Radicalisation et terrorisme : des enjeux forts pour l’ENM
Publié le 30 mars 2017
Face à la menace terroriste, l’ENM adapte son offre de formation à l’actualité tout en prenant le temps de la réflexion afin qu’elle corresponde au mieux à la réalité du terrain. Elle met notamment à disposition des auditeurs de justice et des magistrats de nouveaux outils leur apportant des réponses pragmatiques en matière de radicalisation et de traitement judiciaire du terrorisme. Au plan international, elle multiplie les échanges de pratiques entre magistrats français et étrangers.
Adapter les formations à ces menaces mouvantes

Si l’ENM propose depuis plus de dix ans des sessions pédagogiques sur les spécificités procédurales et juridiques liées au contentieux du terrorisme, les besoins de formation relatifs à la prévention de la radicalisation sont beaucoup plus récents. « Il a fallu réagir vite, tous les magistrats pouvant désormais être confrontés, au cours de leur carrière, à des signaux de radicalisation ou à la prise en charge d’individus radicalisés », souligne Olivier Leurent, directeur de l’ENM.

Les nouvelles formes de passages à l’acte terroriste nécessitent également une adaptation permanente de l’action publique et des poursuites en la matière mais aussi l’actualisation des sessions proposées aux magistrats en formation initiale et continue ou sur le plan international.

Appréhender ces phénomènes dans leur complexité

La capacité de rebond des équipes pédagogiques doit notamment reposer sur un dialogue régulier avec les bénéficiaires des formations – dont les magistrats du parquet antiterroriste et les juges d’instruction spécialisés -, la Direction des affaires criminelles et des grâces, les écoles du Ministère de la Justice et les magistrats étrangers par l’intermédiaire des actions du département international de l’ENM.

Il s’agit aussi pour l’École de rester constamment attentive aux grandes questions sociétales. « Nous avons intégré dans le catalogue de la formation continue un cycle approfondi de lutte antiterroriste (CLAT) pour appréhender le phénomène dans toute sa complexité. En parallèle, nous avons développé des outils apportant aux magistrats des réponses pragmatiques dont un module d’e-ressources très complet », poursuit Olivier Leurent.

Enfin, le département de la recherche et de la documentation met à disposition des différents publics de l’École une offre documentaire sur ces thématiques.

Accompagner les magistrats spécialisés et référents terrorisme

Si l’ENM conçoit des sessions spécifiquement dédiées aux magistrats spécialisés (parquet et siège) du tribunal de grande instance de Paris, elle répond également aux besoins de formation des référents terrorisme désignés dans les parquets locaux et généraux, points de contact avec le pôle antiterroriste de Paris.

« C’est notamment cette articulation entre les autorités judiciaires spécialisées, leur juridiction et les services de l’État que les magistrats référents terrorisme doivent parfaitement maîtriser », explique encore le directeur.

Redéfinir les besoins des magistrats généralistes

Les auditeurs de justice et magistrats généralistes du siège et du parquet doivent aussi être formés puisqu’ils peuvent être confrontés dès leur premier poste à des signes de radicalisation, à un dossier d’apologie du terrorisme ou à une disparition inquiétante se concluant par un départ en Syrie. L’ENM a ainsi développé de nombreuses nouveautés dans ce sens qui prennent notamment la forme de « conférences pour bien comprendre le phénomène dans son histoire et sous ses diverses formes sociologiques », d’ateliers pratiques, de séminaires européens, de sessions organisées en partenariat avec d’autres écoles de service public ou encore de stages.

Intervention des politologues Hugo Micheron et Asiem El Difraoui en novembre 2016 devant la promotion 2016 sur l’histoire du jihad.

Les magistrats généralistes doivent par ailleurs maîtriser parfaitement l’articulation de chacun des maillons de la chaîne pénale mais aussi de la chaîne éducative quand il s’agit de mineurs. Il faut également qu’ils sachent comment coordonner leur action avec la direction de la Protection judiciaire de la jeunesse, l’Aide sociale à l’enfance, les services préfectoraux ou encore les services de police. « L’ENM propose l’apprentissage de ces articulations en formation initiale et s’intéresse à leur développement dans le cadre de la formation continue », confie Olivier Leurent.

Favoriser les coopérations à l’international

Les actions de formation du département international permettent pour leur part de confronter les pratiques des magistrats français avec celles de leurs homologues étrangers en matière de lutte contre le terrorisme, de détection des signes de radicalisation et de suivi des individus radicalisés.

« L’objectif est également de favoriser la coopération pénale internationale et la circulation de l’information entre les autorités judiciaires », conclut le directeur de l’ENM.

Pour en savoir plus, lire : ENM info n°47