Médecine légale : autopsies commentées pour les élèves magistrats
Publié le 31 août 2016

Quelques jours après la rentrée, les auditeurs de justice de la promotion 2016 assisteront à la présentation des activités optionnelles proposées pendant leur formation initiale. Parmi elles, les activités « médecine légale » enregistrent chaque année un nombre important d’inscrits. Retour sur les enseignements des autopsies commentées à l’institut médico-légal de Bordeaux.

« Les activités optionnelles dédiées à la médecine légale viennent compléter quatre séquences pédagogiques proposées aux élèves magistrats lors des premières semaines suivant la rentrée : il s’agit d’une conférence sur la scène de crime, d’ateliers de police technique et scientifique, d’une séquence sur les victimes et d’une intervention animée par un professeur de médecine légale sur le déroulement d’une autopsie avec le visionnage d’un film réalisé par l’institut médico-légal de Bordeaux », explique Valérie Grenier, animatrice du pôle Environnement judiciaire de l’ENM.

Le partenariat établi entre l’École et le service de médecine légale de Bordeaux dirigé par le Professeur Sophie Gromb-Monnoyeur permet ainsi à des groupes de dix auditeurs de justice d’assister à des autopsies commentées sur inscriptions. Le contexte de découverte du cadavre leur est communiqué en amont.

Se confronter à la mort avant de se rendre sur des scènes de crime

Cette activité optionnelle trouve souvent un écho dès le stage juridictionnel de dix mois, lorsque les auditeurs de justice découvrent les fonctions de magistrat du parquet et de juge d’instruction. « Le premier objectif est de les préparer à la confrontation à la mort pour tenir le coup en situation professionnelle et être opérationnels et vigilants sur une scène de crime ou au moment d’une autopsie », précise Valérie Grenier.

Leïla Hebbadj, auditrice de justice de la promotion 2015 a assisté à deux autopsies pendant sa formation. « Elles s’effectuent dans un milieu aseptisé, ce qui permet de passer un cap dans l’appréhension de la mort. Cela me paraît fondamental. J’ai ainsi été moins déstabilisée lorsque, deux semaines après le début de mon stage au parquet, je me suis déplacée sur une scène de crime sur laquelle se trouvaient deux corps », confie-t-elle. Et d’ajouter : « Ce jour-là, le module sur la police technique et scientifique m’a également servi. On m’a habillée et instinctivement, j’avais envie d’enlever le masque que j’avais sur la bouche parce que c’était un peu suffocant. Mais je me suis souvenue de ce qu’on nous avait dit à l’école : vous contamineriez la scène de crime. »

Découvrir ce qu’un magistrat peut attendre d’une autopsie

Autres objectifs de ces autopsies commentées : savoir comment se pratique une autopsie, ce qu’un magistrat peut en attendre et se faire une idée de ses limites en identifiant les questions qu’il peut poser au médecin légiste et celles auxquelles ce dernier ne pourra pas répondre. « Il faut qu’un magistrat puisse s’approprier pleinement le dossier qu’il va avoir à gérer. Plus il sera informé des causes possibles du décès, plus il se sera fait une idée en se déplaçant sur la scène de crime, plus il sera performant à l’audience », souligne Valérie Grenier.

La deuxième autopsie commentée à laquelle a assisté Leïla Hebbadj s’est déroulée en présence d’officiers de police judiciaire : « C’était intéressant car nous avons pu voir les points sur lesquels ils réagissaient particulièrement. J’ai également trouvé riches les enseignements en amphi sur l’autopsie. En effet, quand je suis arrivée avec un magistrat du parquet sur ma première scène de crime, le médecin légiste n’était pas encore là. Or nos premières constatations visuelles nous ont permis de donner une orientation à l’enquête : nous savions que le crime ne venait a priori pas d’être commis », conclut-elle.

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