Prix de la recherche : quelles opportunités pour le lauréat ?

En décembre 2018, Mehdi Kebir recevait la distinction du Prix de la recherche pour sa thèse portant sur « Le libre arbitre du juge ». Devenu auditeur de justice, il revient sur son expérience de lauréat et les opportunités professionnelles qui se sont présentées à lui.

PRIX DE LA RECHERCHE 2021

Candidatures jusqu'au 16 avril 2021

Vous êtes lauréat du Prix de la recherche de l’ENM : cela vous a-t-il encouragé à poursuivre vos recherches et à réfléchir sur de nouvelles questions portant sur les pratiques judiciaires et l’évolution de la Justice ?

« Je me suis orienté vers une carrière de praticien du droit puisque j’ai eu la chance d’entrer à l’Ecole nationale de la magistrature en février 2020. Le prix de thèse de l’ENM m’a encouragé à poursuivre mes recherches en les orientant davantage encore vers la pratique. Je suis convaincu qu’une recherche efficace ne peut pas se contenter de constructions intellectuelles qui peuvent paraître séduisantes sur le papier mais qui seraient déconnectées de la réalité de l’application du droit. Elle doit, à mon sens, être tournée vers la résolution de problèmes concrets ou à tout le moins permettre de mieux comprendre les évolutions ou les transformations du droit. »

 

Cette distinction vous a-t-elle offert une reconnaissance professionnelle ?

« Le prix de l’ENM est l’un des plus prestigieux pour un chercheur qui s’intéresse aux problématiques de la justice et de l’office du juge. Cette distinction permet une valorisation incontestable de ses travaux et très large diffusion grâce, notamment, à la publication au sein de la collection Bibliothèque de la justice des éditions Dalloz. Pour ma part, les retombées ont été particulièrement fructueuses puisque j’ai eu la chance d’être contacté par Madame la Professeur Soraya Amrani-Mekki pour participer à la chronique de procédure civile publiée sous sa direction au sein de la revue La Gazette du Palais. J’en profite pour la remercier de sa confiance. 

Par ailleurs, à l’occasion d’une intervention à l’Ecole nationale de la magistrature, Monsieur Denis Salas m’a proposé de rédiger un article reprenant l’un des aspects de mes travaux (en l’occurrence, l’histoire du juge Bridoye que l’on trouve dans le Tiers livre de F. Rabelais et dont la particularité était de trancher les litiges en les jouant aux dés…) pour les Cahiers de la justice. J’ai été honoré de cette publication dans cette revue prestigieuse que je lisais lorsque j’étais doctorant et que je prends toujours autant de plaisir à découvrir en tant qu’auditeur de justice.

Enfin, j’ai eu la chance d’être contacté par Monsieur Thomas Vasseur et Madame Roy-Zenati, tous deux en charge d’une session de formation continue au sein de l’ENM, pour intervenir sur le thème du contrôle de proportionnalité, un sujet que j’avais eu l’occasion de traiter dans ma thèse. Cette expérience a été particulièrement intéressante car elle m’a permis de confronter mes réflexions aux besoins concrets des magistrats et je dois dire que les discussions qui ont suivi ont été très instructives pour moi. »

Un prix pour encourager la recherche

Laura Viaut, distinguée par la mention spéciale du Prix de la recherche 2019, pour sa thèse sur « Les mécanismes de gestion des conflits dans l’espace aquitain au haut Moyen-Âge entre le VIIIe et le XIIe siècle », a poursuivi ses travaux de recherche en histoire des modes alternatifs de règlement des conflits. Devenue maître de conférences à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, elle a fait paraître l’essai « Rénover la fonction de juger. Les transformations de la justice saisies par l’histoire » aux Editions Universitaires de Dijon (E.U.D).

 

Selon vous, la recherche permet-elle d’améliorer les pratiques judiciaires ? Comment vous appuyez-vous sur votre pratique judiciaire, votre expérience, pour produire ces réflexions ?

« Je suis convaincu que le monde de la recherche et de la pratique, en particulier judiciaire, doivent être intimement liés. Je constate avec beaucoup de satisfaction que les juridictions et les universités nouent des liens de plus en plus étroits depuis quelques temps, ce qui me semble être une très bonne chose à de nombreux égards.

Aujourd’hui, dans mon processus d’apprentissage du métier de magistrat, j’essaye de rester ouvert aux problématiques que je rencontre, que ce soit à l’occasion de la période de scolarité au sein de l’Ecole ou au cours des différents stages que nous effectuons ainsi qu’aux difficultés auxquels les magistrats sont confrontés dans leur pratique. Cela me permet en quelque sorte d’inverser ma clé de lecture : en tant que doctorant, je partais d’un problème théorique pour en déterminer les aspects pratiques alors qu’en tant qu’auditeur de justice intéressé par la recherche, je pars des problèmes concrets pour tenter de prendre du recul et réfléchir aux meilleurs façons de les appréhender. »

Pour conclure, quels mots souhaiteriez-vous adresser aux futurs candidats pour cette 11e édition ?

« Je ne peux que les inciter à tenter leur chance, sans hésiter ! Cette expérience n’apporte que des choses positives pour un jeune chercheur. C’est toujours une bonne chose de soumettre ses travaux de recherches à l’appréciation d’un jury si prestigieux que celui du prix de thèse de l’ENM. »