Diversité dans les promotions ENM : enquête sur les profils 2017 à 2019

Alors que la diversité de la magistrature est régulièrement questionnée, une enquête statistique sur le parcours de vie des auditeurs de justice ou magistrats désormais en poste des promotions 2017, 2018 et 2019 a été réalisée en janvier dernier, à la demande de l’ENM, par le centre de formation de l’Insee à Libourne (Cefil).
Objectifs : savoir si les recrutements dans la magistrature reflètent la diversité et l’égalité des chances souhaitées par l’École. Retour sur les résultats de cette enquête.

« La diversité dans la fonction publique est une exigence et une nécessité », rappelle le rapport Rousselle sur les écoles de la fonction publique et la diversité de février 2017. Et ce alors qu’un fossé se creuserait entre les citoyens et les magistrats qui connaîtraient mal la réalité socio-économique du pays, opinion reprise dans le récent rapport Thiriez. « Ces éléments ont amené l’ENM à commander une étude s’intéressant notamment aux parcours professionnels et associatifs des auditeurs de justice avant leur rentrée à l’ENM », souligne Emmanuelle Perreux, directrice adjointe en charge des recrutements, de la formation initiale et de la recherche.

Cette démarche fait par ailleurs écho aux efforts de l’ENM en matière de collecte de données mis en avant récemment par le Conseil national du droit, et à sa volonté de diffuser des profils de promotion plus précis en professionnalisant ses éléments statistiques, comme l’expliquait il y a quelques jours Emmanuelle Perreux en présentant les actions de l’École en faveur de l’attractivité et de la diversité dans la magistrature.

Une forte implication associative

L’engagement associatif des élèves magistrats, qui n’est pas abordé dans les profils de promotion réalisés chaque année par l’ENM, est ainsi une nouvelle donnée intéressante pour mieux connaître les parcours de ceux qui composent les promotions de l’École.

Au cours des 5 années précédant leur rentrée à l’ENM, 44% des auditeurs de justice se sont engagés dans une ou plusieurs associations : une proportion comparable à l’échelle nationale. En revanche, plus de 25% des auditeurs engagés étaient membres du bureau ou du conseil d’administration d’une association, ce qui révèle une plus forte implication associative que l’ensemble de la population.

Concernant les domaines investis (généralement pluriels) par ces élèves magistrats, 32,7% se sont engagés dans le domaine éducatif, devant les domaines sportif (29,1%) et culturel (28,5%). Le secteur humanitaire ou caritatif (28,3%), la défense des droits (25,1%) et l’aide sociale et sanitaire (24,1%) font également partie de leurs domaines d’engagement privilégiés.

Par ailleurs, 36% des auditeurs de justice engagés dans une association affirment que le lien entre les valeurs de leur engagement associatif et celles de la magistrature est très fort : il est d’autant plus marqué pour ceux qui se sont investis dans des associations à caractère éducatif, caritatif et de défense des droits, domaines où l’engagement citoyen au service de la société est fondamental.

Des parcours professionnels variés

Plus des deux tiers des élèves magistrats ont déjà travaillé avant de rejoindre l’ENM, dont 40% ont exercé pendant plus de 5 ans le même emploi.

Sur les 4 voies d’accès permettant de devenir auditeur de justice, 3 sont en effet réservées aux professionnels en reconversion (agents publics et professionnels du secteur privé), qui représentent ainsi chaque année environ 30% des effectifs des promotions et cumulent en moyenne plus de 10 ans d’expérience. En parallèle, les auditeurs recrutés au titre du 1er concours réservé aux moins de 31 ans titulaires d’un diplôme bac +4 – le plus souvent étudiants – ont une expérience professionnelle moyenne d’un an. Enfin, 60% des répondants ont effectué au moins un stage avant d’intégrer l’ENM.

Par ailleurs, parmi les auditeurs ayant travaillé avant leur rentrée à l’ENM, 63% l’ont fait dans le secteur public. Cependant, plus de la moitié des élèves magistrats ont eu l’occasion de travailler dans le secteur privé ou de le découvrir par le biais d’un stage.

En termes de secteurs d’activités, 56% exerçaient leur dernier métier dans le domaine juridique, majoritairement en tant qu’assistants de justice, avocats, greffiers et directeurs des services de greffe judiciaires, ou encore juristes. Toutefois, de nombreux autres métiers étaient représentés, reflétant une véritable diversité d’origines professionnelles. Les autres auditeurs travaillaient majoritairement dans l’enseignement, les douanes et les finances publiques, ou encore les métiers de service, principalement le commerce.

Les parcours d’études des élèves magistrats avant d’intégrer l’ENM sont pour leur part plus similaires : en effet, les trois quarts des auditeurs sont d’anciens universitaires et ils ont majoritairement étudié le droit, le plus souvent en suivant un cursus de droit privé. 15% des auditeurs ont par ailleurs suivi une classe préparatoire aux grandes écoles et 9% se sont formés dans un institut d’études politiques (IEP).

Une reproduction sociale relative

Les auditeurs de justice des 3 promotions ne sont que rarement issus d’une famille de magistrats : 90% déclarent même que les professions de leurs parents n’ont aucun lien avec le domaine juridique.

Si plus de la moitié des répondants ont des parents cadres ou exerçant une profession intellectuelle supérieure, plus de 20% sont des enfants d’employés et de personnes exerçant des professions intermédiaires.

Une diversité sociale et géographique souhaitée par l’ENM

L’ENM compte environ 40% d’élèves ayant été boursiers au cours de leurs études, contre 37,5% d’étudiants boursiers au niveau national. Elle impulse d’ailleurs une politique d’égalité des chances notamment symbolisée par la création en 2008 de ses classes préparatoires, qui accueillent chaque année 54 élèves sélectionnés selon leurs ressources et celles de leur famille, leurs résultats d’études, leur motivation et leur origine géographique. Ainsi, 6,3% des répondants de cette étude sont d’anciens élèves de ces classes préparatoires « égalité des chances ».

La diversité des origines géographiques est également à souligner : les auditeurs de justice sont originaires de toute la France et même d’Outre-mer. En effet, leur répartition géographique l’année d’obtention du BAC est plutôt représentative de la densité de la population française par région (source data.gouv ). La concentration géographique des auditeurs dans les 3 grandes métropoles universitaires d’Ile de France, de Nouvelle Aquitaine et d’Auvergne Rhône-Alpes s’effectuent en cours d’études.




88% de répondants représentatifs

L’enquête Cefil a été réalisée auprès de 1001 auditeurs de justice des promotions 2017 (en poste depuis septembre dernier), 2018 et 2019 via un questionnaire sur Internet, du 8 au 31 janvier 2020. Le taux de collecte final de réponses s’élève à 88%.

La représentativité de la population de départ est assurée : 3 répondants sur 4 sont des femmes, 70% sont issus du 1er concours réservé aux étudiants et ils ont 30 ans en moyenne.