Samuel Lainé, directeur adjoint : “l’ENM doit répondre aux attentes de la société”

Auparavant premier vice-président adjoint, coordonnateur de la 2 e chambre civile et du Pôle famille du tribunal judiciaire de Bordeaux, Samuel Lainé est le nouveau directeur adjoint de l’ENM en charge des recrutements, de la formation initiale et de la recherche. Il a à cœur que l’École s’investisse pour « répondre, à son échelle, aux attentes de la société française vis-à-vis de la magistrature » , en développant l’égalité des chances sur tout le territoire et en poursuivant sa dynamique d’ouverture. Interview.

Magistrat issu de la promotion 1995 de l‘ENM, Samuel Lainé a exercé des fonctions très variées au cours de sa carrière : civiles et pénales, au siège et au parquet, mais aussi au ministère de la Justice. Il a par ailleurs été régulièrement en lien avec l’École nationale de la magistrature, notamment en tant qu’examinateur spécialisé pour les concours d’accès, directeur de centre de stages, directeur de session de formation continue destinée aux magistrats en exercice… Juste avant de rejoindre l’équipe de direction de l’ENM, il était expert pour le département international. « Proposer mes services à la nouvelle gouvernance de cette École s’inscrit vraiment dans le prolongement de mon parcours », souligne-t-il.

Quels sont les enjeux qui vous tiennent particulièrement à cœur en matière de formation initiale, de recrutement et de recherche ?

Développer l’égalité des chances sur l’ensemble du territoire

« L’École doit former de futurs juges et procureurs qui soient parfaitement en phase avec la diversité de la société française.

Priorité de la directrice, le développement des préparations “égalité des chances” au concours de l’ENM me tient ainsi particulièrement à cœur. Nous avons récemment rencontré des élèves des classes préparatoires. C’est un dispositif qui fait ses preuves et que nous souhaitons étendre : une nouvelle classe préparatoire de l’ENM devrait ainsi être créée prochainement.
Mais bien qu’il croise notamment critères sociaux et origines géographiques, le dispositif ENM ne peut couvrir l’intégralité du territoire français. Or l’École doit être attentive aux origines territoriales au même titre qu’économiques et sociales des magistrats, et à ce titre proposer un véritable maillage pour préparer gratuitement le concours. Il existe déjà
d’autres préparations “égalité des chances” très intéressantes à Rennes, à Aix-en-Provence et en Nouvelle-Calédonie : il faut absolument poursuivre cette dynamique de diversification de la magistrature sous le prisme du territoire, en intégrant bien évidemment les départements et territoires ultramarins à notre réflexion. »

Faire connaître l’esprit d’ouverture de l’École

« Le 2e enjeu, c’est que l’esprit d’ouverture dont fait preuve l’ENM soit davantage perçu à l’extérieur. La formation comprend en effet déjà de nombreux échanges, sous forme de stages ou d’ateliers en cours, avec des partenaires tels que les avocats, l’administration pénitentiaire, la protection de la jeunesse, les enquêteurs ou encore des experts dans des domaines variés. Par ailleurs, le contenu des enseignements reflète une sensibilité importante aux grandes évolutions sociétales et à la dimension internationale du droit.

Bien sûr, cela ne doit pas nous empêcher de continuer à avancer sur ce chemin d’une plus grande ouverture. Le département Recherche et documentation de l’ENM est, par exemple, un bel outil pour promouvoir l’hybridation des regards portés sur les questions liées à l’activité de l’institution judiciaire. En tant qu’école d’application, nous avons par ailleurs tout intérêt à interagir davantage avec le monde universitaire sur des sujets communs, à élargir les champs de réflexion pour l’enrichir. »

Quels sont les premiers chantiers sur lesquels vous allez travailler ?

« Nathalie Roret, directrice de l’ENM, a proposé au conseil d’administration de lancer une mission externe d’audit de l’École pour identifier les nouveaux besoins et les inscrire dans une réflexion plus large sur la justice, le service public, les attentes de la société. C’est sur la base de cet audit et du diagnostic qui en résultera au 1er semestre 2021 que nous réfléchirons collectivement aux projets qu’il nous faudra mener, en lien avec l’institution judiciaire.

Parmi les premiers chantiers confirmés, nous devons travailler à la mise en place du tronc commun aux écoles de service public lancé en novembre dernier par la DGAFP dans le cadre de la mission sur la haute fonction publique (suite au rapport Thiriez). L’enjeu est de nous approprier ce tronc commun pour qu’il soit un outil d’ouverture supplémentaire : l’objectif est notamment qu’il renforce la capacité de travail des futures promotions avec d’autres partenaires que les partenaires réguliers du magistrat, dans un objectif commun d’efficacité. Il devrait aussi permettre de faire connaître la réalité de notre travail quotidien et les grands principes fondamentaux autour desquels il s’articule, car la confiance accordée à la justice en dépend. »

Lire aussi :