Des enseignements spécifiques aux prises de fonctions en outre-mer
Publié le 15 mai 2017

Onze futurs magistrats de la promotion 2015 prendront leur premier poste en Guadeloupe, en Martinique et à Mayotte en septembre prochain. Pendant la période de spécialisation à l’ENM, ils ont suivi, en plus des séquences pédagogiques liées à leurs fonctions respectives, des enseignements spécifiquement dédiés à leur début de carrière en France d’outre-mer.

En mars dernier était publiée la liste des postes offerts aux futurs magistrats de la promotion 2015, sur laquelle figuraient onze postes outre-mer : trois à la cour d’appel de Basse-Terre, cinq à la cour d’appel de Fort-de-France et trois à la cour d’appel de Saint-Denis de la Réunion, à Mamoudzou.

Depuis plusieurs années, l’ENM prévoit, dans son programme de spécialisation, des séquences spécifiques aux prises de fonctions en outre-mer.
« L’objectif est à la fois :
de donner aux auditeurs de justice des clés de compréhension - historiques, anthropologiques et sociologiques - sur ces départements ayant des particularités locales,
de créer du lien avec la juridiction avant leur installation sur place en organisant une visioconférence avec les chefs de juridiction ou les chefs de cour et en proposant une semaine sur site durant leur stage de spécialisation,
de leur faire bénéficier de retours d’expériences pour répondre aux questions pratiques qu’ils se posent », détaille Frédérique Iragnes, coordonnatrice de formation à l’ENM qui a elle-même choisi un premier poste de juge de l’application des peines à Pointe-à-Pitre en 2008.

Un accompagnement apprécié
« L’École fait ce qu’il faut pour restreindre les inquiétudes que nous pouvons avoir au niveau logistique ou fonctionnel », souligne Pablo Rieu, futur substitut du procureur de la République près le TGI de Mamoudzou.
Les retours d’expériences font ainsi partie des axes appréciés de cette préparation aux premières fonctions. « Les coordonnateurs de formation de l’ENM ayant exercé sur place nous conseillent volontiers », explique Louis-Marie Armanet, futur juge aux affaires familiales à Pointe-à-Pitre. Pour se projeter plus concrètement dans sa nouvelle vie aux Antilles, il attend aussi la semaine sur site en juin prochain : « Cela me permettra de rencontrer mes futurs collègues, de découvrir le cabinet dans lequel je vais travailler et de trouver un logement », confie-t-il.
Et Sabrina Bouix, futur substitut placé près la cour d’appel de Fort-de-France, d’ajouter : « La visioconférence, qui intervient avant le déplacement sur site, est une bonne initiative pour établir un premier contact. »
Enfin, les interventions de spécialistes sur l’approche historique des Antilles, la structure familiale aux Antilles et le contexte socio-culturel à Mayotte sont jugées utiles : « Où que nous allions en outre-mer, ce sont des territoires marqués par une histoire que nous connaissons mal et qui structure un peu différemment le rapport à l’État, à l’autorité, à la famille et au droit », précise Pablo Rieu.
Des motivations diverses

Sabrina Bouix a grandi en Martinique. Auparavant avocate à Paris, elle a décidé de se reconvertir dans la magistrature et souhaitait, dès son entrée à l’ENM, choisir un premier poste à Fort-de-France si elle en avait la possibilité. « Je suis ravie de l’opportunité qui m’est offerte », affirme-t-elle.
Pour Pablo Rieu et Louis-Marie Armanet, la décision a été beaucoup plus tardive. « Je voulais avant tout exercer la fonction de juge ou de juge d’instance. Je n’ai pensé à l’outre-mer qu’en voyant la liste de postes », explique Louis-Marie Armanet. « L’idée de partir m’a plu, notamment parce que je n’en ai pas souvent eu l’occasion pendant mes études. »
Pablo Rieu souhaitait pour sa part devenir substitut du procureur ou juge d’instruction. « Mayotte n’était pas ma première idée, mais c’est tout de même un vrai choix auquel j’ai réfléchi avec ma famille. C’est un département très récent, il y a beaucoup à faire et je pense que cela sera très intéressant professionnellement », sourit-il.
Si choisir un poste en France d’outre-mer permet un avancement plus rapide, « c’est aussi l’occasion de justifier d’une véritable expérience de mobilité, élément important dans la carrière d’un magistrat », assure Frédérique Iragnes.

L’ENM propose également une formation continue aux magistrats souhaitant exercer en outre-mer au cours de leur carrière.