« De plus en plus de mineurs sont mis en examen pour une infraction terroriste »

Les nouveaux enjeux du terrorisme vus par le PNAT

Quelles sont les différentes menaces sur lesquelles travaille le PNAT et comment évoluent-elles ? 

Olivier Christen

L’activité du PNAT demeure marquée par la prédominance de la menace djihadiste, qui représente toujours 88% des procédures suivies et traduit une inscription durable dans une phase de tension élevée. Le nombre d’enquêtes ouvertes est toujours nettement supérieur à celui des années 2021 à 2023, au plus haut depuis les cinq dernières années.

Olivier Christen, procureur de la République antiterroriste

« Une évolution de la nature des procédures initiées par le PNAT a par ailleurs été constatée. En effet, la très grande majorité des procédures ouvertes en 2025 concerne des actions violentes ou préparations d’action violente depuis le territoire français et le visant, élaborées par des individus sans lien direct avec les organisations terroristes, mais s’inspirant de l’abondante propagande djihadiste diffusée sur les différents réseaux sociaux, puis s’autoaffiliant aux projets mortifères de celles-ci. 

À côté de la menace djihadiste, et sans commune mesure en termes de volumétrie, la recrudescence du contentieux de l’ultradroite radicale violente est notable. Sur ce champ idéologique protéiforme, l’année 2025 a été marquée par un nombre d’enquêtes inédit depuis 2012 : trois attentats ont été déjoués en 2025 et une attaque mortelle a été commise à Puget-sur-Argens le 31 mai 2025. Une première enquête a été ouverte en juin 2025, relative au projet d’action violente d’un jeune homme de 18 ans se revendiquant de la mouvance Incel.

Enfin, à la faveur d’un contexte géopolitique tendu, la menace liée au terrorisme d’État constitue une menace préoccupante, avec neuf informations judiciaires en cours au 1er juin 2026. »

Le PNAT alerte sur un rajeunissement des personnes mises en examen avec de plus en plus de mineurs. Quels sont les chiffres et que mettez-vous en place face à cette évolution ?

« Ce rajeunissement des personnes mises en examen est observé de manière croissante depuis fin 2023 au niveau européen. 22 mineurs ont ainsi été mis en examen pour une infraction terroriste suivie par le PNAT en 2025. Ils représentent le tiers des procédures ouvertes en 2025 et 20% des personnes mises en examen au cours de cette année. Au 1er juin 2026, huit mineurs ont été mis en examen pour une infraction terroriste sur 5 mois. Les réseaux sociaux sont le principal vecteur de diffusion de la propagande jihadiste dont ces mineurs s’inspirent dans la construction de leurs projets d’action violente.

Dans ce contexte, une section des mineurs a été créée le 1er mai 2025 afin de redimensionner nos capacités de suivi et d’analyse de ce phénomène. Composée de trois magistrats, cette section est en charge du suivi analytique des mineurs mis en examen pour des faits de terrorisme et sur le plan protection de l’enfance, du suivi centralisé des mineurs de retour de zone d’opérations de groupements terroristes. »

À quels autres nouveaux enjeux rencontrés par le PNAT les magistrats doivent-ils être sensibilisés ? 

« D’une part, les mineurs de retour de zone d’opération de groupements terroristes (MRZOGT), au nombre de 323 au 1er juin 2026 suivis dans le ressort de 58 tribunaux judiciaires, et dont le PNAT assure le suivi centralisé, occasionne des échanges réguliers avec l’ensemble des magistrats en charge de leur prise en charge. 

D’autre part, le suivi des personnes condamnées en matière terroriste demeure l’un des enjeux majeurs du PNAT. L’action du pôle de l’exécution des peines du PNAT, en lien avec les juges d’application des peines, suppose une étroite coordination avec l’ensemble des parquets territoriaux, lieu de détention des condamnés en matière terroriste. » 

Qui peut être amené à travailler sur des dossiers liés à la radicalisation ou au terrorisme dans les juridictions ? 

« La lutte antiterroriste est nécessairement incarnée judiciairement à plusieurs niveaux sur le territoire national. 

Au niveau judiciaire, c’est le parquet national antiterroriste, ainsi que les magistrats du siège – les juges d’instruction antiterroristes (JIAT) et les juges de l’application des peines antiterroristes (JAPAT) –, ainsi que ceux qui ne traitent pas exclusivement le contentieux terroriste mais ont un niveau élevé de spécialisation, les juges correctionnels, les juges des enfants, les juges des libertés et de la détention, et pour la cour d’appel, les magistrats spécialisés du parquet général, de la chambre de l’instruction et de la chambre d’application des peines compétentes, ou encore les présidents des cours d’assises. 

À ce titre, le parquet national antiterroriste anime le réseau du ministère public, car s’il est l’entité spécialisée, il ne saurait travailler sans une parfaite association de l’ensemble des parquets territoriaux, au sein desquels se trouvent un certain nombre d’assistants spécialisés prévention de la radicalisation.
Il réunit ainsi les délégués à la lutte antiterroriste, création de la loi de 2019, qui sont implantés au sein de 18 parquets, les plus concernés par la menace. Trois fois par an sont tenus des échanges sur l’actualité de l’état de la menace ou les problématiques propres qu’ils peuvent rencontrer. »

Le cadre légal s’est étoffé depuis les attentats de 2015 avec une révolution juridique antiterroriste. Quelles sont les principales évolutions à retenir ?

« Depuis 2015, huit lois ont permis la construction d’un cadre légal de détection et de traitement du terrorisme. Sur le volet judiciaire, les lois du 30 octobre 2017, du 3 juin 2016, du 23 mars 2019 et du 30 juillet 2021 ont acté trois évolutions majeures : le développement des techniques spéciales d’enquête, le durcissement de la répression des infractions terroristes et le parachèvement de la spécialisation judiciaire en matière terroriste avec la création du PNAT au 1er juillet 2019. En matière de coordination des acteurs de la lutte antiterroriste, la loi du 24 décembre 2020 a renforcé le partage d’information entre autorité judiciaire et services de renseignement

Enfin, la coopération internationale n’a cessé de se développer durant les dernières années par des initiatives bi ou multilatérales dont l’instance la plus récente baptisée « Groupe de la Mer du Nord », réunissant les parquets allemand, belge, français et néerlandais en charge de la lutte antiterroriste et de la répression des crimes internationaux, a été initiée en octobre 2025. »

Pourquoi la formation est-elle importante dans ce domaine et quels messages souhaitez-vous leur passer ?

« À l’École nationale de la magistrature, le PNAT intervient dans le cadre de la formation initiale et de manière régulière dans le cadre des programmes de formation continue, dont plusieurs sessions sont dirigées par des magistrats du PNAT. Mes interventions et celles des membres de mon parquet permettent ainsi de présenter aux magistrats et aux assistants spécialisés l’état des lieux de la menace terroriste en France et ses principaux points d’évolution, dans un contexte international de plus en plus volatile.

Devant les auditrices et auditeurs de justice, mes prises de parole ont un objectif triple : leur donner une grille de lecture de la menace terroriste qui pèse sur notre pays et leur présenter les missions essentielles de l’autorité judiciaire pour la contrer ; sensibiliser les futurs magistrats aux enjeux du PNAT auxquels ils seront eux-mêmes confrontés dans leurs fonctions, en interaction avec nous, notamment en matière de saisine ou d’exécution des peines, et bien sûr encourager pour celles et ceux qui seraient intéressés à venir rejoindre notre parquet spécialisé, ce qui peut se réaliser dès le deuxième poste en qualité de substitut antiterroriste ou plus tard, dans un parcours professionnel déjà enrichi de différentes expériences. »