a paru être une belle opportunité et je me suis donc inscrite. »

Comment avez-vous préparé le concours complémentaire de la magistrature ?

« Je n’ai eu que quelques mois pour préparer les épreuves. J’ai fait le choix de m’inscrire dans une préparation privée, et je me suis fixée un planning assez intense, même pendant mes vacances ! Du lundi au vendredi, je travaillais une heure le midi et trois heures le soir en parallèle de mon poste de directrice des services pénitentiaires. L’objectif était de renforcer et d’actualiser mes connaissances juridiques, de maîtriser la procédure tant civile que pénale, l’actualité jurisprudentielle… Le week-end, je consacrais une demi-journée à des galops d’essai pour m’exercer à la méthodologie : j’ai notamment dû travailler le raisonnement par syllogisme pour les cas pratiques.

Je devais par ailleurs concilier ce nouveau challenge professionnel et ma vie de famille avec deux enfants en bas âge. Ça n’a pas toujours été facile, mais je peux témoigner aujourd’hui que c’est faisable. Et finalement, je me suis rendue compte aussi que tout le travail que j’ai fourni durant la préparation du concours m’a servi ensuite, que ce soit durant la formation ou aujourd’hui, dans le cadre de l’exercice de mes fonctions. Ce n’est pas du temps perdu, bien au contraire ! »

Que retenez-vous de votre mois de formation à l’ENM avant votre départ en stage dans un tribunal judiciaire ?

« Cela a été un mois riche, très dense, intense. Nous avions eu accès, quelques jours après les résultats du concours et donc en amont de notre arrivée à l’École, à des parcours d’e-formation. Le but, une fois à l’ENM, était de mettre en pratique ce qu’on avait pu travailler à travers ces parcours d’e-formation. Nous avons notamment effectué des simulations d’audiences pour nous entraîner aux différentes fonctions que nous allions ensuite exercer durant notre stage probatoire de 4 mois dans un tribunal judiciaire : président d’audience correctionnelle, substitut du procureur et juge aux affaires familiales.

Ce que je retiens aussi de ce mois de formation, c’est l’écoute et la bienveillance de nos formateurs. Même s’ils nous disaient qu’il fallait que nous répondions très rapidement aux exigences qui étaient attendues de nous, nous avons toujours été encadrés et soutenus.

Au sein de notre promotion, une cohésion s’est également rapidement créée et nous échangeons toujours aujourd’hui de manière régulière alors que nous avons pris nos premiers postes depuis quelques mois déjà. »

Pouvez-vous nous raconter des moments qui vous ont particulièrement marquée durant votre stage en juridiction ?

« J’ai effectué mon stage au tribunal judiciaire de Mulhouse, loin de ma famille car au regard de mes anciennes fonctions, je ne pouvais pas exercer dans ma cour d’appel d’origine.

Ce qui m’a marquée, c’est que tous les magistrats avec qui j’ai pu travailler ont toujours fait preuve d’une très grande disponibilité à mon égard. Ils ont eu à cœur de me former au mieux. Je n’ai jamais eu de jugement de valeur par rapport à mon parcours, par rapport à mon cursus. Ils ont toujours été très exigeants avec moi, mais il s’agissait d’une exigence bienveillante.

Si je dois évoquer un souvenir en particulier, je retiendrais ma première présidence d’audience correctionnelle en comparution immédiate. Le délibéré, pendant lequel j’avais échangé avec mon maître de stage, avait abouti à un mandat de dépôt à l’encontre d’une personne qui était arrivée à l’audience sous contrôle judiciaire. À ce moment-là, j’ai pleinement pris conscience de l’importance des décisions que les magistrats sont amenés à prendre et des conséquences qu’elles peuvent avoir sur la vie des justiciables : c’était vraiment marquant, malgré mes 10 ans d’expérience dans l’administration pénitentiaire. »

Quel message souhaiteriez-vous passer à de futurs potentiels candidats au concours complémentaire de l’ENM ?

« Le message que j’aurais à faire passer, c’est que le chemin pour se reconvertir dans la magistrature est compliqué, mais qu’il est tout à fait possible quand on est sûr de son projet professionnel et qu’on travaille beaucoup. Il ne faut pas se dire que cela sera plus facile parce qu’il s’agit du concours complémentaire et non d’un des 3 concours qui donnent accès à la formation classique de 31 mois en tant qu’auditeur de justice : l’exigence est la même au moment de notre prise de fonctions et c’est tout à fait normal. Il y a une charge de travail conséquente, il faut être prêts à faire des aménagements importants de sa vie de famille, que ce soit en termes de temps ou de distance. C’est d’ailleurs un projet qui n’a été possible que parce qu’il a été porté par mon mari. Mais, avec le recul, cela valait vraiment la peine.

Aujourd’hui, je me sens pleinement épanouie dans mes nouvelles fonctions civiles de juge aux affaires familiales. Le métier de magistrat est pour moi vraiment un beau métier et la diversité de postes est très intéressante : elle offre la possibilité de continuer à apprendre tout au long de sa carrière, pour exercer des fonctions variées qui demandent des compétences très différentes. »

Concours complémentaire

Les inscriptions au concours complémentaire 2022 sont ouvertes du 6 septembre au 8 octobre 2021, 17 heures (heure de Paris).