Stage en cabinet d’avocats : qu’apprennent les élèves magistrats ?

Les élèves magistrats de la promotion 2021 viennent d’achever le stage en cabinet d’avocats qu’ils ont débuté le 10 mai dernier : le plus long après celui qu’ils effectueront dans un tribunal. Alors que Nathalie Roret, directrice de l’ENM, avait souligné lors de leur rentrée « l’urgence à créer des passerelles entre les deux professions », cette immersion leur a permis d’aborder, dès le début de leur formation, la justice sous l’angle d’une partie au procès. Rebecca, auditrice de justice, revient sur les principaux enseignements de son stage dans un cabinet d’avocats spécialisé en droit de la famille et en droit des mineurs (pénal et civil), situé dans le 9e arrondissement parisien.

Qu’attendiez-vous de ce stage en cabinet d’avocats ?

« Surtout de mieux comprendre les contraintes du travail de l’avocat au quotidien. Plus particulièrement, je me demandais comment le procès et l’organisation de la procédure, tant civile que pénale, étaient vécus par l’avocat. J’avais déjà fait des stages en cabinet, mais plus théoriques, sans pouvoir assister à des audiences ou à des gardes à vue par exemple. J’attendais cette fois de réellement appréhender le rôle de l’avocat dans l’œuvre de justice, au-delà du rapport humain avec le client et de la rédaction d’actes et de conclusions. »

Quelles missions vous ont-été confiées ?

« J’ai participé à la rédaction d’une convention de divorce, suivi un dossier d’instruction en étant présente à de nombreux actes et audiences, pu assister à une audience devant le Bâtonnier (ce que je n’aurais surement jamais eu l’occasion de voir en tant que magistrate) et à des rendez-vous clients.
J’ai aussi plaidé plusieurs dossiers : que ce soit en comparution immédiate, donc en ayant pris connaissance du dossier le jour-même, ou des dossiers plus anciens.
Ce stage a par ailleurs été pour moi l’occasion de découvrir la justice des mineurs, tant pénale que civile. J’ai participé au traitement de dossiers de mineurs non accompagnés ayant quitté leur pays pour rejoindre la France et ne pouvant pas forcément prouver qu’ils étaient mineurs, afin d’obtenir qu’ils soient protégés par l’État. »

Quel est votre meilleur souvenir ?

« Je pense que c’est le jour où j’ai plaidé mon premier vrai dossier. Je l’avais traité quasiment du début jusqu’à la fin, j’avais préparé les conclusions, réalisé les entretiens avec le client, classé les pièces et rédigé mes plaidoiries, sous le contrôle de mon maître de stage.
Devant la cour d’appel, dans un lieu qui reste très beau et solennel, j’ai tenté de convaincre la Cour afin qu’elle fasse droit à la demande. Le stress que j’ai ressenti et les enjeux que cela représentait pour le jeune que nous défendions en ont fait à mes yeux un moment charnière de mon stage. »

Quels enseignements tirez-vous de ce stage au regard de votre futur métier ?

« J’ai eu la chance d’être accueillie dans un cabinet regroupant des avocats diversifiés et d’avoir des maîtres de stage qui ont pris le temps de m’expliquer au mieux ce qu’elles faisaient.

Le premier enseignement de mon expérience en cabinet d’avocats est la capacité d’écoute : l’écoute des attentes du justiciable, qui a besoin d’être entendu, d’être compris.
J’ai aussi pu appréhender la nécessité d’être pédagogue pour être bien compris de ses interlocuteurs alors que de nombreux termes juridiques sont souvent obscurs pour eux. Ces devoirs de pédagogie et d’écoute se retrouvent dans le travail du magistrat.

Un autre enseignement de ce stage est la capacité à gérer les aléas et faire face à l’urgence : savoir adapter son emploi du temps au jour le jour, préparer des dossiers à la dernière minute tout en étant efficace. J’ai notamment pu assister à de nombreuses audiences de comparution immédiate dans lesquelles il faut réussir à mobiliser les éléments d’un dossier très rapidement pour pouvoir en extraire les éléments essentiels.

Enfin, ce stage m’a beaucoup appris sur la gestion de l’oralité. Au cours de mes années d’études, j’étais plus à l’aise lorsque les informations m’étaient transmises par écrit que par oral. Pourtant, découvrir l’importance de l’oralité dans le métier d’avocat m’a permis de dépasser mes craintes et de développer mes capacités d’oratrice. Cela me sera évidemment très utile comme magistrate du siège ou du parquet. »

Qu’en retenez-vous quant à vos relations futures avec les avocats ?

« À mes yeux, mieux comprendre le quotidien et les contraintes des acteurs avec lesquels les magistrats travaillent tous les jours est la garantie de la bonne administration de la Justice.
En parallèle de ce stage, j’ai par ailleurs participé le 24 juin dernier, avec d’autres élèves magistrats, à un concours d’éloquence organisé par l’association des élèves avocats de l’EFB et le bureau des auditeurs de justice : le fait de multiplier les échanges avec des avocats ou futurs avocats durant notre formation favorise des relations apaisées entre les deux professions. »