L’Académie internationale de lutte contre le terrorisme inaugurée

Le 10 juin dernier à Abidjan (Côte d’Ivoire), l’ENM a participé à l’inauguration de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT), dont l’objectif est de contribuer au développement des capacités de lutte antiterroriste de tous les acteurs. Cet événement marque la concrétisation d’un projet dans lequel l’École est engagée depuis 2017, pour apporter son soutien en matière de formation judiciaire. Le point avec Elie Renard, directeur adjoint de l’ENM.

l’inauguration de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme

Comment l’ENM s’est-elle investie dans ce projet depuis 2017 et quels en sont les enjeux ?
 

« La création de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme est née d’une initiative commune franco-ivoirienne portée en 2017, lors du sommet de Pau, par les présidents Emmanuel Macron et Alassane Ouattara.

Elle vise à développer les capacités des États de la région à apporter une réponse globale à la menace terroriste qui s’y développe. Six attaques armées ont par exemple été enregistrées sur le sol ivoirien depuis juin 2020.
L’enjeu est aussi de favoriser les échanges et les habitudes de travail en commun entre les magistrats et enquêteurs français et leurs homologues africains, particulièrement dans le domaine de l’entraide pénale. Il s’agit aussi plus largement de promouvoir les méthodes et l’expertise françaises dans le domaine de la lutte anti-terroriste.

L’ENM s’est engagée dès le début dans ce projet, afin d’apporter son soutien en matière de formation judiciaire.

L’École a contribué, avec la direction des coopérations de sécurité et de défense du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à l’organisation d’une conférence de lancement à Abidjan, qui a permis d’accueillir plus de 300 participants de 35 pays en novembre 2018. Nous avons également élaboré et participé à la mise en œuvre de 5 stages sur la gestion de la crise terroriste entre 2019 et 2021. Un nouveau stage sur le traitement judiciaire du terrorisme vient d’être réalisé en 2021 avec la participation du Parquet national antiterroriste. »

Quelles sont les particularités de ce projet ?
 

« L’Académie internationale de lutte contre le terrorisme s’inscrit dans une volonté interministérielle. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères porte le projet, en lien avec le ministère de l’Intérieur, le ministère des Armées et le ministère de la Justice, grâce à la délégation aux affaires européennes et internationales.

Cette dimension interministérielle se retrouve chez nos partenaires ivoiriens ainsi que dans le public qu’il s’agit de former : il est composé de tous les acteurs de la lutte contre le terrorisme, afin de leur permettre de mieux coordonner leurs actions respectives.

Cette démarche visant à développer les échanges sur les pratiques professionnelles entre les magistrats et leurs partenaires est la même que celle que nous portons au niveau national dans le cadre de la formation continue. C’est cette approche qui a présidé à la création, en 2018, du Parcours approfondi de contre-terrorisme, qui vise plus largement à permettre des regards croisés entre tous les acteurs de la lutte contre le terrorisme.

Le projet a par ailleurs une importante dimension régionale : les stages et formations délivrés par l’Académie sont ouverts à l’ensemble des pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel. Il s’agit ainsi de permettre le développement d’une coopération plus fluide entre les États africains confrontés aux attaques terroristes, principalement dans les zones frontalières.

L’ambition plus large est de contribuer, par la formation, à l’émergence d’une communauté judiciaire et d’une culture commune de travail dans le domaine du contre-terrorisme en Afrique. »

Quelles sont les prochaines étapes, les perspectives ?
 

« L’inauguration de l’Académie a eu lieu le 10 juin dernier. Le projet a été jusqu’à présent principalement financé par la France et la Côte d’Ivoire. Les fonds alloués ont déjà permis la construction d’infrastructures nouvelles dans un espace particulièrement adapté. Cela a par exemple permis de reconstituer un hôtel destiné uniquement à l’entrainement des services d’intervention par le RAID et le GIGN.

La participation de nouveaux bailleurs est attendue afin de finaliser le dispositif et doter l’Académie d’outils innovants. L’Australie, les Pays-Bas, la Norvège et les États-Unis ont déjà exprimé leur intérêt.

L’ENM, pour sa part, continuera de mettre en place des formations à destination des magistrats de la région, dont les thèmes évolueront en fonction des besoins de formation qui seront identifiés. L’existence de cette Académie à vocation régionale, où les magistrats français mobilisés par l’ENM pourront intervenir en tant que formateurs, permettra aussi de concentrer l’expertise française au même endroit, en s’adressant simultanément à un public très large de magistrats de toute la région.

Au-delà de la formation, nous mettrons à disposition le savoir-faire du département international dans le domaine de l’assistance technique pour contribuer au développement de la structure elle-même, et pérenniser son organisation et son fonctionnement. Il s’agit de lui donner les moyens d’être autonome et de devenir un acteur important de la formation judiciaire au niveau régional sur ce thème sensible. »