Un magistrat qui ignore l'OSINT passe à côté d'un pan entier des preuves disponibles

OSINT

L'École nationale de la magistrature s'intéresse de près aux nouvelles techniques d'enquête : pourquoi les magistrats doivent-ils aujourd'hui se former à l'OSINT ?

Les techniques d'enquête en sources ouvertes sont indispensables car elles permettent de couvrir un nouveau terrain, celui du numérique. Un magistrat qui ignore l'OSINT, c'est un magistrat qui passe à côté d'un pan entier des preuves disponibles. 

Les journalistes, les enquêteurs et les magistrats peuvent y récolter des informations déterminantes, mais aussi en recouper d'autres grâce à ces données numériques. Les magistrats doivent donc savoir se servir des outils pour récolter les données disponibles. 

Liselotte Mas, journaliste, enquêtrice et présidente de l'association OpenFacto

L'OSINT repose sur la fiabilité des sources publiques : en quoi l'IA complexifie-t-elle aujourd'hui ce travail de vérification, et comment vous y adaptez-vous ?

Je travaille principalement sur des éléments visuels (photos et vidéos) qui peuvent désormais être facilement manipulés, voire créés de toutes pièces par des plateformes d'intelligence artificielle. 


Nous cherchons donc des éléments contextuels permettant de corroborer ce que l'image montre (articles de presse locale, publications sur groupes Facebook/Whatsapp locaux), d'autres images montrant la même scène prise d'un autre point de vue, les éléments visuels "caractéristiques" des vidéos IA (incohérences visuelles, durée de vidéo assez courte, objets en mouvement qui "agissent" bizarrement etc.). 

À tout cela s'ajoutent les techniques habituelles : géolocalisation, chronolocalisation, recherche d'image inversée. Nous portons une attention particulière aux images spectaculaires prétendant montrer des événements controversés, davantage sujets aux tentatives de manipulation de l'espace informationnel. 
 

Que souhaiteriez-vous que les magistrats retiennent en priorité à l’issue de cette session ? 

Je pense que le principal élément à retenir est que la recherche en sources ouvertes est un réservoir très intéressant de nouvelles informations qui s'appréhende avec méthode et rigueur et qui doit s'articuler avec les méthodes traditionnelles. L'essentiel étant de maîtriser les ressorts méthodologiques : collecte méthodique, large et sans subterfuge, recoupage, contextualisation, vérification et transparence maximale au moment du rendu.