4 auditeurs de justice du département international prêtent serment

Formés aux côtés des élèves magistrats de la promotion 2020 depuis 6 mois, 4 auditeurs de justice originaires du Niger, du Mali et d’Égypte ont prêté serment à la cour d’appel de Bordeaux le 11 décembre dernier. Celui-ci leur permettra d’accéder aux dossiers judiciaires, aux audiences et aux délibérés durant le stage de 4 mois qu’ils effectueront dans un tribunal à partir du 8 février 2021. À l’issue de cette année en France, ils poursuivront leur formation au métier de magistrat ou reprendront leurs fonctions dans leurs pays respectifs. Témoignages.

Chaque année, l'École nationale de la magistrature propose à des élèves magistrats et des juges ou procureurs étrangers de suivre un cycle de formation d’un an au sein d’une promotion d’auditeurs de justice français.

Parmi les critères de sélection, les élèves étrangers doivent obtenir un examen préalable qui teste leur niveau juridique et leur maîtrise de la langue française.

Les candidats sélectionnés suivent ensuite l’ensemble de la période d’études à l’ENM de la promotion qu’ils intègrent et effectuent une partie des stages en juridiction et auprès des partenaires judiciaires. Ils valident enfin leur formation en passant les épreuves d'évaluation (à l’exception de l'examen de classement).

Comparer deux systèmes judiciaires

Haoua a commencé sa carrière dans la fonction publique nigérienne en 2013 en tant que greffière. Elle a repris ses études en 2016 en France et obtenu un master 2 de droit à l’université de Perpignan. À son retour au Niger, elle a été affectée au pôle économique et financier du tribunal de grande instance hors classe de Niamey, puis a rejoint le ministère de la Justice où elle a préparé le concours de la magistrature. « C’est à ce moment-là que j’ai appris que l’ambassade de France offrait la possibilité de suivre un cycle long de formation à l’ENM. J’ai fait du droit comparé et je trouvais vraiment enrichissant de voir concrètement les différences entre les procédures françaises et nigériennes : j’ai donc saisi cette opportunité ! » , raconte-t-elle.

À 35 ans, elle vient ainsi de prêter serment pour la troisième fois de sa carrière… toujours avec beaucoup d’émotion : « C’est un moment fort et très solennel », sourit-elle. Sa prochaine prestation de serment aura lieu au Niger, où elle exercera sa nouvelle fonction après une autre année de formation aux côtés des élèves magistrats nigériens.




Bénéficier d’une formation de haut niveau

Également Nigérienne, Zeinabou est juriste d’administration à l’Agence centrale de gestion des saisies et des recouvrements d’avoirs de son pays depuis 2018. Encouragée par sa famille, elle s’est portée candidate auprès de l’Ambassade de France au Niger pour « être formée dans cette école prestigieuse qu’est l’ENM ».

Depuis sa rentrée en juin dernier, elle bénéficie ainsi « d'une documentation en ligne et d’une bibliothèque très riches pour accompagner les enseignements, d’un cadre idéal de partage des connaissances, mais aussi de l’expertise de l’équipe pédagogique, toujours très disponible pour les auditeurs du département international ».

Transmettre ce qui aura été appris à d’autres magistrats

Magistrate au Mali depuis 2015, Hadizatou a d’abord exercé ses fonctions au siège avant de devenir substitut du procureur en 2019.

Soulignant la nécessité d’une « bonne collaboration au sein des équipes en juridiction pour un meilleur résultat », elle explique que cette année de formation professionnelle à l’ENM, puis dans un tribunal judiciaire français, va notamment lui permettre « d’apprendre et de transmettre à [son] tour ce qu’[elle] aura appris à [ses] collègues, au Mali ». Et d’ajouter : « Tous nos enseignements m’ont déjà beaucoup apporté en matière d’organisation et de connaissances juridiques. »

Donner à sa carrière une dimension internationale

Cette expérience à l’École nationale de la magistrature est aussi une ouverture à l’international pour les élèves étrangers. Une plus-value pour Mahmoud, magistrat égyptien, qui souhaiterait « s’orienter à l’avenir vers une carrière juridique plus internationale », par exemple « en rejoignant le Bureau d’Aide Internationale, au ministère de la Justice ou au Bureau du Procureur Général en Égypte ». Chef d’un parquet pénal au moment de sa candidature, il a notamment été, au début de sa carrière, substitut au parquet pénal de Nuweiba, en zone frontalière dans le gouvernorat du Sinaï de Sud, où il a aimé enquêter sur des dossiers internationaux.

« Intégrer la promotion 2020 de l’ENM est un grand avantage pour moi : au-delà de l’approfondissement de mes compétences pratiques, j’ai aussi beaucoup appris sur le système judiciaire français, très moderne et avancé, et sur d’autres systèmes judiciaires grâce aux échanges européens auxquels nous avons participé récemment… », conclut-il.